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Al-Ḥalīm : Le pouvoir qui choisit de ne pas frapper

Al-Ḥalīm, le Très Indulgent, décrit un pouvoir qui retient le châtiment tout en conservant le droit absolu de l'infliger. Le Coran ne Lui attribue ce nom qu'aux côtés de la connaissance ou du pardon, jamais de l'ignorance — une association qui exige une attitude bien précise de quiconque prétend y croire.

Lecture de 7 min2 sourcesNames of Allah

Auteur:The Quran Gallery team

Une personne qui renonce à se venger n’est pas toujours indulgente. Parfois, elle est simplement dominée, attend un moment plus propice, ou est trop épuisée pour s’en soucier. La retenue humaine est presque toujours conditionnée par un élément extérieur : la peur des conséquences, le manque d’opportunité, ou le calcul intime qu’une vengeance coûterait plus cher qu’elle ne rapporte. Ôtez la contrainte, et la retenue disparaît bien souvent avec elle.

Aucune de ces conditions ne s’applique à Allah. Il Se nomme Al-Ḥalīm, le Très Indulgent, non pas parce que les représailles sont hors de Sa portée, mais parce qu’elles sont à Sa disposition à chaque instant, contre quiconque, sans le moindre coût ni risque pour Lui. Le ḥilm n’est pas l’endurance face à l’épreuve — cela, c’est le ṣabr. Le ḥilm est la suspension délibérée d’une punition par Celui qui a le pouvoir absolu et le plein droit de l’exécuter. Al-Ḥalīm désigne une force qui a déjà décidé de la manière dont elle compte s’employer.

Aux côtés de la connaissance, jamais de l’ignorance

Les noms décrivant Allah apparaissent rarement seuls dans le Coran ; ils ont tendance à se présenter par paires, et cette association accomplit un véritable travail théologique. Al-Ḥalīm ne côtoie jamais un nom impliquant l’ignorance. Il se place aux côtés d’Al-ʿAlīm, l’Omniscient, et d’Al-Ghafūr, le Pardonneur — comme si le texte fermait d’emblée la seule porte qui rendrait cette indulgence dénuée de sens : l’excuse selon laquelle Il n’aurait tout simplement rien remarqué.

Prenons l’exemple d’un verset adressé aux veuves et aux hommes qui pourraient discrètement les courtiser avant la fin de leur deuil. Allah déclare d’abord clairement qu’Il connaît l’allusion glissée dans la conversation, l’intention gardée sous silence :

… وَٱعْلَمُوٓا۟ أَنَّ ٱللَّهَ يَعْلَمُ مَا فِىٓ أَنفُسِكُمْ فَٱحْذَرُوهُ ۚ وَٱعْلَمُوٓا۟ أَنَّ ٱللَّهَ غَفُورٌ حَلِيمٌ

« … Et sachez qu’Allah sait ce qu’il y a dans vos cœurs. Prenez donc garde à Lui, et sachez qu’Allah est Pardonneur et Indulgent. »

— Sourate Al-Baqarah, 2:235

L’ordre a son importance : la connaissance de la pensée cachée vient en premier, l’avertissement en second, et seulement ensuite l’assurance qu’Il est Pardonneur et Indulgent. Ici, l’indulgence ne signifie pas qu’Allah détourne le regard de ce que les gens dissimulent. C’est Allah qui le regarde en face et qui choisit, malgré tout, de ne pas sévir contre eux pour une faute qui ne s’est même pas encore traduite en acte.

Le Coran répète ce schéma avec Al-ʿAlīm plutôt qu’Al-Ghafūr dans un contexte très différent : une longue série d’instructions sur la manière dont un héritage est réparti entre les veuves, les enfants et les frères et sœurs après un décès — le genre de moment où les familles sont les plus tentées de contourner les règles à leur avantage.

… وَصِيَّةً مِّنَ ٱللَّهِ ۗ وَٱللَّهُ عَلِيمٌ حَلِيمٌ

« … [Ceci est] une obligation de la part d’Allah, et Allah est Omniscient et Indulgent. »

— Sourate An-Nisā, 4:12

Légiférer sur des parts exactes pour ensuite conclure par « Omniscient et Indulgent » plutôt que par « Omniscient et Vigilant » indique au lecteur la manière dont les violations de cette loi seront traitées : avec une pleine conscience de qui a trompé qui, et sans la frappe immédiate que cette seule conscience justifierait.

L’attente a un terme

Rien de tout cela ne doit être interprété comme de l’indifférence. Une indulgence qui n’aboutirait jamais à rien ne serait pas de la miséricorde ; ce serait l’abandon total de toute exigence morale, comme si le mal n’avait plus d’importance, plutôt qu’un simple report de la punition. Le Coran est explicite sur le fait que la seconde lecture est la bonne :

وَلَا تَحْسَبَنَّ ٱللَّهَ غَـٰفِلًا عَمَّا يَعْمَلُ ٱلظَّـٰلِمُونَ ۚ إِنَّمَا يُؤَخِّرُهُمْ لِيَوْمٍ تَشْخَصُ فِيهِ ٱلْأَبْصَـٰرُ

« Et ne pense point qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il ne fait que leur accorder un délai jusqu’au jour où leurs regards se figeront d’effroi. »

— Sourate Ibrāhīm, 14:42

« Accorder un délai » est l’expression clé, et cela n’équivaut pas à « oublier » ou « excuser ». Le ḥilm offre du temps au transgresseur, pas une immunité — le temps de prendre conscience de ses actes, de percevoir l’absence de jugement immédiat comme une opportunité plutôt que comme un verdict d’innocence, et de changer de cap avant que le délai n’expire. Lu à la lumière de ce verset, Al-Ḥalīm cesse d’être réconfortant au sens passif pour devenir quelque chose qui s’apparente à un avertissement enveloppé de patience : le silence ne vaut pas permission.

