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Al-Qarīb : Le Nom qui révèle où se trouve Allah
À sept reprises dans la sourate al-Baqarah, une question posée au Prophète reçoit la même instruction en guise de réponse : Dis. Une seule fois, au cœur des versets sur le jeûne, ce mot disparaît et Allah répond directement à une question sur Sa propre proximité. Ce que signifie cette absence, et ce qu'elle ne signifie pas, constitue le sujet de cet article.
Lecture de 7 min3 sourcesStrengthening Iman Through DuaPartie 2 sur 5
Auteur:The Quran Gallery team
Lors d’une marche avec le Prophète (paix et salut sur lui), un groupe de compagnons arriva sur une hauteur et fit ce que font généralement ceux qui s’élèvent vers un but lointain : ils élevèrent la voix. Abū Mūsā al-Ashʿarī se trouvait parmi eux, proclamant le takbīr aussi fort que les autres, jusqu’à ce que le Prophète les arrête.
يَا أَيُّهَا النَّاسُ ارْبَعُوا عَلَى أَنْفُسِكُمْ فَإِنَّكُمْ لَا تَدْعُونَ أَصَمَّ وَلَا غَائِبًا إِنَّهُ مَعَكُمْ إِنَّهُ سَمِيعٌ قَرِيبٌ تَبَارَكَ اسْمُهُ وَتَعَالَى جَدُّهُ « Ô gens, ménagez-vous. Vous n’invoquez pas un être sourd ou absent — Il est avec vous, Il est Celui qui entend tout, le Proche. Béni soit Son nom et exaltée soit Sa majesté. »
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 2992, édition imprimée page 4/57 de l’édition .
Cette correction visait une idée reçue inhérente au fait d’élever la voix : l’idée qu’une distance sépare celui qui invoque de Celui qui écoute, et qu’un volume suffisant permet de combler ce vide. Le Prophète n’a pas dit aux compagnons qu’Allah était proche malgré la distance. Il leur a dit qu’il n’y avait aucune distance à franchir. La proximité était déjà une réalité, bien avant qu’une seule voix ne s’élève.
Une formule que le verset rejette
La sourate al-Baqarah apporte presque la même correction quelques versets plus loin, au sein du même passage sur le jeûne — mais elle le fait par la grammaire plutôt que par un hadith répondant à une supposition erronée. À sept reprises dans cette seule sourate, quelqu’un pose une question au Prophète, et le Coran y répond par la même double approche. D’abord, il énonce la question — yasʾalūnaka, « ils t’interrogent ». Ensuite, il confie au Prophète une réponse à transmettre — qul, « Dis ». Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes ; Dis : elles servent à marquer le temps pour les hommes et pour le pèlerinage. Ils t’interrogent sur le combat durant le mois sacré ; Dis : c’est une affaire grave. Ils t’interrogent sur ce qu’ils doivent dépenser ; Dis : tout ce que vous dépensez de bien doit aller aux parents, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux et aux voyageurs. Ils t’interrogent sur le vin et les jeux de hasard, et dans le même élan sur l’aumône ; Dis, par deux fois, au sein d’un même verset. Ils t’interrogent sur les orphelins ; Dis : améliorer leur sort est une bonne chose. Ils t’interrogent sur les menstrues ; Dis : c’est un état de vulnérabilité — tenez-vous à l’écart jusqu’à ce qu’elles prennent fin. Chaque yasʾalūnaka de la sourate trouve sa réponse dans un qul. La question parvient au Prophète, et l’on indique au Prophète ce qu’il doit restituer.
Une seule question rompt ce schéma.
وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِى عَنِّى فَإِنِّى قَرِيبٌ ۖ أُجِيبُ دَعْوَةَ ٱلدَّاعِ إِذَا دَعَانِ ۖ فَلْيَسْتَجِيبُوا۟ لِى وَلْيُؤْمِنُوا۟ بِى لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَ « Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi — alors Je suis tout proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque. Qu’ils répondent donc à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. »
— Sūrat al-Baqarah, 2:186
Il n’y a aucun qul ici. La question s’ouvre pourtant exactement comme les six autres de la sourate — wa idhā saʾalaka, « et quand ils t’interrogent » — mais au lieu d’ordonner à Son messager ce qu’il doit répondre, Allah répond au milieu du verset, à la première personne, de Sa propre voix : fa-innī qarīb, « alors Je suis tout proche ». Toutes les autres questions de la sourate sont confiées au Prophète pour qu’il les rapporte à ceux qui les ont posées. Celle-ci, unique en son genre, reçoit sa réponse avant même de pouvoir être transmise à qui que ce soit.
L’exégète Muḥammad Mutawallī al-Shaʿrāwī s’arrête précisément sur cette substitution — « Dis », remplacé par rien du tout — et y décèle une volonté délibérée :
فلم يقل: فقل: إني قريب؛ لأن قوله: «قل» هو عملية تطيل القرب، ويريد الله أن يجعل القرب في الجواب عن السؤال بدون وساطة « Il n’a donc pas dit : “Dis : Je suis proche” — car le mot “Dis” constitue en soi une étape qui retarde la proximité, et Allah a voulu que la proximité soit présente dans la réponse même à la question, sans aucun intermédiaire. »
— Tafsīr al-Shaʿrāwī, édition imprimée page 2/781 de l’ouvrage .
