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Quran Gallery Blog · Réflexions

Les moments où l'invocation n'est pas repoussée

Les hadiths mentionnent des heures et des postures spécifiques où l'invocation est réputée être plus facilement exaucée — le cœur de la nuit, l'intervalle entre l'adhan et l'iqama, l'instant de la prosternation. Lues dans leur ensemble plutôt que comme une simple liste, ces traditions ne décrivent pas des heures magiques, mais un état récurrent : celui d'un serviteur rendu proche, amené à patienter, poussé par le besoin, ou amené à s'oublier suffisamment longtemps pour prier en faveur d'autrui.

Lecture de 9 min6 sourcesIstighfar

Auteur:The Quran Gallery team

Le Coran ne décrit nullement l’exaucement de l’invocation comme une question de timing. Il le présente plutôt comme une question de proximité :

وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِى عَنِّى فَإِنِّى قَرِيبٌ ۖ أُجِيبُ دَعْوَةَ ٱلدَّاعِ إِذَا دَعَانِ ۖ فَلْيَسْتَجِيبُوا۟ لِى وَلْيُؤْمِنُوا۟ بِى لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَ

« Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi… alors Je suis tout proche. Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. »

2:186

Aucune heure n’est mentionnée. Aucun lieu non plus. Le verset répond à une question sur le moment où Dieu est accessible en affirmant, en substance, que l’accessibilité n’a jamais été l’obstacle. Et pourtant, tout un corpus de hadiths vient préciser des heures et des postures particulières : le dernier tiers de la nuit, les instants séparant l’appel à la prière de son accomplissement, la position de prosternation, l’état de jeûne, ou encore la situation de celui qui subit une injustice. Si la proximité est constante, pourquoi certaines heures sont-elles ainsi mises en évidence ?

Les hadiths répondent à cette question en décrivant non pas une horloge particulière, mais un état particulier — un état qui, précisément, se manifeste à ces heures-là de manière plus certaine qu’à d’autres. Si l’on observe ce que ces occasions ont en commun, un schéma se dessine : chacune correspond à un moment où la condition ordinaire d’une personne est suspendue. L’individu y est plus silencieux, plus vulnérable, plus nécessiteux ou, dans un cas précis, plus enclin à s’oublier lui-même. L’heure ne fabrique pas l’exaucement. Elle est simplement le moment où l’état propice à cet exaucement a tendance à se manifester.

La nuit qui vide le monde

Abū Hurayrah a rapporté une description du cœur de la nuit qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs dans ce qui nous est parvenu de l’adresse de Dieu à Sa création :

يَنْزِلُ رَبُّنَا ﵎ كُلَّ لَيْلَةٍ إِلَى السَّمَاءِ الدُّنْيَا حِينَ يَبْقَى ثُلُثُ اللَّيْلِ الْآخِرُ، يَقُولُ: مَنْ يَدْعُونِي فَأَسْتَجِيبَ لَهُ، مَنْ يَسْأَلُنِي فَأُعْطِيَهُ، مَنْ يَسْتَغْفِرُنِي فَأَغْفِرَ لَهُ

« Notre Seigneur descend chaque nuit vers le ciel le plus bas, lorsqu’il ne reste que le dernier tiers de la nuit, et Il dit : Qui M’invoque, que Je l’exauce ? Qui Me demande, que Je lui donne ? Qui implore Mon pardon, que Je lui pardonne ? »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 1145, édition imprimée page 2/53 de .

Remarquez ce que le hadith ne décrit pas : il ne s’agit pas d’un encouragement général à prier davantage, adressé à une foule. Il décrit une question ouverte, répétée, spontanée, posée dans le silence de cette heure à quiconque s’y trouve éveillé. Le Coran lui-même présente cette portion précise de la nuit de la même manière, comme le refuge naturel d’une requête qui n’a nulle part ailleurs où se cacher :

كَانُوا۟ قَلِيلًا مِّنَ ٱلَّيْلِ مَا يَهْجَعُونَ وَبِٱلْأَسْحَارِ هُمْ يَسْتَغْفِرُونَ

« Ils dormaient peu la nuit, et aux heures précédant l’aube, ils imploraient le pardon. »

51:17–18

Dans ce verset, le sommeil est traité comme l’état par défaut que l’heure précédant l’aube vient interrompre — il n’est pas vertueusement renié, mais simplement mis de côté pour un instant. Le monde qui, autrement, étoufferait une requête — les autres personnes éveillées, les tâches à accomplir, le bruit persistant de la journée — est à son niveau le plus faible à cet instant précis. Il ne reste alors presque plus rien d’autre que la personne et sa demande.

