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La flèche de l'envie : comment fonctionne le mauvais œil et comment s'en prémunir

Un regard chargé d'envie n'est pas une superstition : le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a affirmé sa réalité. Voici ce qu'est le mauvais œil, comment le Coran et la Sunna nous en protègent, et que faire lorsque vous soupçonnez d'en être atteint.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 8 min

Un enfant qui ne cesse de pleurer sans raison apparente. Une entreprise florissante qui périclite la semaine même où un inconnu commence à poser trop de questions à son sujet. Une série de malchances qui débute juste après un compliment. Rien de tout cela ne prouve que le mauvais œil est à l’œuvre — la plupart des épreuves ont une cause ordinaire —, mais il est bon de savoir que l’islam n’écarte pas cette possibilité. Il le nomme, l’explique et donne aux croyants de véritables moyens de s’en prémunir.

Le mauvais œil — al-‘ayn, parfois appelé nazar — est un mal qui atteint une personne par le regard d’une autre, mû par l’envie, la rancœur ou même une admiration excessive. Nul besoin de contact ou de paroles ; un regard, soutenu avec suffisamment d’intensité, en est le mécanisme. Il peut provenir de quelqu’un qui déteste ce que vous possédez, tout comme il peut émaner de quelqu’un qui l’aime un peu trop : le regard d’un parent en adoration peut le transmettre aussi facilement que celui d’un rival.

Il ne s’agit pas d’une croyance marginale greffée à la religion. Elle repose sur les propres mots du Prophète (paix et bénédictions sur lui), énoncés aussi clairement qu’une règle de jurisprudence :

الْعَيْنُ حَقٌّ، وَلَوْ كَانَ شَيْءٌ سَابَقَ الْقَدَرَ سَبَقَتْهُ الْعَيْنُ

« Le mauvais œil est une vérité, et si quelque chose devait devancer le décret divin, ce serait le mauvais œil. » (Page imprimée 4/1719 de l’édition du Ṣaḥīḥ Muslim.)

Deux choses découlent immédiatement de ce hadith, et c’est justement le fait de les maintenir ensemble qui est essentiel. Premièrement, le mauvais œil est une cause réelle de nuisance — ce n’est pas une superstition, ni une chose qu’un croyant instruit devrait avoir honte de prendre au sérieux. Deuxièmement, rien ne devance le décret d’Allah ; le mauvais œil n’opère que dans les limites de ce qu’Il a déjà ordonné. Le croyant prend ses précautions contre lui de la même manière qu’il se prémunit contre la maladie ou un accident : comme un moyen, et non comme une puissance rivalisant avec Dieu.

Remarquez comment le mal se propage : par un regard, et non par une malédiction ou un philtre. C’est pourquoi les recommandations concernant le mauvais œil portent moins sur la confrontation que sur la réduction de l’exposition. Deux habitudes font l’essentiel du travail.

Ne divulguez pas ce qui n’est pas encore acquis. Une nouvelle offre d’emploi, les premières semaines d’une grossesse, un accord commercial en cours de finalisation : partager largement une bonne nouvelle avant qu’elle ne soit concrétisée attire plus de regards que nécessaire. Il ne s’agit pas de paranoïa, mais du même instinct qui pousse à ne pas tenter le diable. Partagez d’abord ces nouvelles avec ceux qui ne s’en réjouiront que pour vous.

Prononcez les mots qui reconnaissent l’œuvre d’Allah. Lorsque quelque chose en vous, dans votre famille ou dans vos biens vous plaît — et cela inclut l’admiration de ce qui appartient à autrui —, dites mā shā’ Allāh (« telle est la volonté d’Allah ») ou faites une invocation (du’ā’) pour le bénir : bāraka Allāhu fīhi. Ibn al-Qayyim a fait remarquer que cette seule habitude, de part et d’autre, ferme la majeure partie de la porte : l’admirateur attribue le bienfait à Allah au lieu de s’y attarder avec envie, et celui qui l’entend se sent béni plutôt qu’épié.

Bien avant que la ruqyah ne devienne un domaine spécialisé, Allah a donné à chaque croyant une prière courte et facile à mémoriser contre ce mal précis. La sourate al-Falaq se termine par une demande directe de refuge contre l’envieux :

وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ

« Contre le mal de l’envieux quand il envie. » (Sūrat al-Falaq, 113:5)

Le fait que le Coran nomme explicitement l’envie, dans une sourate révélée spécifiquement comme protection, n’est pas fortuit. Réciter la sourate al-Falaq et la sourate an-Nās — connues ensemble sous le nom d’al-Mu’awwidhatayn, « les deux sourates de refuge » — est une Sunna le matin et le soir, trois fois avant de dormir, et après chaque prière. Ibn al-Qayyim affirmait que le besoin de ces deux sourates est plus grand que celui de manger, de boire ou de se vêtir, car le mal dont elles protègent est invisible et constant, contrairement à la faim.

Āyat al-Kursī revêt la même importance à cet égard. La réciter avec les deux sourates de refuge, matin et soir, constitue la pratique quotidienne fondamentale : non pas un remède ponctuel, mais une défense permanente que le croyant maintient, qu’il soupçonne ou non un problème. C’est aussi la raison pour laquelle il vaut la peine d’apprendre les adhkār par cœur plutôt que d’y recourir uniquement en cas de crise : Ibn al-Qayyim a décrit le mauvais œil comme une flèche tirée par l’envieux, qui n’atteint qu’une cible laissée à découvert. Un croyant qui récite régulièrement les adhkār n’est pas sans protection lorsque la flèche est décochée — et l’on dit même qu’elle se retourne contre celui qui l’a tirée.

