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La terre dite bénie : la sacralité d'al-Aqṣā dans le Coran et le Voyage Nocturne

Le Coran qualifie de bénie la terre entourant al-Masjid al-Aqṣā à travers quatre récits distincts, séparés par des siècles, bien avant que le Prophète n'y pose le pied lors du Voyage Nocturne. La lecture conjointe de ces quatre versets, suivie du hadith sur l'incrédulité de Quraysh et des seize mois durant lesquels les musulmans ont prié en direction de cette terre, démontre que sa sacralité était ancrée dans la révélation et la pratique cultuelle bien avant qu'il ne soit nécessaire de la défendre.

Lecture de 7 min2 sourcesVirtues of Al-Aqsa

Auteur:The Quran Gallery team

Lorsque les mécréants de Quraysh apprirent que Muhammad, paix et bénédictions sur lui, affirmait avoir fait l’aller-retour à Jérusalem en une seule nuit, ils ne lui demandèrent pas de prouver un miracle. Ils le mirent au défi de décrire un édifice que la plupart d’entre eux n’avaient jamais vu, convaincus qu’il en serait incapable. Il n’échoua pas, et la manière dont il décrivit plus tard cet instant mérite que l’on s’y attarde — non pas pour la joute verbale qu’il a remportée, mais pour la terre qui en était l’enjeu.

لَمَّا كَذَّبَنِي قُرَيْشٌ، قُمْتُ فِي الْحِجْرِ، فَجَلَا اللَّهُ لِي بَيْتَ الْمَقْدِسِ، فَطَفِقْتُ أُخْبِرُهُمْ عَنْ آيَاتِهِ وَأَنَا أَنْظُرُ إِلَيْهِ

« Lorsque Quraysh refusa de me croire, je me tins debout dans le Ḥijr, et Allah exposa Bayt al-Maqdis à mes yeux. Je me mis alors à leur en décrire les traits tout en le regardant directement. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 3673, édition imprimée page 3/1409 de .

Le Ḥijr est le muret en arc de cercle situé sur le flanc nord de la Kaʿbah. Le Prophète se trouvait dans l’enceinte sacrée de la Mecque, à des centaines de kilomètres de Jérusalem, et Allah lui rendit la ville visible afin qu’il puisse répondre à ses détracteurs, détail par détail. C’est une scène saisissante, mais qui intervient tardivement dans l’histoire. Au moment où Quraysh exigea des preuves, la sacralité de cette terre avait déjà été proclamée — non pas une seule fois, mais à maintes reprises, et bien avant cette nuit-là.

Une affirmation antérieure au Voyage

Le verset qui ouvre Sūrat al-Isrāʾ est le plus connu, car c’est lui qui donne son nom au Voyage Nocturne :

سُبْحَـٰنَ ٱلَّذِىٓ أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِۦ لَيْلًا مِّنَ ٱلْمَسْجِدِ ٱلْحَرَامِ إِلَى ٱلْمَسْجِدِ ٱلْأَقْصَا ٱلَّذِى بَـٰرَكْنَا حَوْلَهُۥ لِنُرِيَهُۥ مِنْ ءَايَـٰتِنَآ ۚ إِنَّهُۥ هُوَ ٱلسَّمِيعُ ٱلْبَصِيرُ

« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur d’al-Masjid al-Ḥarām à al-Masjid al-Aqṣā, dont Nous avons béni les alentours, afin de lui montrer certains de Nos signes. C’est Lui, vraiment, l’Audient, le Clairvoyant. »

— Sūrat al-Isrāʾ, 17:1

Lisez ce verset attentivement : il accomplit deux choses à la fois. Il désigne une destination et, dans le même souffle, la décrit comme étant déjà bénie. « Dont Nous avons béni les alentours » évoque une action passée, et non une promesse liée au voyage. Le Voyage Nocturne n’a pas rendu al-Aqṣā sacré. Il a eu pour point d’arrivée une terre que le verset considère déjà comme sacrée, à l’image d’un voyageur que l’on enverrait vers une ville qualifiée d’historique dans la même phrase, sans que cela n’implique que la ville le soit devenue grâce à sa visite.

Cette distinction est cruciale, car elle signifie que la sacralité de cette terre ne repose pas sur une seule nuit spectaculaire. C’est une affirmation que le Coran formule dans plusieurs passages distincts, à propos de personnes n’ayant aucun lien entre elles, à des siècles d’intervalle.

Le même mot, à trois autres reprises

Dans l’histoire d’Ibrāhīm et de son neveu Lūṭ, que la paix soit sur eux deux, le Coran décrit leur sauvetage d’une terre hostile en des termes presque identiques à ceux employés pour al-Aqṣā :

وَنَجَّيْنَـٰهُ وَلُوطًا إِلَى ٱلْأَرْضِ ٱلَّتِى بَـٰرَكْنَا فِيهَا لِلْعَـٰلَمِينَ

« Et Nous le sauvâmes, ainsi que Lūṭ, vers la terre que Nous avions bénie pour tout l’univers. »

— Sūrat al-Anbiyāʾ, 21:71

On y retrouve le mot bāraknā — « Nous avons béni » — associé à cette même étendue de terre, présentée cette fois comme un lieu de refuge pour deux Prophètes plutôt que comme la destination d’un troisième. Quelques sourates plus loin, ce même terme qualifie les cités de toute une région dans le récit du peuple de Sabaʾ. Leurs voyages aisés entre des bourgades bien réparties y sont décrits comme une miséricorde qu’ils ont par la suite dilapidée :

