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Jahannam : ce que dit la Révélation et pourquoi elle le dit

Le Coran ne décrit pas Jahannam comme un simple spectacle : chaque scène de l'Enfer qu'il dépeint est accompagnée de la raison pour laquelle elle est présentée. Un regard clair sur ce que les textes disent réellement des proportions du feu, de sa nourriture et de ses deux fins très différentes, y compris là où les sources elles-mêmes divergent.

Lecture de 9 min4 sourcesThe Hereafter

Auteur:The Quran Gallery team

Demandez-vous quel est le but du Coran lorsqu’il décrit Jahannam, et la réponse facile sera : vous terrifier. Cette réponse n’est pas fausse, mais elle est incomplète, et ce qui y manque change la façon dont ces descriptions doivent être lues. Le Coran livre rarement une scène de l’Enfer pour la laisser isolée. Le plus souvent, il précise, dans le même souffle ou le suivant, la raison d’être de cette scène. Cet équilibre — une description liée à un objectif déclaré, plutôt qu’une description pour elle-même — fait partie intégrante du message, ce n’est pas un simple ornement, et il mérite d’être lu avec autant d’attention que l’imagerie elle-même.

Un avertissement au cœur d’une mise en garde

La sourate Maryam clôt une longue série de récits prophétiques par une instruction unique :

وَأَنذِرْهُمْ يَوْمَ ٱلْحَسْرَةِ إِذْ قُضِىَ ٱلْأَمْرُ وَهُمْ فِى غَفْلَةٍ وَهُمْ لَا يُؤْمِنُونَ

« Et avertis-les du Jour du Regret, quand tout sera accompli — alors qu’ils sont dans l’insouciance et qu’ils ne croient pas. »

— Sourate Maryam, 19:39

Al-Bukhārī a placé un récit spécifique juste en dessous de son commentaire sur ce verset, comme si le hadith était là pour expliquer très exactement l’objet de ce regret :

يُؤْتَى بِالْمَوْتِ كَهَيْئَةِ كَبْشٍ أَمْلَحَ، فَيُنَادِي مُنَادٍ: يَا أَهْلَ الْجَنَّةِ، فَيَشْرَئِبُّونَ وَيَنْظُرُونَ، فَيَقُولُ: هَلْ تَعْرِفُونَ هَذَا؟ فَيَقُولُونَ: نَعَمْ، هَذَا الْمَوْتُ. ثُمَّ يُنَادِي: يَا أَهْلَ النَّارِ، فَيَشْرَئِبُّونَ وَيَنْظُرُونَ، فَيَقُولُ: هَلْ تَعْرِفُونَ هَذَا؟ فَيَقُولُونَ: نَعَمْ، هَذَا الْمَوْتُ. فَيُذْبَحُ. ثُمَّ يَقُولُ: يَا أَهْلَ الْجَنَّةِ خُلُودٌ فَلَا مَوْتَ، وَيَا أَهْلَ النَّارِ خُلُودٌ فَلَا مَوْتَ

« La mort sera amenée sous l’apparence d’un bélier noir et blanc. Un héraut appellera : “Ô gens du Paradis !” Ils tendront le cou et regarderont. Il dira : “Reconnaissez-vous cela ?” Ils répondront : “Oui, c’est la mort.” Puis il appellera : “Ô gens du Feu !” Ils tendront le cou et regarderont. Il dira : “Reconnaissez-vous cela ?” Ils répondront : “Oui, c’est la mort.” Le bélier sera alors égorgé, et il dira : “Gens du Paradis, l’éternité — il n’y a plus de mort. Gens du Feu, l’éternité — il n’y a plus de mort.” »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 4730, page imprimée 6/93 de l’édition . Bukhārī rapporte que le narrateur, Abū Saʿīd al-Khudrī, a conclu le récit en récitant lui-même le verset 19:39 — sa propre interprétation du sens de cette scène.

Lisez ce positionnement simplement : les compilateurs de ces textes n’ont pas traité l’annonce de l’éternité comme l’événement principal. Ils l’ont traitée comme un commentaire sur l’insouciance — sur des personnes qui, alors que la question n’était pas encore tranchée, n’ont pas agi en conséquence. Le « Jour du Regret » n’est pas le regret face au feu lui-même. C’est le regret d’avoir été averti et de ne pas y avoir cru.

