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Lā Ilāha Illā Allāh : La phrase qui porte tout
Quatre mots, répétés lors de l'adhān, au cœur de chaque prière, et que chacun espère prononcer dans son dernier souffle. Pourtant, cette phrase n'est pas un simple éloge fait à Allah. C'est une négation suivie d'une exception, dont la grammaire même formule une affirmation que les Compagnons devaient peser face à quatre-vingt-dix-neuf registres de péchés.
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Auteur:The Quran Gallery team
Quatre mots portent en eux une plus grande part de la vie du musulman que n’importe quelle autre phrase en dehors du Coran lui-même. Ils ouvrent l’appel à la prière, s’inscrivent au cœur de l’attestation de foi qui fait entrer une personne dans l’islam, et sont les mots que tout musulman espère avoir sur la langue au moment de sa mort :
لَا إِلَـٰهَ إِلَّا اللَّهُ Il n’y a de dieu qu’Allah.
À force d’être répétée, une phrase cesse de résonner comme une affirmation pour devenir un simple son — un bruit de fond dans le quotidien plutôt qu’un propos porteur de sens. Mais lā ilāha illā Allāh n’est pas un compliment adressé à Allah, comme le seraient « Dieu est grand » ou « Louange à Dieu ». Elle se construit sur deux mouvements grammaticaux très différents superposés l’un à l’autre, et comprendre le rôle de chacun d’eux constitue l’essentiel de ce qu’il y a à saisir dans cette formule.
La mécanique de la grammaire
La phrase se divise en deux moitiés qui accomplissent des tâches opposées. Lā ilāha — « il n’y a de dieu » — est une négation, et elle est absolue : le lā arabe employé de cette manière ne renie pas un dieu en particulier tout en laissant la catégorie ouverte à d’autres ; il vide d’un seul coup toute la catégorie de « ilāh », c’est-à-dire tout ce qui pourrait être digne d’adoration. Plus rien ne subsiste après ces deux premiers mots. Ensuite, illā Allāh — « sauf Allah » — rouvre la catégorie pour une seule et unique exception. Tout nier, puis nommer l’unique exception : voilà toute l’architecture de la phrase, et chaque mot qui la compose accomplit l’une de ces deux fonctions.
Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb, écrivant aux habitants de Riyad et de Manfūḥah, a mis ces deux moitiés côte à côte en des termes presque identiques :
فاعلموا أن قول الرجل: لا إله إلا الله: نفي وإثبات، إثبات الألوهية كلها لله وحده، ونفيها عن الأنبياء والصالحين وغيرهم Sachez que lorsqu’un homme dit « il n’y a de dieu qu’Allah », il s’agit d’une négation et d’une affirmation : cela affirme la divinité dans sa totalité pour Allah seul, et la nie pour les prophètes, les pieux et tous les autres.
— Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb, Lettre 28 aux habitants de Riyad et de Manfūḥah, page imprimée 187 de .
Il poursuit, dans cette même lettre, en soulevant un point qui mérite réflexion : la négation ne s’adresse pas à ceux qui niaient l’existence d’Allah. Les Mecquois qu’il décrit admettaient déjà, lorsqu’on leur posait directement la question, qu’Allah seul fait descendre la pluie, contrôle l’ouïe et la vue, fait sortir le vivant du mort et administre les affaires du monde — une concession que le Coran lui-même rapporte de leurs propres bouches. Leur faute n’a jamais été de ne pas croire en un Créateur. Elle consistait à détourner l’adoration — l’invocation, la dépendance, les vœux — vers les prophètes et les morts pieux à Ses côtés. Lā ilāha illā Allāh n’est pas d’abord un argument prouvant l’existence d’un dieu. C’est une exigence quant à la direction que doit prendre l’adoration, et c’est précisément la raison pour laquelle cette phrase a provoqué une telle réaction la première fois qu’elle a été prononcée en public :
إِنَّهُمْ كَانُوٓا۟ إِذَا قِيلَ لَهُمْ لَآ إِلَـٰهَ إِلَّا ٱللَّهُ يَسْتَكْبِرُونَ Quand on leur disait : « Point de divinité à part Allah », ils s’enflaient d’orgueil.
— Sourate al-Ṣāffāt, 37:35.
Remarquez ce que le verset ne dit pas. Il ne dit pas qu’ils étaient confus, qu’ils exigeaient des preuves ou qu’ils débattaient de cette affirmation. Ils s’enflaient d’orgueil — la réaction de personnes qui comprenaient parfaitement la phrase et n’aimaient pas ce qu’elle exigeait d’eux. Une phrase qui se contenterait d’énoncer un fait pourrait être accueillie avec doute. Mais une phrase qui démantèle toute autre revendication sur l’allégeance, l’adoration et l’obéissance d’une personne, pour tout remettre entre les mains d’un seul Être, est perçue comme une véritable offense.
