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Tasbīḥ, Taḥmīd et Takbīr : trois formules qui pèsent plus lourd qu'il n'y paraît

Le tasbīḥ, le taḥmīd et le takbīr comptent parmi les formules les plus répétées dans la vie du musulman, et chacune énonce une vérité distincte sur Allah : l'une nie tout défaut, l'autre affirme toute louange, la dernière le place au-dessus de toute comparaison. Les récits authentiques les décrivent comme étant d'une légèreté singulière à prononcer, mais d'une lourdeur exceptionnelle sur la balance.

Lecture de 7 min3 sourcesTasbih

Auteur:The Quran Gallery team

Trois formules ancrent le rappel du musulman plus que presque n’importe quelle autre en dehors du Coran lui-même : سُبْحَانَ اللَّهِ (subḥāna Allāh), اَلْحَمْدُ لِلَّهِ (al-ḥamdu lillāh) et اَللَّهُ أَكْبَرُ (Allāhu akbar). Elles ouvrent la journée, clôturent chaque prière et répondent à la surprise, au chagrin, à la célébration et à la peur avec une fréquence quasi égale. Une répétition aussi constante fait qu’il est facile de prononcer ces mots sans se demander ce qu’ils affirment réellement. Chacune de ces trois formules accomplit un travail théologique distinct — l’une nie, l’autre affirme, la dernière échappe à toute mesure — et les récits concernant leur poids sont suffisamment précis pour être cités, loin d’être de vagues éloges pour avoir dit une bonne parole.

Ce que dit réellement سُبْحَانَ اللَّهِ

La racine س-ب-ح décrit un mouvement rapide et sans entrave — un nageur glissant dans l’eau, libre de tout ce qui pourrait le ralentir ou l’accrocher. L’expression سُبْحَانَ اللَّهِ emprunte cette image pour décrire Allah comme étant exempt de tout défaut, besoin, ressemblance et limite qui pourraient Lui être attribués : aucun associé, aucun égal, aucune origine, aucun besoin de repos, aucune possibilité d’erreur ou d’injustice. La prononcer ne revient pas à ajouter un compliment ; c’est retirer, un par un, tout ce que la grammaire de la phrase rend impossible à Lui associer par la suite.

Ce retrait n’est pas un geste vide de sens. Ôtez toute imperfection d’une description et seule la perfection subsiste — Allah n’occupe pas une hypothétique troisième catégorie entre l’imparfait et l’absolu. C’est sans doute la raison pour laquelle le Coran traite le tasbīḥ comme l’activité innée de tout ce qui existe, qu’on l’entende ou non :

تُسَبِّحُ لَهُ ٱلسَّمَـٰوَٰتُ ٱلسَّبْعُ وَٱلْأَرْضُ وَمَن فِيهِنَّ ۚ وَإِن مِّن شَىْءٍ إِلَّا يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِۦ وَلَـٰكِن لَّا تَفْقَهُونَ تَسْبِيحَهُمْ ۗ إِنَّهُۥ كَانَ حَلِيمًا غَفُورًا

Les sept cieux et la terre et ceux qui s’y trouvent Le glorifient. Et il n’existe rien qui ne Le glorifie en Le louant, mais vous ne comprenez pas leur [façon de Le] glorifier. Il est certes Indulgent et Pardonneur.

Sūrat al-Isrāʾ, 17:44

Remarquez que le verset ne s’arrête pas à « Le glorifient » — il précise que toute chose Le glorifie « biḥamdih », en y associant Sa louange. La glorification seule ne dit que ce qu’Allah n’est pas. Le Coran l’associe à la louange, qui dit ce qu’Il est.

Ce que dit réellement اَلْحَمْدُ لِلَّهِ

Le français réduit le remerciement et la louange à un geste à peu près similaire, et cette réduction est exactement la distinction que le ḥamd refuse de faire. La gratitude (shukr) répond à quelque chose de reçu : elle nécessite un bienfait, un donateur et un bénéficiaire, et elle est proportionnelle à ce qui a été donné — pas de don, pas de remerciement. Le ḥamd ne comporte aucune condition de ce genre. Il loue celui qui est loué pour des qualités qui sont dignes de louanges en elles-mêmes — la beauté, la générosité, la sagesse, la miséricorde — que la personne qui loue en ait personnellement bénéficié ou non. L’expression al-ḥamdu lillāh accomplit donc deux tâches à la fois : elle remercie Allah pour les bienfaits qui font tourner la vie ordinaire, et, séparément, elle Le loue simplement pour ce qu’Il est, un acte de louange qui reste vrai même pour celui qui a le sentiment de n’avoir rien reçu du tout. C’est également la première véritable ligne du Coran, et l’ouverture de chaque prière accomplie par un musulman :

ٱلْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ ٱلْعَـٰلَمِينَ

Toute louange appartient à Allah, Seigneur de l’univers.

Sūrat al-Fātiḥah, 1:2

Remarquez ce pour quoi le verset Le loue : être le Seigneur de tout ce qui existe, et non pour une faveur que le lecteur aurait reçue ce jour-là. C’est aussi la raison pour laquelle cette formule est décrite comme inépuisable plutôt que comme une tâche qu’un serviteur pourrait un jour achever : une vie entière passée à louer ne saurait égaler ce qui Lui est dû, et la capacité même de Le louer est en soi un bienfait supplémentaire qui appellerait de nouvelles louanges. Le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) a lié cette formule à une affirmation sur son poids physique, et non à une métaphore sur la ferveur :

الطُّهُورُ شَطْرُ الْإِيمَانِ، وَالْحَمْدُ لِلَّهِ تَمْلَأُ الْمِيزَانَ، وَسُبْحَانَ اللَّهِ وَالْحَمْدُ لِلَّهِ تَمْلَآنِ مَا بَيْنَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ…

La purification est la moitié de la foi. Al-ḥamdu lillāh remplit la balance, et subḥāna Allāh avec al-ḥamdu lillāh remplissent l’espace entre les cieux et la terre…

— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 1/203 de l’édition , hadith 223, rapporté par Abū Mālik al-Ashʿarī, dans le Livre de la purification.

