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Avant de demander : pourquoi les invocations du Prophète commençaient par la louange
Un homme fit une invocation en prière et demanda ce dont il avait besoin sans formuler la moindre louange au préalable. Le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, qualifia cela pour ce que c'était : de la précipitation. Ce que cette correction révèle, et ce que la sourate Al-Fātiḥah accomplit silencieusement dans chaque rakʿah, est une discipline que le Coran lie à quelque chose de bien plus profond qu'une simple question de bienséance.
Lecture de 6 min1 sourceMorning & Evening
Auteur:The Quran Gallery team
Un homme se tenait en prière et, au moment de demander à Allah ce dont il avait besoin, alla droit au but — sans aucune reconnaissance envers Celui à qui il s’adressait, ni aucune bénédiction invoquée sur celui qui lui avait enseigné à prier. Il se contenta de demander. Le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, était suffisamment proche pour l’entendre, et ce qu’il dit de cet homme par la suite résuma l’erreur en un seul mot.
« Celui-ci s’est précipité »
Faḍālah ibn ʿUbayd, un compagnon du Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, a rapporté ce dont il fut ensuite témoin :
سَمِعَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم رَجُلًا يَدْعُو فِي صَلَاتِهِ لَمْ يُمَجِّدِ اللَّهَ، وَلَمْ يُصَلِّ عَلَى النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم، فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم: "عَجِلَ هَذَا" ثُمَّ دَعَاهُ، فَقَالَ لَهُ أَوْ لِغَيْرِهِ: "إِذَا صَلَّى أَحَدُكُمْ فَلْيَبْدَأْ بِتَمْجِيدِ رَبِّهِ وَالثَّنَاءِ عَلَيْهِ، ثُمَّ يُصَلِّي عَلَى النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم، ثُمَّ يَدْعُو بَعْدُ بِمَا شَاءَ" « Le Messager d’Allah, paix et bénédictions soient sur lui, entendit un homme invoquer dans sa prière sans avoir glorifié Allah ni appelé les bénédictions sur le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui. Le Messager d’Allah, paix et bénédictions soient sur lui, dit : “Celui-ci s’est précipité.” Puis il l’appela — lui ou un autre ayant fait de même — et dit : “Lorsque l’un de vous prie, qu’il commence par glorifier son Seigneur et Le louer, puis qu’il appelle les bénédictions sur le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, et seulement après cela, qu’il demande ce qu’il souhaite.” »
— Sunan Abī Dāwūd, hadith 1481, page imprimée 2/605 de l’édition . Les éditeurs de cette version qualifient sa chaîne de transmission de ṣaḥīḥ.
Deux détails dans la formulation pourraient facilement passer inaperçus. Le premier est que le Prophète n’a pas corrigé la syntaxe de l’homme, ni la requête elle-même une fois formulée — l’objection portait sur ce qui précédait la demande, ou plutôt sur ce qui faisait défaut. Le second est une légère ambiguïté que Faḍālah préserve au lieu de l’effacer : « il l’appela — lui ou un autre ». Le récit ne s’attarde pas sur l’identité de la personne. Ce qui ne fait aucun doute, c’est l’instruction qui a suivi, énoncée comme une règle générale plutôt que comme une réprimande privée : la louange d’abord, les bénédictions sur le Prophète ensuite, et seulement après cela — ثُمَّ يَدْعُو بَعْدُ بِمَا شَاءَ, « puis qu’il demande ce qu’il souhaite » — formuler la requête. Rien n’est figé ici quant aux mots à employer pour louer Allah. Ce qui est figé, c’est le moment de le faire.