Appelé par le même nom

Le Coran n’applique le mot ḥalīm à un être humain qu’à deux reprises, et les deux fois, il désigne le même homme : Ibrāhīm. Dans l’un des cas, il plaide en faveur du peuple de Lot quelques instants après que des anges lui ont annoncé la naissance d’un fils — défendant leur cause jusqu’à ce que les anges lui disent clairement d’arrêter, car l’affaire est déjà tranchée :

إِنَّ إِبْرَٰهِيمَ لَحَلِيمٌ أَوَّٰهٌ مُّنِيبٌ

« Ibrāhīm était certes indulgent, implorant et repentant. »

— Sourate Hūd, 11:75

Ibrāhīm n’avait aucun pouvoir sur la mission des anges ; son ḥilm ressemble moins à la retenue d’un souverain qu’à la réticence à abandonner des gens même après que le jugement est effectivement tombé — plaidant pour la miséricorde au-delà du point où la discussion peut encore changer l’issue, car renoncer à cette possibilité lui semble être en soi une petite cruauté.

Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, fut éprouvé sur ce même trait de caractère depuis la seule position que l’histoire d’Ibrāhīm n’exigeait pas : avec le pouvoir réellement entre ses mains. De retour de Ṭā’if, meurtri et rejeté après avoir fait appel à ses habitants, il raconta à ʿĀ’ishah avoir été approché par un ange qui lui proposa d’écraser la ville entre deux montagnes sur un simple mot de sa part :

فَنَادَانِي مَلَكُ الْجِبَالِ فَسَلَّمَ عَلَيَّ ثُمَّ قَالَ: يَا مُحَمَّدُ، ذَلِكَ فِيمَا شِئْتَ إِنْ شِئْتَ أَنْ أُطْبِقَ عَلَيْهِمُ الْأَخْشَبَيْنِ؟ فَقَالَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: بَلْ أَرْجُو أَنْ يُخْرِجَ اللهُ مِنْ أَصْلَابِهِمْ مَنْ يَعْبُدُ اللهَ وَحْدَهُ لَا يُشْرِكُ بِهِ شَيْئًا

« L’ange des montagnes m’appela, me salua et dit : “Ô Muhammad, c’est à toi de décider — si tu le souhaites, je rabattrai sur eux les deux montagnes.” Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, répondit : “J’espère plutôt qu’Allah fera sortir de leur descendance des gens qui adoreront Allah seul, sans rien Lui associer.” »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 3231, page imprimée 4/115 de l’édition .

L’offre n’était pas rhétorique ; le pouvoir était réel et il était le seul à pouvoir l’exercer. Ce qu’il a choisi revêt la même forme d’indulgence que le Coran attribue à Allah : la pleine capacité d’agir, la pleine conscience du préjudice subi, et la décision de se retenir pour ce que cette retenue pourrait encore engendrer.

Ce que le nom exige en retour

Si le ḥilm appartient à Allah en tant qu’attribut d’un pouvoir illimité, il ne s’y cantonne pas comme une qualité que Lui seul serait autorisé à manifester. Le Prophète a dit à un délégué nommé Al-Ashajj, de la tribu de ʿAbd al-Qays, qu’il s’agissait d’un trait de caractère qu’Allah aimait tout particulièrement trouver chez une personne :

إِنَّ فِيكَ خصلتين يحبهما الله: الحلم والأناة

« Tu possèdes deux qualités qu’Allah aime : l’indulgence et la pondération. »

— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 25 (17), page imprimée 1/48 de l’édition .

Al-Ashajj avait mérité cette description en arrivant en retard pour prêter allégeance, car il s’était d’abord arrêté pour faire sa toilette et s’occuper correctement des montures de son peuple, plutôt que de se précipiter devant la délégation pour être le premier. C’est un exemple modeste, presque domestique, de ce trait de caractère — aucune ville épargnée, aucune patience cosmique exposée — et cela se rapproche davantage de ce que la plupart des croyants seront un jour appelés à pratiquer. À l’échelle humaine, le ḥilm ressemble rarement au fait d’épargner un ennemi de la destruction. Il s’agit plutôt d’attendre un instant de plus avant de répondre à une insulte, de terminer une tâche correctement plutôt que de réagir dans la précipitation, ou de laisser passer une provocation sans lui offrir la réplique qu’elle cherchait à susciter.

Cette modestie explique pourquoi on le qualifie d’amour plutôt que de devoir. Allah ne se contente pas de tolérer le ḥilm chez ceux qui parviennent à en faire preuve ; Il est décrit comme aimant le trouver, tout comme Il est décrit comme aimant le repentir qui suit un péché plus que l’absence même du péché. Quiconque prononce le nom Al-Ḥalīm avec sincérité s’engage à réaliser, la prochaine fois qu’une réplique sera pleinement méritée et à portée de main, que la retenir — pas pour toujours, pas sans limite, mais pour l’instant — est ce qui rapproche le plus un être humain d’agir avec la même autorité que celle qu’il demande à Allah d’exercer à son égard.

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