Pourquoi al-Bukhārī ouvre son Livre de la Science avec cette phrase
Al-Bukhārī intitule le tout premier chapitre de son Livre de la Science — avant même de citer le moindre ḥadīth d’enseignement — « La science précède la parole et l’action », et le verset sur lequel il s’appuie pour justifier cet ordre est construit autour de cette même phrase :
بَابٌ: الْعِلْمُ قَبْلَ الْقَوْلِ وَالْعَمَلِ لِقَوْلِ اللهِ تَعَالَى ﴿فَاعْلَمْ أَنَّهُ لَا إِلَهَ إِلَّا اللهُ﴾ فَبَدَأَ بِالْعِلْمِ Chapitre : La science précède la parole et l’action, en raison de la parole d’Allah : « Sache donc qu’en vérité, il n’y a point de divinité à part Allah » — Il a ainsi commencé par la science.
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, chapitre d’ouverture du Kitāb al-ʿIlm, page imprimée 1/24 de .
Al-Bukhārī ne cite pas ici un ḥadīth sur la shahādah ; il cite le verset lui-même — « faʿlam », un impératif construit à partir de la racine du mot science, et non de celle de la parole — et tire son propre argument éditorial de l’ordre des mots. Allah n’a pas ordonné de prononcer la phrase avant d’ordonner de la connaître. Il a d’abord ordonné la connaissance, et considère la prononciation comme en découlant. Cet ordre est la raison même pour laquelle la structure de négation puis d’affirmation a de l’importance : une personne peut prononcer les quatre mots corrects sans que les deux mouvements grammaticaux qu’ils contiennent ne se soient jamais produits dans son cœur — sans que rien n’ait été réellement balayé, et sans que rien n’ait été réellement affirmé à la place. Al-Bukhārī ouvre toute son encyclopédie de récits prophétiques en insistant sur le fait que cette phrase n’est pas d’abord quelque chose à réciter. C’est quelque chose à comprendre, pour n’être prononcé qu’ensuite.
La première chose que l’on demande à quiconque de dire
Cette même phrase est également le premier élément sur la liste établie par le Prophète lui-même quant à la manière dont son message devait être transmis à ceux qui ne l’avaient pas encore entendu. Lorsqu’il envoya Muʿādh ibn Jabal au Yémen, ses instructions suivaient un ordre précis, et c’est par la shahādah de lā ilāha illā Allāh que cet ordre commence :
أَنَّ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بَعَثَ مُعَاذًا إِلَى الْيَمَنِ، فَقَالَ: ادْعُهُمْ إِلَى: شَهَادَةِ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللهُ وَأَنِّي رَسُولُ اللهِ، فَإِنْ هُمْ أَطَاعُوا لِذَلِكَ، فَأَعْلِمْهُمْ أَنَّ اللهَ قَدِ افْتَرَضَ عَلَيْهِمْ خَمْسَ صَلَوَاتٍ فِي كُلِّ يَوْمٍ وَلَيْلَةٍ Le Prophète envoya Muʿādh au Yémen et lui dit : « Appelle-les à témoigner qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager d’Allah. S’ils t’obéissent en cela, alors informe-les qu’Allah leur a prescrit cinq prières de jour comme de nuit… »
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 1395, page imprimée 2/104 de .
Tout le reste des instructions — la prière, puis la zakāh, qui n’interviennent qu’une fois que les interlocuteurs ont déjà « obéi » sur le premier point — est conditionné par l’assimilation préalable de cette phrase. Il ne s’agit pas d’un simple élément parmi une longue liste d’obligations islamiques qui se trouverait être le premier par hasard. C’est la porte derrière laquelle patiente toute autre obligation. On n’apprend pas d’abord à une personne à prier pour lui dire ensuite qui elle prie ; on lui dit d’abord ce qui est en droit d’être adoré, et tout ce qui s’ensuit — la prière, l’aumône, la forme entière de la vie d’un musulman — découle du fait d’avoir entendu, et accepté, ces quatre mots.
Ce qu’elle pèse
La tradition ne se contente pas de décrire l’importance de cette phrase de manière abstraite. Un récit lui confère un poids presque physique, mis en balance avec une dette si colossale qu’elle semble impossible à rembourser. ʿAbdullāh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀṣ a rapporté que le Prophète a décrit un homme amené devant Allah le Jour du Jugement, portant quatre-vingt-dix-neuf registres de péchés, chacun s’étendant à perte de vue :
فتُخْرَجُ بِطاقةٌ فِيها: أشْهدُ أنْ لا إلهَ إلَّا اللهُ وأشْهدُ أنَّ محمدًا عَبْدُهُ ورَسولُهُ، فيقولُ: أحْضِرْ وَزْنَكَ، فَيقولُ: يا رَبَّ ما هذه البطاقةُ مَعَ هذه السِّجلّاتِ، فقال: إنّكَ لا تُظْلَمُ، قال: فتُوضَعُ السِّجلاتُ في كِفَّةٍ والبِطاقةُ في كِفَّةٍ، فطاشتِ السِّجلَّاتُ وثَقُلتِ البطاقةُ، ولا يَثقُلُ مع اسمِ اللهِ شيءٌ Puis on sortira une carte sur laquelle est écrit : « Je témoigne qu’il n’y a de dieu qu’Allah, et je témoigne que Muḥammad est Son serviteur et messager. » On lui dira : « Viens assister à ta pesée. » Il dira : « Ô Seigneur, que représente cette simple carte face à tous ces registres ? » On lui répondra : « Tu ne subiras aucune injustice. » Les registres seront alors placés sur un plateau et la carte sur l’autre. Les registres deviendront légers, et la carte pèsera lourd — rien ne peut peser lourd face au nom d’Allah.
