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Le voile et le retour : ce que l'istighfar et la tawbah exigent du cœur

L'istighfar et la tawbah sont souvent prononcés dans un même souffle, comme s'il s'agissait de deux noms pour un seul et même élan du cœur. Les lexiques classiques et la formulation même du Coran affirment le contraire : l'un demande à Allah de couvrir ce qui s'est déjà produit, l'autre est la volonté elle-même qui change de direction — et cette différence n'est pas un simple détail technique.

Lecture de 7 min4 sourcesIstighfar

Auteur:The Quran Gallery team

Abu Hurayrah a rapporté un jour une parole du Messager d’Allah, paix et bénédictions soient sur lui, concernant sa propre pratique — et il a employé deux verbes là où l’on pourrait s’attendre à ce qu’un seul suffise :

وَاللَّهِ إِنِّي لَأَسْتَغْفِرُ اللَّهَ وَأَتُوبُ إِلَيْهِ فِي الْيَوْمِ أَكْثَرَ مِنْ سَبْعِينَ مَرَّةً

« Par Allah, je demande pardon à Allah et je reviens vers Lui repentant plus de soixante-dix fois par jour. »

— Sahih al-Bukhari, hadith 5948, édition imprimée page 5/2324 de .

Il n’a pas répété la même chose deux fois pour insister. L’istighfar et la tawbah se côtoient dans une même phrase comme deux actions distinctes accomplies par la même langue dans un même souffle, et le récit ne permet jamais à l’une de remplacer l’autre. Il est si fréquent d’entendre cette paire — istighfar wa tawbah, demande de pardon et repentir — qu’elle finit par se fondre en un seul réflexe. Les lexiques classiques, eux, s’y refusent. Chaque mot a été forgé, racine par racine, pour accomplir une tâche bien précise.

Un mot forgé sur un casque

L’istighfar dérive de ghafara, et les dictionnaires ne traduisent pas d’emblée cette racine par « pardonner ». Le Lisan al-‘Arab d’Ibn Manzur ouvre son article par le sens physique qui sous-tend le sens religieux :

وأَصل الغَفْرِ التَّغْطِيَةُ وَالسَّتْرُ. غَفَرَ اللَّهُ ذُنُوبَهُ أَي سَتَرَهَا

« La racine de ghafr désigne le fait de couvrir et de dissimuler. “Allah a pardonné (ghafara) ses péchés” signifie qu’Il les a couverts. »

Lisan al-‘Arab, édition imprimée page 5/25 de .

Cette même page donne au mot son cousin le plus concret : le casque de fer du soldat, mighfar, porté sur la tête pour la protéger d’un coup. Ghafr ne se détache jamais de cette image. Demander la maghfirah à Allah, ce n’est pas, à la base, Lui demander d’effacer un acte comme s’il n’avait jamais existé — c’est Lui demander de le couvrir, de le soustraire aux regards et à ses conséquences, de la même manière qu’un casque s’interpose entre une lame et le crâne qu’elle vise. L’istighfar est donc une requête tournée vers l’extérieur : couvre ceci, ne le laisse pas s’abattre sur moi.

Un mot forgé sur l’idée de faire demi-tour

La tawbah provient d’une tout autre racine, et le dictionnaire en définit le sens en quelques mots :

التَّوْبةُ: الرُّجُوعُ مِنَ الذَّنْبِ. وَفِي الْحَدِيثِ: النَّدَمُ تَوْبةٌ

« La tawbah est le fait de revenir du péché. Et dans le hadith : le regret est un repentir. »

Lisan al-‘Arab, édition imprimée page 1/233 de .

Là où ghafr pointe vers l’extérieur, vers ce qui est demandé à Allah, la tawbah pointe vers l’intérieur, vers ce qui doit se mouvoir au fond de celui qui formule la demande. La même entrée ajoute que le sens premier de taba est « retourner à Allah, revenir sur ses pas, se tourner avec dévotion » — un verbe physique de revirement avant d’être religieux, tout comme un voyageur tuba, « fait demi-tour », sur une route dont il réalise qu’elle ne mène nulle part où il souhaite aller. L’istighfar demande que l’on jette un voile sur ce qui se trouve derrière soi. La tawbah est l’acte de ne plus marcher dans cette direction.

Deux requêtes, et non une seule

Il ne s’agit pas d’une distinction inventée par des lecteurs tardifs pour paraître précis. Elle était déjà établie par les commentateurs du hadith eux-mêmes. En expliquant un chapitre du Sahih al-Bukhari consacré à la demande de pardon, l’érudit Anwar Shah al-Kashmiri rapporte une observation faite par Shams al-Din al-Jazari des siècles plus tôt, qui nomme la différence exactement en ces termes :

التَّوْبَةَ لَا تَكُونُ إِلَّا لِنَفْسِهِ، بِخِلَافِ الِاسْتِغْفَارِ، فَإِنَّهُ يَكُونُ لِنَفْسِهِ وَلِغَيْرِهِ. وَبِأَنَّ التَّوْبَةَ: هِيَ النَّدَمُ عَلَى مَا فَرَطَ مِنْهُ فِي الْمَاضِي، وَالْعَزْمُ عَلَى الِامْتِنَاعِ عَنْهُ فِي الْمُسْتَقْبَلِ. وَالِاسْتِغْفَارَ: طَلَبُ الْغُفْرَانِ لِمَا صَدَرَ مِنْهُ، وَلَا يَجِبُ فِيهِ الْعَزْمُ فِي الْمُسْتَقْبَلِ

« La tawbah ne peut être accomplie que pour soi-même, contrairement à l’istighfar, qui peut être offert pour soi et pour autrui. De plus, la tawbah est le regret de ce que l’on a laissé échapper par le passé, accompagné de la ferme résolution de s’en abstenir à l’avenir. L’istighfar consiste à demander pardon pour ce qui a déjà émané d’une personne, sans que cette requête n’exige nécessairement une résolution pour l’avenir. »

Fayd al-Bari ‘ala Sahih al-Bukhari, édition imprimée page 6/218 de .