Une description mesurée, et non démesurée

La même rigueur transparaît dans la façon dont le feu du Coran est mesuré par rapport à celui que nous connaissons déjà :

نَارُكُمْ هَذِهِ الَّتِي يُوقِدُ ابْنُ آدَمَ جُزْءٌ مِنْ سَبْعِينَ جُزْءًا مِنْ حَرِّ جَهَنَّمَ. قَالُوا: وَاللَّهِ إِنْ كَانَتْ لَكَافِيَةً، يَا رَسُولَ اللَّهِ! قَالَ: فَإِنَّهَا فُضِّلَتْ عَلَيْهَا بِتِسْعَةٍ وَسِتِّينَ جُزْءًا، كُلُّهَا مِثْلُ حَرِّهَا

« Ce feu qui est le vôtre, que le fils d’Adam allume, représente une partie des soixante-dix parties de la chaleur de Jahannam. » Ils dirent : « Par Allah, celui-ci aurait amplement suffi, ô Messager d’Allah ! » Il répondit : « Il l’a surpassé de soixante-neuf autres parties, chacune d’elles étant semblable à sa chaleur. »

— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 2843, page imprimée 4/2184 de l’édition .

Remarquez ce que le hadith conserve et qu’une reformulation plus libre omettrait : la réaction même de l’auditoire, préservée au sein du récit. Une personne présente a déclaré, à voix haute, que la comparaison avait déjà atteint son but avant même que le chiffre ne soit donné. Et le chiffre lui-même est un ratio, pas un simple superlatif — notre feu en est la plus petite fraction, celui de l’Enfer est cette fraction multipliée soixante-dix fois. C’est une description conçue pour être comprise, et non pas seulement ressentie, ce qui est une chose étrange à dire à propos d’un feu, jusqu’à ce que l’on remarque à quel point l’ensemble de ces textes fonctionne de la même manière.

Sa texture, lue dans son ensemble

Lorsque le Coran se tourne vers la description physique, il a tendance à commencer par nommer l’objet de la dispute, et pas seulement ce qui est enduré :

۞ هَـٰذَانِ خَصْمَانِ ٱخْتَصَمُوا۟ فِى رَبِّهِمْ ۖ فَٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ قُطِّعَتْ لَهُمْ ثِيَابٌ مِّن نَّارٍ يُصَبُّ مِن فَوْقِ رُءُوسِهِمُ ٱلْحَمِيمُ يُصْهَرُ بِهِۦ مَا فِى بُطُونِهِمْ وَٱلْجُلُودُ وَلَهُم مَّقَـٰمِعُ مِنْ حَدِيدٍ كُلَّمَآ أَرَادُوٓا۟ أَن يَخْرُجُوا۟ مِنْهَا مِنْ غَمٍّ أُعِيدُوا۟ فِيهَا وَذُوقُوا۟ عَذَابَ ٱلْحَرِيقِ

« Voici deux adversaires qui se disputent au sujet de leur Seigneur. Quant à ceux qui ont mécru, des vêtements de feu leur seront taillés ; une eau bouillante sera versée sur leurs têtes, faisant fondre ce qui est dans leurs ventres ainsi que leurs peaux. Et il y aura pour eux des masses de fer. Chaque fois qu’ils tenteront, dans leur angoisse, d’en sortir, ils y seront repoussés : “Goûtez au châtiment de la fournaise !” »

— Sourate al-Ḥajj, 22:19–22

Rien ici n’est présenté comme un détail gratuit. Le feu répond à la dispute énoncée dès les premiers mots — une dispute au sujet de Dieu — et le quatrième verset ne décrit pas un tourment statique mais un cycle : le désir de fuir, et le retour forcé. Quelques sourates plus loin, en décrivant la même catégorie de personnes sous un autre nom, le Coran inverse la seule chose qu’un lecteur du désert désirerait le plus face à une chaleur accablante :

فِى سَمُومٍ وَحَمِيمٍ وَظِلٍّ مِّن يَحْمُومٍ لَّا بَارِدٍ وَلَا كَرِيمٍ

« [Ils seront] au milieu d’un souffle brûlant et d’une eau bouillante, et à l’ombre d’une fumée noire — ni fraîche, ni douce. »

— Sourate al-Wāqiʿah, 56:42–44

L’ombre, le seul soulagement que les premiers auditeurs de ces versets auraient cherché sans même y penser, est accordée puis immédiatement retirée. Il ne s’agit pas d’une surenchère d’adjectifs ; c’est une inversion spécifique et délibérée de la chose même que le public percevait déjà comme un réconfort.