— Sunan al-Tirmidhī, hadith 2829, page imprimée 4/585 de . Al-Tirmidhī le qualifie de ḥasan gharīb ; les éditeurs de cette édition le décrivent comme un ḥadīth qawiyy (un récit fort) et notent qu’il est également rapporté par Ibn Mājah, dans le Musnad de Aḥmad, et dans le Ṣaḥīḥ d’Ibn Ḥibbān.
Le récit mérite qu’on s’attarde sur ses détails : il ne dit pas simplement « l’homme fut pardonné », mais mentionne un objet précis — une carte, une biṭāqah, assez petite pour tenir dans une main — opposée physiquement à quatre-vingt-dix-neuf registres, chacun trop long pour en voir le bout. Cette disproportion est tout l’enjeu de l’histoire. Les registres ne sont ni effacés ni excusés ; ils sont pesés, en toute équité, face à la carte, et ils perdent. Ce qui fait pencher la balance n’est pas l’effort de l’homme — il n’offre rien d’autre pour sa défense et admet n’avoir aucune excuse — mais les quatre mots sur la carte eux-mêmes, cette même mécanique de négation puis d’affirmation examinée plus haut, présente sous la seule forme qui compte en fin de compte : un témoignage écrit qui tient bon quand tout le reste s’effondre.
Une profession de foi, pas un mot de passe
On pourrait entendre tout cela d’une manière qui transformerait lā ilāha illā Allāh en une sorte de mot de passe — quatre syllabes qui, une fois prononcées, débloqueraient un résultat, peu importe l’intention de celui qui les prononce. Un récit concernant ʿItbān ibn Mālik, un Compagnon aveugle qui avait demandé au Prophète de prier dans un coin de sa maison afin qu’il puisse adopter cet endroit comme son propre lieu de prière, ferme directement cette porte. Lors de cette visite, un homme présent dans la pièce fut accusé d’être un hypocrite. Le Prophète prit sa défense sur un seul et unique motif :
أَلَا تَرَاهُ قَدْ قَالَ: لَا إِلَهَ إِلَّا اللهُ يُرِيدُ بِذَلِكَ وَجْهَ اللهِ؟ ... فَإِنَّ اللهَ قَدْ حَرَّمَ عَلَى النَّارِ مَنْ قَالَ: لَا إِلَهَ إِلَّا اللهُ يَبْتَغِي بِذَلِكَ وَجْهَ اللهِ « Ne vois-tu pas qu’il a dit : “Il n’y a de dieu qu’Allah”, en recherchant par cela le visage d’Allah ? » … « Allah a interdit le Feu à quiconque dit : “Il n’y a de dieu qu’Allah”, en recherchant par cela le visage d’Allah. »
— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 33, page imprimée 2/126 de .
À deux reprises au cours d’un bref échange, le Prophète répète le même qualificatif — yurīdu, yabtaghī, « recherchant » — attaché à ces mêmes quatre mots, comme si la phrase en elle-même n’était pas tout à fait l’objet de la promesse. Ce qui est protégé, ce n’est pas la simple prononciation ; c’est la prononciation dirigée vers un but, formulée par quelqu’un qui aspire réellement à la satisfaction d’Allah plutôt que de réciter une formule pour clore une conversation. Il ne s’agit pas d’une condition distincte greffée de l’extérieur sur la phrase. C’est la même structure que la grammaire elle-même, lue à un niveau plus profond. Lā ilāha balaie toute revendication rivale sur l’adoration ; illā Allāh nomme la seule direction qui reste vers laquelle la pointer ; et yabtaghī bidhālika wajh Allāh — recherchant, par cela, le visage d’Allah — est ce qui se produit lorsque le cœur d’une personne accomplit réellement le même mouvement que sa langue vient de faire. Une carte sur laquelle sont écrits les bons mots n’est pas une carte produite par accident. Comprise, sincère et correctement orientée, elle constitue le seul registre dont on ait besoin.
Quatre mots, répétés lors de l’adhān et au cœur de chaque prière, exigent exactement cela à chaque fois — non pas un son produit correctement, mais une catégorie vidée puis remplie à nouveau, délibérément, avec un seul nom à l’intérieur. La collection Adhkār de The Quran Gallery rassemble ce témoignage aux côtés des autres évocations quotidiennes, avec leurs sources, pour quiconque souhaite ralentir suffisamment longtemps pour les prononcer avec sincérité.
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