Lue attentivement, cette affirmation est plus tranchante qu’il n’y paraît. Elle indique qu’une personne peut prononcer l’istighfar avec sincérité tout en étant encore prisonnière du péché qu’elle nomme — les mots demandent que soit couvert ce qui a déjà émané d’elle, et rien dans la requête elle-même n’exige que la faute ait déjà cessé. La tawbah ne peut être empruntée de cette manière. Elle se définit par la résolution qu’elle contient ; sans une volonté qui a véritablement fait demi-tour, le mot ne décrit rien qui se soit réellement produit. Et le second point soulevé par al-Jazari est tout aussi crucial : l’istighfar peut être prononcé au nom de quelqu’un d’autre — un parent demandant pardon pour son enfant, les anges demandant pardon pour chaque croyant sur terre — tandis que la tawbah, par nature, ne peut être accomplie que par la personne dont la trajectoire change. Personne ne peut faire demi-tour à votre place.

L’ordre choisi par le Coran

Rien de tout cela ne fait de l’istighfar le moindre des deux. Cela en fait le premier pas, la requête qu’une personne peut encore formuler honnêtement depuis les décombres d’un péché, avant que le travail plus ardu du retour ne soit achevé. C’est exactement la séquence que donne le Coran lorsqu’il s’adresse directement aux croyants :

وَأَنِ ٱسْتَغْفِرُوا۟ رَبَّكُمْ ثُمَّ تُوبُوٓا۟ إِلَيْهِ يُمَتِّعْكُم مَّتَـٰعًا حَسَنًا إِلَىٰٓ أَجَلٍ مُّسَمًّى وَيُؤْتِ كُلَّ ذِى فَضْلٍ فَضْلَهُۥ ۖ وَإِن تَوَلَّوْا۟ فَإِنِّىٓ أَخَافُ عَلَيْكُمْ عَذَابَ يَوْمٍ كَبِيرٍ

« Demandez pardon à votre Seigneur, puis revenez à Lui repentants : Il vous accordera une belle jouissance jusqu’à un terme fixé, et accordera à tout homme de mérite la récompense de son mérite. Mais si vous vous détournez, je crains pour vous le châtiment d’un Jour terrible. »

— Sourate Hud, 11:3

Istaghfiru (« demandez pardon »), thumma tubu (« puis revenez ») — le thumma accomplit ici un véritable travail ; c’est le mot employé par le Coran pour marquer une pause, un intervalle, une seconde étape distincte plutôt que la répétition d’un synonyme. Le voile est demandé en premier, car c’est la requête à la portée d’un cœur encore meurtri et chancelant. Le retour vient ensuite, car c’est la requête qui modifie véritablement l’orientation du cœur. Une personne qui n’a jamais réussi qu’à accomplir la première moitié n’a pas échoué — elle a franchi l’étape qui lui était accessible. Mais elle n’a pas encore accompli ce que décrit le second verbe, et le verset ne prétend pas le contraire en fusionnant les deux en un seul mot.

Ce à quoi répond le voile

L’autre facette de ce duo est ce qu’Allah promet en réponse à une tawbah qui a véritablement atteint la volonté, et non pas seulement la langue :

وَإِنِّى لَغَفَّارٌ لِّمَن تَابَ وَءَامَنَ وَعَمِلَ صَـٰلِحًا ثُمَّ ٱهْتَدَىٰ

« Et Je suis Grand Pardonneur à celui qui se repent, croit, fait bonne œuvre, puis se met sur le bon chemin. »

— Sourate Ta-Ha, 20:82

La maghfirah, le voile, est ici désignée comme la réponse à la tabah — à un retour qui façonne ensuite la croyance, l’action et une direction stable, et non à un simple instant de remords qui s’évanouit à la tombée de la nuit. C’est la dynamique que ces deux mots forment ensemble à travers le Coran : l’istighfar comme la supplique qu’un cœur en lutte peut formuler honnêtement dans l’immédiat, la tawbah comme le revirement que cette supplique demande l’espace d’accomplir, et la maghfirah comme ce qui répond à ce revirement une fois qu’il a véritablement pris racine.

Rien de tout cela n’est un programme à suivre à la lettre ou un formulaire à remplir correctement. C’est la description de deux choses différentes qu’un cœur peut accomplir, nommées avec suffisamment de précision pour qu’aucune n’absorbe l’autre. Une langue qui demande à être couverte alors que la volonté traîne encore les pieds a dit quelque chose de vrai, bien que modeste. Une volonté qui a véritablement fait demi-tour a dit quelque chose de plus grand, et c’est vers ce retour — et non vers la simple demande — que le Coran ne cesse de rappeler le serviteur, encore et encore, tant qu’il lui reste un souffle de vie pour l’accomplir. La collection Adhkar de The Quran Gallery rassemble les formules quotidiennes que les croyants répètent précisément à cet effet, y compris l’istighfar, avec leurs sources indiquées à leurs côtés.

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