Son propos n’est pas d’affirmer que le Prophète est exclu de l’échange ; c’est toujours lui qui répétera cette réponse à quiconque l’entendra de sa bouche. L’enjeu réside dans la forme même que prend la réponse. Qul demande au serviteur d’attendre que quelqu’un d’autre lui rapporte ce qui a été dit. Fa-innī qarīb n’a besoin du récit de personne. Le verset ne décrit pas la proximité de l’extérieur ; il accomplit ce qu’il nomme, par le seul procédé grammatical à la disposition d’un texte qui désire être proche plutôt que de simplement relater une proximité. Al-Qarīb n’est pas seulement un fait énoncé au sujet d’Allah dans ce verset. C’est une réalité que ce verset a choisi de mettre en acte.
Ce que la proximité n’est pas
Un nom transmis aussi directement ouvre la porte à une erreur qui tire dans la direction opposée : celle de comprendre qarīb selon la logique de proximité entre deux objets occupant un espace, comme si la proximité d’Allah envers un serviteur était d’ordre géographique, un ou deux pas plus près qu’une chose plus éloignée. Le Coran apporte sa propre correction à cette lecture, dans un verset dont la formulation semble, de prime abord, encore plus physique que celle de 2:186 :
وَلَقَدْ خَلَقْنَا ٱلْإِنسَـٰنَ وَنَعْلَمُ مَا تُوَسْوِسُ بِهِۦ نَفْسُهُۥ ۖ وَنَحْنُ أَقْرَبُ إِلَيْهِ مِنْ حَبْلِ ٱلْوَرِيدِ « Nous avons effectivement créé l’homme et Nous savons ce que son âme lui suggère, et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire. »
— Sūrat Qāf, 50:16
« Plus près de lui que sa veine jugulaire » résonne, à la première écoute, comme la proximité la plus physique que le Coran revendique. Les exégètes classiques l’interprètent pourtant à l’exact opposé. Al-Ṭabarī rapporte deux positions quant à la signification de cette expression, et aucune d’elles n’est spatiale :
وقد اختلف أهل العربية في معنى قوله: ﴿وَنَحْنُ أَقْرَبُ إِلَيْهِ مِنْ حَبْلِ الْوَرِيدِ﴾؛ فقال بعضهم: معناه: نحن أملك به وأقرب إليه في المقدرة عليه. وقال آخرون: بل معنى ذلك: ﴿وَنَحْنُ أَقْرَبُ إِلَيْهِ مِنْ حَبْلِ الْوَرِيدِ﴾ بالعلم بما توسوس به نفسه « Les savants de la langue ont divergé sur le sens de Sa parole : “et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire” : certains ont dit que cela signifie : Nous avons une plus grande emprise sur lui et sommes plus proches de lui par le pouvoir que Nous exerçons sur lui. D’autres ont affirmé que le sens est plutôt : Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire par la connaissance de ce que son âme lui suggère. »
— Tafsīr al-Ṭabarī, Jāmiʿ al-Bayān, édition imprimée page 21/422 de l’édition .
L’emprise, dans la première lecture ; la connaissance, dans la seconde — et al-Ṭabarī relie directement cette dernière aux deux versets qui suivent, concernant les deux anges qui consignent chaque parole prononcée par une personne, l’un assis à droite, l’autre à gauche. La proximité dans la sourate Qāf est celle d’un témoin à qui rien n’échappe, et non celle d’un corps se rapprochant d’un autre corps. Le même Coran qui Le nomme al-Qarīb insiste également, dans le même souffle qui Le nomme al-Samīʿ, sur le fait que rien ne Lui ressemble (42:11) — le qurb que décrivent ces versets s’accorde avec cette distinction d’avec la création, il ne s’y oppose pas. Ce qui change entre la sourate Qāf et la sourate al-Baqarah n’est pas la nature de l’affirmation ; c’est la finalité de cette proximité. Dans Qāf, elle fonde un avertissement : aucune parole ne passe inaperçue. Dans al-Baqarah, elle fonde une invitation : aucune parole n’a besoin d’un chemin plus long que fa-innī qarīb pour atteindre sa destination.
C’est cette même proximité dont Abū Mūsā et ses compagnons avaient déjà été informés sur cette colline, avant même que l’un ou l’autre de ces versets ne leur soit récité : non pas un espace réduit qu’il faudrait combler par l’effort, mais l’absence totale d’espace à combler.
Rien de tout cela ne fait d’al-Qarīb un nom qui effacerait la différence entre le Créateur et la création. Cela en fait un nom qui traite de l’accès plutôt que de la localisation — qui souligne le peu d’obstacles entre un serviteur et le fait d’être entendu, et non la position d’Allah par rapport à ce qu’Il a créé. Lu ainsi, le verset 2:186 répond à une variante de la question des compagnons qu’aucun d’eux n’avait songé à poser : non pas à quel point un appel doit être fort, mais ce qui doit s’interposer entre un serviteur et Lui avant que l’appel ne soit lancé. La réponse du verset est inscrite dans sa forme même : rien. Ni registre formel, ni mot médiateur, pas même le qul qui porte toutes les autres questions de la sourate. Ce que le verset demande en retour — fa-l-yastajībū lī wa-l-yuʾminū bī, « qu’ils répondent donc à Mon appel, et qu’ils croient en Moi » — n’est pas une meilleure technique d’invocation. C’est simplement ce que fait un serviteur une fois que la distance a déjà été abolie, sans le moindre effort de sa part.
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Strengthening Iman Through Dua · Partie 2 sur 5
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