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La Ruqyah appartient à chaque musulman : réponses aux questions que l'on se pose vraiment

La ruqyah soulève de vraies interrogations : qui est autorisé à la pratiquer, pourquoi semble-t-elle parfois inefficace, et en quoi diffère-t-elle de la sorcellerie qu'elle soigne ? Nous répondons directement à ces questions, en appuyant chaque affirmation sur le Coran ou un hadith vérifiable.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 8 min

Demandez à trois personnes ce qu’est la ruqyah et vous obtiendrez trois réponses différentes. L’une pensera qu’il s’agit d’un art réservé aux spécialistes, l’apanage d’un cheikh doté d’un don particulier. Une autre l’aura essayée une fois, n’aura rien ressenti, et l’aura discrètement classée dans la catégorie « ça ne marche pas ». Une troisième aura vu quelqu’un souffler sur de l’eau ou des nœuds et se sera demandé si cela diffère vraiment de ce que fait un sorcier. Chacun de ces doutes est légitime et trouve une réponse, sans qu’il soit nécessaire de croire quiconque sur parole. Voici les questions que nous entendons le plus souvent, avec des réponses tirées du Coran lui-même et de hadiths que vous pouvez consulter, plutôt que d’un simple « c’est authentique » impossible à vérifier.

L’idée reçue la plus courante est aussi la plus facile à dissiper : la ruqyah n’est pas une profession réglementée. Elle n’exige ni chaîne de transmission de maîtres, ni diplôme, ni lignée familiale particulière. Tout musulman qui récite le Coran avec sincérité et en comprenant ce qu’il lit peut pratiquer la ruqyah sur lui-même ou sur autrui. Allah décrit le Coran lui-même, et non une catégorie de personnes qui le récitent, comme étant la source de la guérison :

وَنُنَزِّلُ مِنَ ٱلْقُرْءَانِ مَا هُوَ شِفَآءٌ وَرَحْمَةٌ لِّلْمُؤْمِنِينَ ۙ وَلَا يَزِيدُ ٱلظَّـٰلِمِينَ إِلَّا خَسَارًا

« Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants. Cependant, cela ne fait qu’accroître la perdition des injustes. » Sūrat al-Isrā’, 17:82

Remarquez la condition posée dans ce verset : la guérison est liée à la croyance, et non à un titre. Un parent qui récite sur son enfant effrayé, un époux sur sa conjointe, une personne sur elle-même avant de s’endormir — tout cela est de la ruqyah, et nul n’a besoin d’une quelconque permission pour le faire. L’idée qu’elle appartiendrait à une élite de spécialistes fait souvent plus de mal que de bien : elle pousse les gens à attendre que quelqu’un d’autre agisse au lieu de commencer immédiatement avec ce qu’ils savent déjà réciter.

C’est la question qui décourage la plupart des gens. Ils récitent pendant quelques jours, ne ressentent aucun changement, et en concluent que la ruqyah n’est tout simplement pas faite pour eux. Avant d’en arriver là, il convient de se poser honnêtement deux questions : a-t-on accordé à cette pratique le temps qu’une maladie de ce type requiert habituellement, et y a-t-il un obstacle entre le récitateur et l’exaucement d’Allah ?

Les cas sévères de sorcellerie ou de mauvais œil ne se règlent pas toujours en une seule séance. Une récitation soutenue et sans précipitation — parfois plusieurs heures par jour, sur plusieurs jours — correspond davantage au processus habituel qu’une solution miracle. Et parce que la ruqyah est, fondamentalement, une demande adressée à Allah, l’état de celui qui la formule a son importance. Un péché négligé, une mauvaise habitude dont il faut se défaire, ou simplement le manque de conviction quant au poids réel des mots récités, peuvent s’interposer entre la récitation et le soulagement. Demander pardon à Allah n’est pas ici un détail secondaire ; c’est une clé d’ouverture à part entière :

« Celui qui s’attache à la demande de pardon, Allah lui ménagera une issue à toute difficulté, un soulagement à toute angoisse, et lui accordera Sa subsistance par des voies auxquelles il ne s’attendait pas. » — Ibn ‘Abbās, page imprimée 1/560 de l’édition

Réciter davantage est une réponse possible face à une ruqyah qui « ne marche pas ». Corriger ce qui a été négligé est souvent la solution la plus directe.

Les familles se heurtent parfois à un véritable obstacle : la personne touchée refuse qu’on récite sur elle. Il faut prendre cela au sérieux plutôt que d’y voir un simple entêtement. En présence de sorcellerie ou de mauvais œil, la résistance à la seule chose capable de les contrer est une caractéristique reconnue du mal lui-même, et non un problème supplémentaire qui viendrait s’y greffer.

