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Soixante-dix mille anges au chevet : Ce que la visite aux malades exige de vous
Une visite à l'hôpital coûte peu et il est facile de s'y soustraire. La tradition prophétique lui accorde pourtant un poids bien plus grand : elle s'accompagne d'une récompense, de paroles précises à prononcer et d'une invocation à dire pour soi-même en partant.
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- The Quran Gallery team
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Une chambre d’hôpital est l’un des endroits les plus solitaires au monde. Ceux qui pourraient vous tenir compagnie travaillent, sont fatigués, ou ne savent tout simplement pas quoi dire à une personne souffrante. La visite est alors repoussée, encore et encore, jusqu’à ce que le patient rentre chez lui sans avoir vu grand monde. Même les petites attentions — remplir un verre d’eau, couper la nourriture, tenir compagnie pour tromper l’ennui d’une longue convalescence — restent inachevées quand personne ne vient. C’est une forme de négligence ordinaire et silencieuse, et c’est exactement cette faille que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a comblée par une simple habitude : aller s’asseoir auprès des malades, et leur apporter des paroles qui en valent la peine.
La tradition ne considère pas cela comme un simple geste de gentillesse qui plairait à Allah par hasard. Elle l’aborde comme un acte assorti d’une rétribution bien précise. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a dit :
مَا مِنْ مُسْلِمٍ يَعُودُ مُسْلِمًا غُدْوَةً إِلَّا صَلَّى عَلَيْهِ سَبْعُونَ أَلْفَ مَلَكٍ حَتَّى يُمْسِيَ، وَإِنْ عَادَهُ عَشِيَّةً إِلَّا صَلَّى عَلَيْهِ سَبْعُونَ أَلْفَ مَلَكٍ حَتَّى يُصْبِحَ، وَكَانَ لَهُ خَرِيفٌ فِي الْجَنَّةِ « Nul musulman ne rend visite à un malade musulman le matin sans que soixante-dix mille anges ne prient pour lui jusqu’au soir. Et s’il lui rend visite le soir, soixante-dix mille anges prient pour lui jusqu’au matin — et une récolte au Paradis l’attend. »
Al-Tirmidhī rapporte ce hadith d’après ‘Alī (qu’Allah l’agrée), qui a déclaré l’avoir entendu directement du Prophète (paix et bénédictions sur lui) après avoir rendu visite à al-Ḥasan en compagnie d’Abū Mūsā — à la page imprimée 2/290 de l’édition , qu’il qualifie lui-même de ḥasan gharīb. Soixante-dix mille n’est pas un chiffre que les textes sacrés utilisent à la légère ; c’est le même nombre qui est associé par ailleurs aux actes d’adoration les plus éminents. Une visite de vingt minutes est ici hissée à ce niveau.
Une seconde narration d’Abū Hurayrah élargit la portée de cette récompense :
مَنْ عَادَ مَرِيضًا أَوْ زَارَ أَخًا لَهُ فِي اللهِ نَادَاهُ مُنَادٍ أَنْ طِبْتَ وَطَابَ مَمْشَاكَ، وَتَبَوَّأْتَ مِنَ الْجَنَّةِ مَنْزِلًا « Quiconque rend visite à un malade, ou rend visite à un frère en Allah, un héraut l’appelle : tu es bon, ta démarche est bonne, et tu as pris place dans une demeure au Paradis. »
Al-Tirmidhī qualifie ce récit de gharīb — à la page imprimée 3/538 de l’édition — et il mérite d’être lu pour ce qu’il souligne, plutôt que d’être traité comme une simple preuve juridique isolée : c’est la visite elle-même, le trajet pour s’y rendre, qui est qualifié de bon. Pas seulement le fait de s’asseoir.
En raison de textes comme ceux-ci, plusieurs savants classent la visite aux malades comme une obligation communautaire — une responsabilité qui incombe à la communauté musulmane dans son ensemble, dont elle est quitte dès lors que suffisamment de personnes s’en chargent, mais qu’aucun individu ne peut considérer comme purement facultative si personne d’autre ne s’y rend. Ce cadre a bien plus d’importance qu’il n’y paraît. Une faveur est une chose que l’on choisit d’accorder ou non ; un droit est une chose qui est due au malade. La littérature du hadith élargit d’ailleurs constamment le cercle des bénéficiaires de ce droit : il ne s’agit pas seulement de vos proches, mais de tout croyant malade, que vous le connaissiez personnellement ou non. En pratique, cela va bien au-delà de ce que nous dicte notre instinct : le collègue d’un autre service en arrêt maladie, le parent d’un parent, ou encore le voisin de chambre de la personne que vous êtes venu voir. L’obligation ne se restreint pas à votre propre cercle sous prétexte que c’est plus facile ainsi.
Une visite qui se limite à des banalités passe à côté de la moitié de ce qu’exige la tradition. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) apportait avec lui des paroles spécifiques — et le fait que plusieurs formulations aient été préservées est en soi instructif : il n’a jamais été question d’imposer un texte unique, mais plutôt d’offrir un choix de paroles précieuses à prononcer plutôt que de garder le silence.
