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Honteux de les renvoyer vides : Les bienséances de l'invocation (Duʿāʾ)

À Badr, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, se tourna vers la Qiblah, leva les deux mains et continua d'invoquer jusqu'à ce que son manteau glisse de ses épaules. Cette scène, ainsi que trois hadiths décrivant la manière dont les croyants sont invités à demander, esquissent ce que les bienséances de l'invocation exigent réellement du corps, du cœur et du temps.

Lecture de 7 min4 sources

Auteur:The Quran Gallery team

Au matin de Badr, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, fit face à un millier d’hommes opposés à sa propre armée de trois cent dix-neuf combattants. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, témoin de ce qui suivit, le décrivit plus tard sans le moindre artifice :

فَاسْتَقْبَلَ نَبِيُّ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ الْقِبْلَةَ، ثُمَّ مَدَّ يَدَيْهِ فَجَعَلَ يَهْتِفُ بِرَبِّهِ: اللَّهُمَّ أَنْجِزْ لِي مَا وَعَدْتَنِي، اللَّهُمَّ آتِ مَا وَعَدْتَنِي، اللَّهُمَّ إِنْ تُهْلِكْ هَذِهِ الْعِصَابَةَ مِنْ أَهْلِ الْإِسْلَامِ لَا تُعْبَدْ فِي الْأَرْضِ، فَمَا زَالَ يَهْتِفُ بِرَبِّهِ مَادًّا يَدَيْهِ مُسْتَقْبِلَ الْقِبْلَةِ حَتَّى سَقَطَ رِدَاؤُهُ عَنْ مَنْكِبَيْهِ

« Le Prophète d’Allah se tourna vers la Qiblah, puis tendit les mains et se mit à implorer son Seigneur : “Ô Allah, accomplis pour moi ce que Tu m’as promis. Ô Allah, accorde-moi ce que Tu m’as promis. Ô Allah, si Tu détruis ce groupe de musulmans, Tu ne seras plus adoré sur terre.” Et il ne cessa d’implorer son Seigneur, les mains tendues, face à la Qiblah, jusqu’à ce que son manteau tombe de ses épaules. »

— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 1763, page imprimée 3/1383 de l’édition . Abū Bakr s’approcha, remit le manteau sur ses épaules et, le retenant par-derrière, lui dit : « C’est assez d’implorer ton Seigneur ainsi — Il accomplira assurément ce qu’Il t’a promis. »

Il convient de s’attarder sur ce qui figure, ou non, dans ce récit. Les mots prononcés n’ont rien d’inhabituel ; un homme demandant à Allah de tenir Sa promesse n’est pas, en soi, un fait remarquable. Ce que ʿUmar a choisi de préserver, c’est l’engagement physique dans la demande : un visage délibérément tourné vers la Qiblah, deux mains tendues et maintenues ainsi, une posture prolongée au-delà du confort jusqu’à ce qu’un vêtement cède avant même que l’invocation ne s’achève. Le duʿāʾ possède ses propres bienséances, et la littérature du hadith nous offre ici l’une des illustrations les plus frappantes de ce à quoi elles ressemblent lorsque tout bascule.

Une posture exigée du corps

Faire face à la Qiblah et lever les mains ne sont pas des prérequis absolus sans lesquels une invocation serait vouée à l’échec — rien dans les sources n’en fait une condition sine qua non pour qu’Allah exauce une prière. Mais ce ne sont pas non plus de simples ornements. Un autre hadith explique pourquoi le geste de lever les mains revêt une telle importance, en décrivant la réaction d’Allah lorsqu’un serviteur l’accomplit :

إِنَّ رَبَّكُمْ حَيِيٌّ كَرِيمٌ، يَسْتَحْيِي مِنْ عَبْدِهِ إِذَا رَفَعَ يَدَيْهِ إِلَيْهِ أَنْ يَرُدَّهُمَا صِفْرًا

« Votre Seigneur est Pudique et Généreux. Il a honte, lorsque Son serviteur lève les mains vers Lui, de les lui renvoyer vides. »

— Sunan Abī Dāwūd, hadith 1488, page imprimée 1/553 de l’édition , rapporté d’après Salmān.

À la lumière de ce que ʿUmar a observé à Badr, le propos prend tout son sens. Lever les mains n’est pas simplement une requête formulée avec plus de force grâce à un geste ; c’est un acte qui place le serviteur dans une relation particulière avec Celui qu’il implore — la position de celui qui tend une paume ouverte, et non de celui qui se contente de diriger une pensée vers Allah. Le hadith ne dit pas qu’Allah est tenu de remplir cette paume. Il dit qu’Il a honte de la laisser vide. C’est une affirmation bien différente, et bien plus exigeante pour celui qui formule la demande : cette posture n’est pas une technique pour obtenir une réponse, c’est un acte de confiance en la nature même de Celui qui est sollicité. Deux mains ouvertes, tendues vers la Qiblah, constituent une déclaration d’espérance avant même d’être une requête spécifique.