Cette même abolition de la distance se reproduit, dans une posture totalement différente, à n’importe quelle heure de la journée. Ibn ʿUmar a rapporté une description de la proximité physique que les compilateurs du recueil de Muslim ont placée dans le chapitre consacré à ce qu’une personne doit dire lors de l’inclinaison et de la prosternation :

أَقْرَبُ مَا يَكُونُ الْعَبْدُ مِنْ رَبِّهِ وَهُوَ ساجد. فأكثروا الدعاء

« Le serviteur est le plus proche de son Seigneur lorsqu’il est prosterné ; multipliez donc les invocations à ce moment-là. »

— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 482, édition imprimée page 1/350 de .

Le dernier tiers de la nuit et l’instant du sujūd n’ont aucun lien temporel. Ils ne partagent ni l’heure, ni la posture, ni les personnes présentes. Ce qu’ils partagent, c’est la même affirmation formulée à deux reprises : une personne devient la plus proche de Dieu précisément lorsqu’elle est la moins droite, la moins visible, la moins en mesure de faire quoi que ce soit d’autre. Le front posé au sol et le monde endormi sont deux versions d’une même réalité : l’invocation résonne avec le plus de force là où l’orgueil a déjà quitté la pièce.

L’espace entre l’appel et l’iqama

Un autre type d’occasion se présente dans cet interstice que la plupart des gens passent simplement à attendre : l’intervalle après que l’adhan a retenti et avant que la prière elle-même ne commence. Anas ibn Mālik a rapporté que le Prophète, paix et bénédictions soient sur lui, a explicitement désigné cet intervalle, et que quelqu’un dans l’assemblée a voulu savoir ce qu’il fallait y faire exactement :

الدُّعَاءُ لَا يُرَدُّ بَيْنَ الْأَذَانِ وَالْإِقَامَةِ. قَالَ: فَمَاذَا نَقُولُ يَا رَسُولَ اللهِ؟ قَالَ: سَلُوا اللهَ الْعَافِيَةَ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ

« L’invocation n’est pas repoussée entre l’adhan et l’iqama. » L’homme demanda : « Messager d’Allah, que devons-nous donc dire ? » Il répondit : « Demandez à Allah le salut dans ce monde et dans l’au-delà. »

— Sunan al-Tirmidhī, hadith 3594, édition imprimée page 5/546 de . Al-Tirmidhī lui-même qualifie ce hadith de ḥasan.

La réponse mérite qu’on s’y attarde, car elle ne correspond pas à ce que la question laissait présager. Quelqu’un demande quoi dire dans une fenêtre de temps déjà annoncée comme exceptionnellement ouverte, et la réponse n’est pas une requête pour quelque chose de spécifique ou d’urgent — c’est une demande de ʿāfiyah, le terme le plus vaste et le moins dramatique qui soit pour désigner le fait d’être préservé. Cette fenêtre n’est pas traitée comme une opportunité à saisir par une demande ambitieuse. Elle est considérée comme un moment où la requête la plus simple se suffit déjà à elle-même.

Ce même intervalle — entre l’annonce d’une chose et le commencement de la suivante — se reproduit à plus grande échelle le vendredi, dans cette période d’attente dont la tradition affirme qu’elle contient une heure où aucune demande n’est refusée. La même logique qui régit les quelques minutes précédant une prière isolée s’étend aux quelques heures précédant le rassemblement de la congrégation. Al-Tirmidhī a également préservé le récit d’un compagnon rapportant qu’on avait directement demandé à Abū Umāmah quelle invocation était la mieux entendue ; sa réponse mentionne cette même nuit et y ajoute un autre moment :

قِيلَ: يَا رَسُولَ اللهِ أَيُّ الدُّعَاءِ أَسْمَعُ؟ قَالَ: جَوْفُ اللَّيْلِ الْآخِرُ، وَدُبُرُ الصَّلَوَاتِ الْمَكْتُوبَاتِ

« Il fut demandé : Messager d’Allah, quelle invocation est la mieux entendue ? Il répondit : Le cœur de la dernière partie de la nuit, et la fin des prières obligatoires. »

— Sunan al-Tirmidhī, hadith 3499, édition imprimée page 5/479 de . Al-Tirmidhī qualifie également celui-ci de ḥasan.

Deux postures très différentes — un sommeil profond interrompu et une prière tout juste achevée — sont citées dans un même souffle comme appartenant à la même catégorie de moments. Ce qui unit l’espace précédant l’iqama, la fin d’une prière obligatoire et l’heure du vendredi, ce n’est pas leur position sur le cadran d’une horloge, mais leur forme commune : chacun constitue un seuil, un instant déjà vidé de tout, à l’exception de l’attente elle-même, se situant dans le prolongement immédiat d’un acte d’adoration plutôt qu’en son sein.