Cela ne signifie pas qu’il faille maîtriser physiquement la personne. Cela veut dire que son entourage ne doit pas baisser les bras au premier refus, et qu’il existe une alternative pratique lorsque la récitation directe est rejetée : réciter sur de l’eau et de l’huile, puis faire boire et appliquer ce qui a été lu à la personne malade. La récitation l’atteint tout de même, même si elle refuse de s’asseoir pour l’écouter directement. Ici, la persévérance est une preuve d’amour, pas une contrainte — de la même manière qu’une famille n’accepterait pas qu’un proche malade refuse de prendre un médicament indispensable.

Une autre question se pose, dans le sens inverse : si la ruqyah traite un mal spirituel, cela signifie-t-il que la médecine est inutile ? Non — et les deux ne sont pas en concurrence. La sorcellerie et le mauvais œil provoquent fréquemment de véritables symptômes physiques, et ces symptômes se traitent médicalement en même temps que la ruqyah s’attaque à la cause sous-jacente. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a été très clair sur le fait que la maladie et son remède proviennent de la même source :

« Allah n’a pas fait descendre une maladie sans avoir également fait descendre son remède. » Page imprimée 7/122 de l’édition

Dans cette optique, se soigner n’est pas un manque de confiance en Allah — c’est agir en utilisant ce qu’Il a déjà mis à notre disposition. Parallèlement aux soins médicaux, des choses simples ont aussi leur importance : manger moins mais manger bien, s’assurer que ses revenus et sa nourriture sont licites, et reprendre des forces ensuite avec des aliments nourrissants et riches en énergie, car les séances de ruqyah peuvent épuiser une personne. Rien de tout cela ne remplace la récitation ; tout cela soutient la personne qui la pratique.

C’est l’objection qui met vraiment les gens mal à l’aise : un raqi souffle sur de l’eau, sur de l’huile, parfois directement sur la personne touchée, et un sorcier souffle lui aussi — sur des nœuds, sur des objets utilisés pour lier un sort. Vu de l’extérieur, l’acte physique semble identique, et il est légitime de se demander ce qui sépare réellement l’un de l’autre. Le Coran lui-même cite le fait de souffler sur des nœuds comme l’une des formes de mal reconnues contre lesquelles il faut chercher refuge :

وَمِن شَرِّ ٱلنَّفَّـٰثَـٰتِ فِى ٱلْعُقَدِ

« Et contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds. » Sūrat al-Falaq, 113:4

L’acte de souffler n’est pas en soi ce qui définit la ruqyah ou la sorcellerie. C’est ce qui est soufflé qui compte. Le nœud d’un sorcier est chargé d’incantations inventées, adressées à un autre qu’Allah, et liées à des objets physiques destinés à entraver ou à nuire. La ruqyah, elle, porte les mots du Coran et les propres invocations du Prophète, adressés à Allah seul, sans nécessiter d’autre support que de l’eau, de l’huile ou la personne elle-même. Deux individus peuvent accomplir un geste en apparence similaire tout en faisant des choses diamétralement opposées, car c’est le contenu et le destinataire de la demande qui définissent véritablement l’acte.

Une question pratique revient souvent : qu’est-ce qu’un « bain de ruqyah », et est-ce différent d’une récitation ordinaire ? Il s’agit d’une récitation appliquée à de l’eau qui servira à se laver plutôt qu’à être bue. Le récitateur garde la bouche près de l’eau pendant qu’il lit, en respirant et en soufflant doucement dedans, puis cette eau est utilisée pour se laver. Pour les maux plus tenaces, on répète l’opération quotidiennement au lieu de l’essayer une fois pour ensuite l’abandonner. Ce n’est pas un rituel distinct avec ses propres règles — c’est le même principe qui consiste à diriger la récitation vers l’eau, appliqué au lavage plutôt qu’à la boisson.

Si l’on fait abstraction des questions spécifiques, un seul et même fil conducteur les relie toutes : la ruqyah fonctionne parce que c’est à Allah que l’on s’adresse, et non en raison de la personne qui récite, de la durée de la séance, ou de la forme que prend l’eau ou l’huile. C’est d’ailleurs la substance du conseil que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a donné à un jeune compagnon, lors d’un voyage précis, et qui dépasse largement le seul cadre de la maladie :

« Préserve les commandements d’Allah et Il te préservera. Préserve les commandements d’Allah et tu Le trouveras devant toi. Si tu demandes, demande à Allah ; si tu cherches de l’aide, cherche de l’aide auprès d’Allah… Les plumes ont été levées et les pages ont séché. » Ibn ‘Abbās a rapporté ceci comme étant ḥasan ṣaḥīḥ, page imprimée 4/284 de l’édition

Cette directive explique également pourquoi les adhkār du matin et du soir ne sont pas une pratique distincte et inférieure à la ruqyah — ils reposent sur la même confiance en Allah, entretenue quotidiennement plutôt que sollicitée uniquement en cas de crise. La collection Adhkar de The Quran Gallery rassemble les invocations authentiques du matin, du soir et du quotidien en arabe avec leur traduction, afin que la protection décrite dans cet article puisse faire partie d’une journée ordinaire, plutôt que d’être un recours de dernière minute quand les choses ont déjà mal tourné.