Les enfants sont particulièrement vulnérables, d’une part parce qu’ils ne peuvent pas encore réciter par eux-mêmes, et d’autre part parce que leur innocence attire ces regards ouverts et admiratifs qui véhiculent le mauvais œil le plus puissant. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a enseigné le remède directement, par l’exemple, avec ses propres petits-fils :

كَانَ النَّبِيُّ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يُعَوِّذُ الْحَسَنَ وَالْحُسَيْنَ وَيَقُولُ إِنَّ أَبَاكُمَا كَانَ يُعَوِّذُ بِهَا إِسْمَاعِيلَ وَإِسْحَاقَ أَعُوذُ بِكَلِمَاتِ اللهِ التَّامَّةِ مِنْ كُلِّ شَيْطَانٍ وَهَامَّةٍ وَمِنْ كُلِّ عَيْنٍ لَامَّةٍ

« Le Prophète cherchait protection pour Ḥasan et Ḥusayn en disant : “Votre père [Ibrāhīm] cherchait protection pour Ismā’īl et Isḥāq par ces mots : Je cherche refuge pour vous deux dans les paroles parfaites d’Allah, contre tout démon et toute créature venimeuse, et contre tout œil malfaisant.” » (Page imprimée 4/147 de l’édition du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī.)

Tant qu’un enfant ne peut pas réciter par lui-même, un parent prononce cette invocation (du’ā’) — ainsi que Āyat al-Kursī et les trois dernières sourates — sur lui et souffle doucement dans sa direction. C’est une habitude qu’il convient de prendre dès la petite enfance et de poursuivre bien au-delà de l’âge où l’enfant peut prononcer les mots tout seul, car l’invocation ne perd rien à être dite deux fois.

Le remède classique est spécifique : si la personne que l’on croit responsable du mauvais œil peut être identifiée, on récupère l’eau restante de ses ablutions (wudū’) ou de son bain rituel (ghusl) pour la verser sur la personne affectée — une pratique ancrée dans la même littérature du hadith mentionnée plus haut, où le Prophète a donné cette instruction précise. En pratique, cela est rarement possible ; la source du mauvais œil est souvent inconnue, ou la nature de la relation rend une telle demande inenvisageable.

Lorsque cela est hors de portée, le remède usuel est la ruqyah : réciter les Mu’awwidhatayn et Āyat al-Kursī sur de l’eau, puis la boire et s’en laver, ou les réciter en soufflant directement sur soi-même. Il ne s’agit pas d’un substitut populaire au « vrai » remède ; c’est le remède par défaut que la tradition offre pour la situation dans laquelle presque tout le monde se trouve en réalité.

Il y a une seconde facette à ce sujet sur laquelle il est facile de faire l’impasse : se garder d’être l’envieux. Tout le monde éprouve un jour ce désir fugace de posséder ce qu’un autre a — ce malaise n’est pas un péché. Ce qui compte, c’est ce qui s’ensuit.

  • Dites mā shā’ Allāh ou bārak Allāhu fīk dès l’instant où vous ressentez l’attrait de l’envie, plutôt que de vous attarder sur la comparaison.
  • Offrez un cadeau, aussi modeste soit-il, à la personne que vous vous surprenez à envier. Ibn al-Qayyim et d’autres savants des maladies du cœur soulignent que la générosité envers autrui dissipe la rancœur bien plus vite que la seule volonté.
  • Faites-leur des compliments, surtout au moment où vous ressentez l’envie de leur trouver des défauts.
  • Faites des invocations (du’ā’) pour eux, même si le sentiment est encore présent. Demander à Allah d’accroître les bienfaits d’une autre personne est l’un des moyens les plus rapides de cesser de les lui envier.
  • Rappelez-vous que l’envie nuit d’abord à l’envieux. Elle ronge le contentement face au décret d’Allah bien avant d’atteindre sa cible — si tant est qu’elle l’atteigne un jour.

Il est facile de ne penser au mauvais œil que lorsque quelque chose tourne mal : une maladie soudaine, une série de pertes, un enfant qui ne parvient pas à s’apaiser. Traité de cette manière, il devient en pratique une superstition, même si la croyance de fond est juste. Le véritable modèle de la Sunna est tout l’inverse : réciter les Mu’awwidhatayn et Āyat al-Kursī chaque matin et chaque soir comme une évidence, dire mā shā’ Allāh sans qu’on ait à vous le rappeler, et garder les bonnes nouvelles pour vous jusqu’à ce qu’elles n’aient plus besoin d’être protégées. Rien de tout cela n’exige la certitude que le mauvais œil soit à l’origine d’une épreuve particulière. Il suffit de croire ce que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit clairement : qu’il est réel, et qu’Allah a déjà donné à Ses serviteurs les mots pour s’en prémunir.

Notre recueil d’Adhkar contient l’intégralité des évocations du matin et du soir, y compris les Mu’awwidhatayn, prêtes à être récitées où que vous soyez.

Si quoi que ce soit ici devait être corrigé, nous serions heureux de l’entendre — et nous demandons à Allah de vous protéger, vous, votre famille et tous ceux que vous aimez, de tout œil malfaisant.