L’ordre ancré dans chaque rakʿah
Tout musulman qui prie reproduit une séquence similaire au moins dix-sept fois par jour, le plus souvent sans même s’en rendre compte, car elle est intégrée aux sept versets récités debout au début de chaque rakʿah. La sourate Al-Fātiḥah ne commence pas par une demande. Elle s’ouvre sur la louange, et s’y maintient pendant trois versets consécutifs avant de s’autoriser à s’adresser directement à Allah :
ٱلْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ ٱلْعَـٰلَمِينَ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ مَـٰلِكِ يَوْمِ ٱلدِّينِ « Louange à Allah, Seigneur de l’univers — le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, Maître du Jour de la rétribution. »
— Sourate Al-Fātiḥah, 1:2–4
Trois versets, trois attributs énumérés tour à tour — une seigneurie sur tout ce qui existe, une miséricorde sans limites définies, un jugement à venir — avant que la sourate ne s’adresse à Allah à la deuxième personne pour la première fois. Et même là, la première chose prononcée n’est pas encore une demande :
إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ « C’est Toi seul que nous adorons, et c’est Toi seul dont nous implorons le secours. »
— Sourate Al-Fātiḥah, 1:5
Il s’agit d’une déclaration, et non d’une requête — l’affirmation de l’identité de Celui à qui l’on s’adresse et des termes de cet échange, prononcée à la première personne, comme si la louange des trois versets précédents devait être personnellement assumée avant de pouvoir demander quoi que ce soit. Ce n’est qu’au sixième verset que la demande intervient enfin :
ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ « Guide-nous dans le droit chemin. »
— Sourate Al-Fātiḥah, 1:6
Cinq mots, précédés de cinq versets de louange et de positionnement personnel. Rien dans la sourate ne présente cet ordre comme un simple échafaudage à réciter à la hâte pour en venir au fait — c’est là toute l’essence du propos, répétée autant de fois que la prière elle-même est accomplie. Cela signifie que le modèle que Faḍālah a vu le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, enseigner à un homme qui l’avait omis n’est pas une règle distincte inventée pour les invocations en dehors de la prière. C’est la même structure que le croyant récite depuis toujours, rendue explicite pour ces moments précis — une invocation personnelle formulée avec ses propres mots, là où aucune liturgie fixe n’impose de maintenir cet ordre.
Ce que la précipitation coûte à celui qui demande
Le mot employé par le Prophète pour désigner l’erreur de l’homme — ʿajila, « il s’est précipité » — n’est pas un choix de vocabulaire anodin. Il partage sa racine avec le terme que le Coran utilise pour nommer un trait structurel de l’être humain en général, et non un défaut limité à un homme distrait lors d’une prière en particulier :
خُلِقَ ٱلْإِنسَـٰنُ مِنْ عَجَلٍ ۚ سَأُو۟رِيكُمْ ءَايَـٰتِى فَلَا تَسْتَعْجِلُونِ « L’homme a été créé de précipitation. Je vous montrerai Mes signes, ne Me demandez donc pas de Me hâter. »
— Sourate Al-Anbiyāʾ, 21:37
Lu à la lumière du récit de Faḍālah, le partage de cette racine n’est pas une coïncidence linguistique. L’erreur pointée dans la prière d’un homme est décrite dans le Coran comme s’apparentant davantage à un état par défaut qu’à un simple écart — l’instinct de se jeter sur ce que l’on désire en ignorant tout ce qui sépare le besoin de sa réponse, y compris, si on n’y prend garde, le fait de reconnaître d’abord Celui à qui l’on s’adresse. Ce que l’ouverture par la louange vient interrompre, ce n’est pas la requête elle-même, mais le réflexe qui la sous-tend. La louange ne peut être récitée dans la précipitation avec laquelle on lâche un désir ; nommer la miséricorde d’Allah, Sa seigneurie sur tout ce qui existe, Son jugement du Jour à venir, exige de celui qui les prononce une lenteur que le besoin initial n’avait pas. Au moment où le sixième verset d’Al-Fātiḥah — ou la conclusion d’une invocation spontanée — en vient enfin à la demande, la personne qui la formule n’est plus tout à fait l’individu pressé qu’elle était au départ.
C’est peut-être là ce qui se rapproche le plus de la véritable raison pour laquelle l’homme du récit de Faḍālah a été corrigé. Non pas que sa demande fût mauvaise, ou qu’Allah eût refusé de l’entendre — le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, l’a rappelé pour l’instruire, et non pour le rejeter. Ce qui manquait, c’était l’état d’esprit qu’une introduction plus posée engendre : celui d’une personne qui a pris le temps de se rappeler devant Qui elle se tient, avant de se tourner vers ce dont elle a besoin de Sa part. La louange, prononcée en premier, ne fait pas que précéder la requête. Elle transforme celui qui la formule.
Une invocation construite de cette manière n’est pas une formule respectée pour satisfaire à une règle ; c’est l’exercice d’une forme d’attention qui doit être cultivée en amont, pour pouvoir s’y fier au moment où un besoin se fait si pressant qu’il semblerait justifié de s’en passer. La collection Adhkār de The Quran Gallery rassemble les évocations du matin et du soir — dont beaucoup ne sont que louanges, prononcées avant toute demande — précisément pour cette raison : afin que les mots servant à glorifier et remercier Allah soient déjà familiers sur la langue, bien avant que n’arrive le jour où ils seront nécessaires pour ouvrir une invocation qui compte vraiment.
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