La certitude sans la présomption

Cette espérance doit reposer sur un fondement solide, sous peine de se muer en une simple présomption de résultat. Le Coran en fournit directement la base, dans des termes qui ne laissent aucune place à une interprétation conditionnelle ou hésitante de cette promesse :

وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِى عَنِّى فَإِنِّى قَرِيبٌ ۖ أُجِيبُ دَعْوَةَ ٱلدَّاعِ إِذَا دَعَانِ ۖ فَلْيَسْتَجِيبُوا۟ لِى وَلْيُؤْمِنُوا۟ بِى لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَ

« Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi… alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. »

— Sūrat al-Baqarah, 2:186

Un second verset formule cette même promesse sous la forme d’une injonction claire et sans équivoque :

وَقَالَ رَبُّكُمُ ٱدْعُونِىٓ أَسْتَجِبْ لَكُمْ ۚ إِنَّ ٱلَّذِينَ يَسْتَكْبِرُونَ عَنْ عِبَادَتِى سَيَدْخُلُونَ جَهَنَّمَ دَاخِرِينَ

« Et votre Seigneur dit : “Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientôt dans l’Enfer, humiliés.” »

— Sūrat Ghāfir, 40:60

Remarquez ce que le second verset oppose à cette promesse : non pas le doute, mais l’orgueil — le refus même de demander. La certitude dans le duʿāʾ n’est pas la conviction qu’un résultat précis surviendra à un jour donné ; c’est la confiance absolue que Celui à qui l’on s’adresse a affirmé, sans la moindre réserve, qu’Il entend et qu’Il répond. C’est exactement cette confiance que ʿUmar décrit au matin de Badr : un homme qui ignorait l’issue de la bataille, mais qui demandait comme si l’ordre d’ouvrir la porte avait déjà été donné, car Celui qui se trouve de l’autre côté l’avait Lui-même promis. Une telle certitude n’est pas une présomption quant à la réponse. C’est le refus de considérer la demande en elle-même comme vaine.

L’unique échec qui anéantit tous les autres

Une personne peut se tourner vers la Qiblah, lever les deux mains et croire en chaque mot de ces deux versets, tout en perdant les bienséances du duʿāʾ à la toute dernière étape — en décidant, en cours de route, que rien de tout cela n’a fonctionné :

يُسْتَجَابُ لِأَحَدِكُمْ مَا لَمْ يَعْجَلْ، يَقُولُ: دَعَوْتُ فَلَمْ يُسْتَجَبْ لِي

« L’un de vous est exaucé tant qu’il ne se montre pas impatient, en disant : “J’ai invoqué mon Seigneur, mais je n’ai pas été exaucé.” »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 6340, page imprimée 8/74 de l’édition , rapporté d’après Abū Hurayrah.

Le hadith ne décrit pas quelqu’un qui a cessé de croire qu’Allah pouvait répondre. Il décrit quelqu’un qui a continué à le croire, mais qui a simplement conclu que cette requête en particulier avait fait son temps — que suffisamment de temps s’était écoulé pour la considérer comme rejetée. Cette conclusion signe l’échec de la bienséance, et non celui du duʿāʾ. L’Isti’jāl, la précipitation que nomme le hadith, n’est pas une erreur technique ; c’est de l’impatience déguisée en verdict, une personne décidant à la place d’Allah que l’affaire est close. Le récit de ʿUmar à Badr offre à nouveau un contraste saisissant, sans nécessiter le moindre commentaire : le Prophète n’a pas demandé une seule fois pour ensuite juger le silence et s’arrêter. Il a invoqué jusqu’à ce que le vêtement sur son propre dos cède. Quelle que soit la durée d’une invocation pour une requête ordinaire, dans une vie ordinaire, c’est à cette aune qu’elle se mesure.

Une fenêtre que certains croyants laissent passer

La bienséance a aussi son horloge. Certains moments sont porteurs d’une promesse explicite qui leur est spécifiquement attachée, et l’un des plus courts et des plus fréquents est cette minute que la plupart des mosquées laissent vide :

لَا يُرَدُّ الدُّعَاءُ بَيْنَ الْأَذَانِ وَالْإِقَامَةِ

« L’invocation n’est pas repoussée entre l’adhān et l’iqāmah. »

— Sunan Abī Dāwūd, hadith 521, page imprimée 1/205 de l’édition , rapporté d’après Anas ibn Mālik.

Ce laps de quelques minutes, cinq fois par jour, est facile à gaspiller en futilités — consulter son téléphone, ajuster un rang, attendre le second appel sans rien faire du premier. Le hadith n’exige pas une invocation plus longue ou plus éloquente durant cette fenêtre. Il demande simplement que ce moment soit remarqué et mis à profit plutôt que d’être ignoré. En fin de compte, la bienséance n’est rien d’autre que cette forme d’attention appliquée à plus grande échelle : savoir quand la porte est déjà maintenue ouverte et ne pas traiter cet instant comme un moment ordinaire.

Aucun de ces quatre éléments — la Qiblah, les mains levées, la certitude sous-tendant la requête, le refus de la déclarer close trop tôt — ne conditionne la réponse d’Allah à la perfection de la forme. Ce qu’ils font, c’est décrire l’attitude d’un serviteur qui prend la promesse de ces deux versets suffisamment au sérieux pour s’y engager de tout son être : le corps tourné, les mains tendues, la patience intacte, dans l’attente d’une promesse plutôt que d’une échéance qu’il aurait lui-même fixée. Le hadith sur le Seigneur Pudique et Généreux ne parle pas vraiment de mains, au fond. Il parle de ce que signifie implorer Celui qui vous a déjà dit qu’Il préférait vous exaucer plutôt que de vous renvoyer.

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