Ce que dit réellement اَللَّهُ أَكْبَرُ

Grammaticalement, أَكْبَرُ est un comparatif — « plus grand » — et la phrase ne nomme jamais ce à quoi Il est supérieur. Ce vide n’est pas un mot manquant ; c’est ce qui rend la comparaison absolue. Allāhu akbar n’affirme pas qu’Allah surpasse un rival, un obstacle ou une peur en particulier ; cela affirme qu’Il est plus grand que tout objet de comparaison possible à la fois, y compris ce à quoi le locuteur est confronté au moment où il le prononce — une bataille, un diagnostic médical, un réveil qui sonne, une décision qu’il cherche à fuir. C’est la phrase la plus courte dont on dispose pour ramener une chose démesurée à sa taille réelle face à Lui.

Légères sur la langue, lourdes sur la balance

Les récits concernant ces formules ne les décrivent pas comme étant simplement bonnes de manière générale ; ils décrivent un déséquilibre spécifique, presque physique, entre le peu d’effort que ces mots coûtent à prononcer et le poids qu’ils sont censés peser :

كَلِمَتَانِ خَفِيفَتَانِ عَلَى اللِّسَانِ، ثَقِيلَتَانِ فِي الْمِيزَانِ، حَبِيبَتَانِ إِلَى الرَّحْمَنِ: سُبْحَانَ اللَّهِ الْعَظِيمِ، سُبْحَانَ اللَّهِ وَبِحَمْدِهِ

Deux paroles sont légères sur la langue, lourdes sur la balance, et bien-aimées du Tout Miséricordieux : subḥāna Allāhi l-ʿaẓīm, et subḥāna Allāhi wa biḥamdih.

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 5/2352 de l’édition , hadith 6043, rapporté par Abū Hurayrah, dans le Livre des invocations, chapitre sur le mérite du tasbīḥ.

Cette combinaison — peu coûteuse à produire, lourde en conséquences — n’est pas une description fortuite ; c’est là tout l’argument. Une phrase qui demanderait un véritable effort à prononcer pourrait de manière plausible mériter une grande récompense par l’effort lui-même. Celle qui ne coûte presque rien physiquement et qui, pourtant, pèse plus lourd que la majeure partie de ce qu’une personne pourrait placer de l’autre côté de la balance, témoigne de la miséricorde, et non du labeur.

Pourquoi ces trois formules vont de pair

Le tasbīḥ, le taḥmīd et le takbīr apparaissent rarement seuls dans la tradition ; ils se présentent enchaînés les uns aux autres — après chacune des cinq prières, dans les évocations du matin et du soir, à la naissance d’un enfant, à la vue de la nouvelle lune. La raison en est structurelle plutôt qu’une simple question d’habitude. Le tasbīḥ retire : il dépouille de tout défaut la manière dont Allah est décrit. Le taḥmīd affirme : il remplit à nouveau cette description vidée avec tout ce qui Lui est dû. Le takbīr donne la mesure : il replace ce qui a provoqué le rappel au sein d’une comparaison qu’Allah remporte toujours. La négation, l’affirmation et la grandeur sont trois fonctions différentes, et aucune formule ne peut accomplir les trois à la fois :

أَحَبُّ الْكَلَامِ إِلَى اللَّهِ أَرْبَعٌ: سُبْحَانَ اللَّهِ، وَالْحَمْدُ لِلَّهِ، وَلَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ، وَاللَّهُ أَكْبَرُ، لَا يَضُرُّكَ بِأَيِّهِنَّ بَدَأْتَ

Les paroles les plus aimées d’Allah sont au nombre de quatre : subḥāna Allāh, al-ḥamdu lillāh, lā ilāha illā Allāh, et Allāhu akbar — tu peux commencer par celle que tu veux, cela ne te nuira pas.

— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 6/172 de l’édition , hadith 2137, rapporté par Samurah b. Jundub, dans le Livre des bonnes manières.

La quatrième formule de ce même hadith, lā ilāha illā Allāh, accomplit encore un autre type de travail — une déclaration d’adoration exclusive plutôt qu’une description des attributs d’Allah — et mérite d’être traitée séparément ailleurs. Ce que le hadith établit pour les trois formules qui nous occupent, c’est qu’aucune d’entre elles ne sert d’échauffement aux autres. Elles sont citées ensemble, sans ordre fixe entre elles, précisément parce que chacune couvre un terrain que les deux autres laissent inexploré.

Prononcées à la suite, les trois se lisent ainsi : سُبْحَانَ اللَّهِ وَالْحَمْدُ لِلَّهِ وَاللَّهُ أَكْبَرُ — Allah est exempt de tout défaut, toute louange Lui appartient, et Il est plus grand que toute chose. Trois courtes phrases, chacune accomplissant une tâche dont les autres sont incapables, prononcées de la même manière, que la journée ait bien commencé ou qu’elle se soit effondrée dès neuf heures du matin.

Notre application d’adhkar rassemble ces trois formules aux côtés du reste des évocations quotidiennes du matin, du soir et d’après chaque prière, avec leur texte en arabe, leur translittération et leur traduction au même endroit.

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