وَجَعَلْنَا بَيْنَهُمْ وَبَيْنَ ٱلْقُرَى ٱلَّتِى بَـٰرَكْنَا فِيهَا قُرًى ظَـٰهِرَةً وَقَدَّرْنَا فِيهَا ٱلسَّيْرَ ۖ سِيرُوا۟ فِيهَا لَيَالِىَ وَأَيَّامًا ءَامِنِينَ

« Et Nous avions placé entre eux et les cités que Nous avions bénies, d’autres cités apparentes, et Nous en avions bien mesuré les étapes : “Voyagez entre elles, de nuit comme de jour, en toute sécurité.” »

— Sūrat Sabaʾ, 34:18

Et lorsque Mūsā, que la paix soit sur lui, s’adresse directement aux Enfants d’Israël, l’ordre qu’il leur transmet désigne cette même terre sous un autre nom — non plus bénie cette fois, mais sainte :

يَـٰقَوْمِ ٱدْخُلُوا۟ ٱلْأَرْضَ ٱلْمُقَدَّسَةَ ٱلَّتِى كَتَبَ ٱللَّهُ لَكُمْ وَلَا تَرْتَدُّوا۟ عَلَىٰٓ أَدْبَارِكُمْ فَتَنقَلِبُوا۟ خَـٰسِرِينَ

« Ô mon peuple, entrez dans la Terre Sainte qu’Allah vous a prescrite, et ne revenez point sur vos pas, sinon vous vous retrouveriez perdants. »

— Sūrat al-Māʾidah, 5:21

Quatre versets, quatre Prophètes différents, quatre moments distincts du récit coranique : Muhammad y est transporté de nuit, Ibrāhīm et Lūṭ y trouvent refuge face à la persécution, un peuple entier reçoit l’ordre d’y pénétrer, et toute une région est érigée en exemple d’une bénédiction que l’ingratitude peut faire perdre. Aucun de ces quatre passages ne cite les autres ni n’en dépend. Leur seul point commun est cette description qui ressurgit d’elle-même, dans des récits qui ne partagent rien d’autre, pour désigner la même étendue de terre. Un seul verset aurait pu n’être qu’une figure de style. Quatre versets répartis sur quatre récits s’apparentent bien plus à un motif sur lequel le Coran revient délibérément.

Une affirmation contestée, puis mise en pratique

C’est sur cette toile de fond que s’inscrit le hadith de Bukhārī cité plus haut. Lorsque Quraysh exigea du Prophète qu’il décrive une ville qu’il n’aurait pu voir en une seule nuit, ils ne remettaient pas en cause un lieu géographique — ils contestaient la réalité même du voyage. La réponse d’Allah, lui dévoilant Bayt al-Maqdis avec une telle précision qu’il put répondre à chaque question sur ses caractéristiques, trancha le débat selon les propres critères de Quraysh : la vue, et non les Écritures. Mais remarquez ce qu’elle n’a pas eu besoin de faire. Elle n’a pas eu besoin d’établir l’importance de cette terre — le Coran l’avait déjà fait, à plusieurs reprises, dans des passages sans aucun rapport avec cette polémique. Le hadith répond à un défi concernant le voyage. Les versets avaient déjà répondu à une question bien plus profonde concernant la destination.

Le signe le plus évident que la première communauté musulmane l’avait compris ainsi ne réside pas dans une déclaration à propos de cette terre, mais dans un acte physique, accompli cinq fois par jour pendant plus d’un an. Al-Barāʾ ibn ʿĀzib, l’un des compagnons du Prophète, l’a décrit en une phrase toute simple :

صَلَّيْنَا مَعَ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ نَحْوَ بَيْتِ الْمَقْدِسِ سِتَّةَ عَشَرَ شَهْرًا، أَوْ سَبْعَةَ عَشَرَ شَهْرًا. شَكَّ سُفْيَانُ وَصُرِفَ إِلَى الْقِبْلَةِ

« Nous avons prié avec le Prophète, paix et bénédictions sur lui, en direction de Bayt al-Maqdis pendant seize ou dix-sept mois — Sufyān n’en était pas certain — puis nous avons été réorientés vers la Qiblah. »

— Sunan al-Nasāʾī, hadith 488, édition imprimée page 1/242 de .

Seize ou dix-sept mois, ce n’est pas un geste symbolique. C’est bien plus d’une année de prières obligatoires, pour chaque croyant de Médine, physiquement tourné vers une ville que la plupart n’avaient jamais vue, avant que ne vienne l’ordre de se tourner vers la Kaʿbah. Une communauté n’oriente pas son culte vers un bout de terre par hasard, et elle ne maintient pas cette orientation pendant un an et demi sur la seule foi de l’expérience intime d’un homme. Elle la maintient parce que cette terre avait déjà été désignée — dans le Livre qu’ils récitaient, décrivant des cités, des refuges et une « Terre Sainte » bien avant leur naissance — comme un lieu digne qu’on s’y tourne.

C’est cet ordre chronologique qu’il faut retenir : non pas le voyage, puis la sacralité, mais la sacralité, puis le voyage, suivis de plus d’un an de prières traitant cette sacralité comme un fait déjà établi. Une terre qualifiée de bénie à quatre reprises dans quatre récits distincts, puis confirmée de visu à un auditoire sceptique, et enfin prise comme direction de prière par toute une communauté pendant plus d’un cycle de pèlerinage complet — voilà un statut qui ne dépend pas de celui qui l’a visitée une fois, ni d’une quelconque victoire rhétorique. Il était scellé par les mots mêmes du Coran avant que la polémique n’éclate, et il a continué d’habiter le corps de ceux qui priaient dans sa direction bien après qu’elle s’est éteinte.

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