La plus simple d’entre elles fut adressée à un Bédouin qu’il trouva fiévreux :
لَا بَأْسَ طَهُورٌ إِنْ شَاءَ اللهُ « Pas de mal — c’est une purification, si Allah le veut. »
Cet échange se trouve à la page imprimée 4/202 de l’édition , et al-Bukhārī le rapporte comme une habitude du Prophète, et non comme un événement isolé : chaque fois qu’il rendait visite à un malade, c’est ce qu’il disait. Quelques mots suffisent pour changer radicalement de perspective : la maladie n’est plus perçue comme une perte absolue, mais comme une épreuve capable de purifier la personne qui la traverse.
‘Ā’ishah (qu’Allah l’agrée) a préservé une invocation plus longue qu’il utilisait pour les membres de sa propre famille, en passant sa main droite sur eux tout en disant :
اللَّهُمَّ رَبَّ النَّاسِ، أَذْهِبِ الْبَاسَ، اشْفِهِ وَأَنْتَ الشَّافِي، لَا شِفَاءَ إِلَّا شِفَاؤُكَ، شِفَاءً لَا يُغَادِرُ سَقَمًا « Ô Allah, Seigneur des hommes, dissipe le mal et guéris — Tu es le Guérisseur. Il n’y a de guérison que Ta guérison, une guérison qui ne laisse aucune maladie derrière elle. »
Al-Bukhārī place ce récit dans un chapitre qu’il intitule « La ruqyah du Prophète » — à la page imprimée 7/132 de l’édition . Ce titre a son importance : il ne s’agit pas d’un remède de grand-mère déguisé sous un vocabulaire religieux, mais bien de la pratique prophétique de la ruqyah, cette invocation basée sur la récitation que la tradition islamique emploie pour les malades.
Le chapitre de Muslim consacré à la médecine, à la maladie et à la ruqyah préserve ce qui constitue, par sa seule formulation, l’archétype du genre — la ruqyah que l’ange Jibrīl aurait apportée lorsque le Prophète (paix et bénédictions sur lui) tomba lui-même malade :
بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ، مِنْ كُلِّ شَيْءٍ يُؤْذِيكَ، مِنْ شَرِّ كُلِّ نَفْسٍ أَوْ عَيْنِ حَاسِدٍ، اللَّهُ يَشْفِيكَ، بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ « Au nom d’Allah je te fais la ruqyah, contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme ou de tout œil envieux — qu’Allah te guérisse. Au nom d’Allah je te fais la ruqyah. »
Ceci se trouve à la page imprimée 4/1718 de l’édition . N’importe laquelle de ces trois invocations suffit au chevet d’un malade ; en mémoriser ne serait-ce qu’une seule transforme une simple présence silencieuse en une visite bien plus fidèle au modèle prophétique.
La tradition attache une autre règle de bienséance au moment du départ. Elle est facile à omettre car elle doit être prononcée discrètement plutôt qu’à voix haute — c’est une reconnaissance intime pour vous-même, qui ne s’adresse pas du tout au patient :
الْحَمْدُ لِلهِ الَّذِي عَافَانِي مِمَّا ابْتَلَاكَ بِهِ وَفَضَّلَنِي عَلَى كَثِيرٍ مِمَّنْ خَلَقَ تَفْضِيلًا « Louange à Allah, qui m’a épargné ce par quoi Il t’a éprouvé, et m’a grandement favorisé par rapport à beaucoup de Ses créatures. »
Il est rapporté que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit que quiconque voit une personne éprouvée et prononce ces mots ne sera pas frappé par cette même épreuve — à la page imprimée 5/431 de l’édition , qualifié de ḥasan gharīb par cette voie de transmission par al-Tirmidhī lui-même. Ce n’est pas une vantardise, et le dire à portée de voix du patient en ruinerait tout le sens — c’est une expression de gratitude, adressée à Allah, que l’on murmure pour soi-même.
Rien de tout cela ne justifie d’encombrer la chambre ou de s’éterniser. Une personne malade a besoin de repos, elle se fatigue à devoir gérer le malaise des autres à son chevet, et une visite qui s’éternise ou qui survient à une heure incongrue ne correspond pas à la sunna décrite ici — c’est même tout le contraire. Assurez-vous avant de venir que l’heure est appropriée. Gardez la conversation légère plutôt que d’obliger le patient à faire semblant d’aller bien pour vous rassurer, et sachez évaluer le moment opportun pour partir — une visite à l’hôpital n’est pas une sortie mondaine, et la personne alitée est rarement en position de vous dire qu’elle est fatiguée. Prononcez les invocations, faites en sorte que la visite soit suffisamment courte pour ne rien coûter au patient, et laissez l’importance résider dans la visite elle-même plutôt que dans sa durée.
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