Un corps qui n’a plus rien à dépenser

Une troisième occasion n’a rien à voir avec l’attente, mais tout à voir avec le fait d’avoir déjà renoncé à quelque chose. Abū Hurayrah a rapporté une parole qui associe le jeûneur à deux autres personnes dont la tradition traite la situation de manière identique :

ثَلَاثَةٌ لَا تُرَدُّ دَعْوَتُهُمُ: الصَّائِمُ حَتَّى يُفْطِرَ، وَالْإِمَامُ الْعَادِلُ، وَدَعْوَةُ الْمَظْلُومِ يَرْفَعُهَا اللهُ فَوْقَ الْغَمَامِ، وَيَفْتَحُ لَهَا أَبْوَابَ السَّمَاءِ، وَيَقُولُ الرَّبُّ: وَعِزَّتِي لَأَنْصُرَنَّكَ وَلَوْ بَعْدَ حِينٍ

« Il en est trois dont l’invocation n’est pas repoussée : le jeûneur jusqu’à ce qu’il rompe son jeûne, le gouvernant juste, et celui qui a subi une injustice — Allah l’élève au-dessus des nuages et lui ouvre les portes du ciel, et le Seigneur dit : Par Ma puissance, Je te secourrai très certainement, même si c’est après un certain temps. »

— Sunan al-Tirmidhī, hadith 3598, édition imprimée page 5/548 de . Al-Tirmidhī qualifie ce hadith de ḥasan.

Le jeûneur et la personne ayant subi une injustice forment un duo singulier à placer côte à côte, jusqu’à ce que la condition réelle qu’ils partagent devienne le cœur du sujet, au-delà de leurs circonstances respectives. Tous deux se sont vu retirer quelque chose des mains — la nourriture et la boisson par choix dans un cas, un droit par la force dans l’autre — et tous deux se retrouvent, tant que dure cette condition, avec moins de ressources et moins d’autonomie qu’à l’accoutumée. Le hadith ne promet pas que la requête sera plus facilement entendue parce que la personne qui la formule est vertueuse. Il le promet parce que cette personne n’a, à cet instant précis, plus rien d’autre à dépenser que la demande elle-même.

L’invocation qui n’est pas pour soi-même

La dernière occasion rompt ce schéma d’une manière qui mérite d’être soulignée. Jusqu’à présent, chaque cas concernait la condition de la personne formulant la demande. Ṣafwān ibn ʿAbdullāh a rapporté une scène à Damas où c’est la requête elle-même qui change : il était parti à la recherche d’Abū al-Dardāʾ et n’avait trouvé que son épouse, laquelle lui demanda une faveur avant même qu’il n’ait pu lui demander quoi que ce soit :

دَعْوَةُ الْمُسْلِمِ لِأَخِيهِ بِظَهْرِ الْغَيْبِ مُسْتَجَابَةٌ. عِنْدَ رَأْسِهِ مَلَكٌ مُوَكَّلٌ. كُلَّمَا دَعَا لِأَخِيهِ بِخَيْرٍ، قَالَ الْمَلَكُ الْمُوَكَّلُ بِهِ: آمِينَ، وَلَكَ بِمِثْلٍ

« L’invocation du musulman en faveur de son frère, en son absence, est exaucée. À sa tête se tient un ange mandaté ; chaque fois qu’il invoque le bien pour son frère, l’ange mandaté dit : Amine, et puisses-tu obtenir la même chose. »

— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 2733, édition imprimée page 4/2094 de .

Elle ne lui a pas demandé de se souvenir d’elle lorsqu’il prierait pour lui-même. Elle lui a demandé de passer son voyage à prier pour elle, en la nommant, alors qu’elle serait bien trop loin pour savoir que cela se produisait ou pour l’en remercier. C’est là tout le mécanisme que décrit le hadith : la demande doit être formulée pour une personne absente, concernant un bien qu’elle ne pourra jamais faire remonter à ce moment précis d’invocation. Il n’y a rien à gagner à être vu en train de le faire, puisque celui qui en bénéficie ne peut absolument pas le voir. Ce que toutes les autres occasions mettent en place à travers la propre situation du demandeur — une nuit épurée, un corps déjà épuisé, une attente déjà entamée —, celle-ci l’accomplit en retirant purement et simplement le demandeur du centre de la requête.

Aucune de ces occasions n’est un mécanisme qu’une personne peut actionner de façon mécanique, à la manière d’un mot de passe qui ouvrirait une porte peu importe qui le prononce. Se réveiller dans le dernier tiers de la nuit sans formuler de demande n’est qu’une simple insomnie. Jeûner sans rien demander n’est qu’une faim respectée à heures fixes. Ce que chaque hadith pointe véritablement du doigt, à travers une nuit, un seuil, un corps dans le besoin et un nom prononcé pour autrui, c’est la même réalité sous-jacente exprimée de quatre manières différentes : une requête a tendance à être entendue proportionnellement au peu qu’il reste du demandeur entre sa requête et Dieu. La collection Adhkār de The Quran Gallery rassemble les évocations conçues précisément pour ces instants — l’heure précédant l’aube, l’espace avant une prière, les mots prononcés pour quelqu’un qui n’est pas là pour les entendre — en conservant leurs sources à leurs côtés.

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