Une nourriture cultivée dans un but précis

Le Coran est tout aussi direct pour nommer son propre objectif lorsqu’il aborde ce que mangeront les gens du Feu :

أَذَٰلِكَ خَيْرٌ نُّزُلًا أَمْ شَجَرَةُ ٱلزَّقُّومِ إِنَّا جَعَلْنَـٰهَا فِتْنَةً لِّلظَّـٰلِمِينَ إِنَّهَا شَجَرَةٌ تَخْرُجُ فِىٓ أَصْلِ ٱلْجَحِيمِ طَلْعُهَا كَأَنَّهُۥ رُءُوسُ ٱلشَّيَـٰطِينِ فَإِنَّهُمْ لَـَٔاكِلُونَ مِنْهَا فَمَالِـُٔونَ مِنْهَا ٱلْبُطُونَ

« Est-ce là un meilleur accueil, ou l’arbre de Zaqqūm ? Nous en avons fait une épreuve pour les injustes. C’est un arbre qui pousse au fond de la Fournaise ; ses fruits sont comme des têtes de diables. Ils en mangeront et s’en rempliront le ventre. »

— Sourate al-Ṣāffāt, 37:62–66

Le texte qualifie cet arbre de ﴿فِتْنَةً﴾ — une épreuve — dès son deuxième verset. On rapporte que les premiers auditeurs se moquaient de l’idée même que le feu puisse faire pousser de la nourriture ; le Coran répond à cette moquerie en décrivant l’arbre exactement dans les termes qui suscitaient le doute. Un autre récit traduit ensuite l’horreur en une unité de mesure que les vivants peuvent réellement ressentir :

لَوْ أَنَّ قَطْرَةً مِنَ الزَّقُّومِ قُطِرَتْ فِي دَارِ الدُّنْيَا لَأَفْسَدَتْ عَلَى أَهْلِ الدُّنْيَا مَعَايِشَهُمْ، فَكَيْفَ بِمَنْ يَكُونُ طَعَامَهُ؟

« Si une seule goutte de Zaqqūm tombait dans ce monde, elle ruinerait les moyens de subsistance des habitants de ce monde — qu’en sera-t-il alors de celui qui n’aura rien d’autre pour nourriture ? »

— Sunan al-Tirmidhī, hadith 2767, page imprimée 4/541 de l’édition . L’un des narrateurs de cette chaîne, Rishdīn ibn Saʿd, est connu pour avoir une mémoire défaillante ; les éditeurs de cette version qualifient néanmoins le récit de ṣaḥīḥ, en s’appuyant sur une voie de transmission corroborante passant par Ibn ʿAbbās et rapportée par Aḥmad, Ibn Mājah et al-Nasāʾī.

Le passage de l’arbre à la goutte procède de la même logique que le hadith des soixante-dix parties pour la chaleur : une abstraction qui ne peut être ressentie directement est convertie en une quantité qui le peut. Aucun de ces récits ne cherche à surpasser l’autre dans la description de l’horreur. Tous deux tentent de rendre accessible une échelle inatteignable, ce qui est une ambition bien étrange si le but n’était que de susciter l’effroi.

Ce que les sources ne vous permettent pas d’éluder

Toutes les questions soulevées par ces textes n’ont pas une réponse unique, et l’honnêteté exige de le dire. Le Coran lui-même trace une ligne entre deux issues pour les gens du Feu, et ne comble pas toutes les zones d’ombre quant à la façon dont cette ligne doit être lue :

فَأَمَّا ٱلَّذِينَ شَقُوا۟ فَفِى ٱلنَّارِ لَهُمْ فِيهَا زَفِيرٌ وَشَهِيقٌ خَـٰلِدِينَ فِيهَا مَا دَامَتِ ٱلسَّمَـٰوَٰتُ وَٱلْأَرْضُ إِلَّا مَا شَآءَ رَبُّكَ ۚ إِنَّ رَبَّكَ فَعَّالٌ لِّمَا يُرِيدُ

« Quant à ceux qui sont damnés, ils seront dans le Feu, où il y aura pour eux des soupirs et des gémissements, pour y demeurer tant que dureront les cieux et la terre — à moins que ton Seigneur n’en décide autrement. En vérité, ton Seigneur fait absolument ce qu’Il veut. »

— Sourate Hūd, 11:106–107

Cette clause d’exception — « à moins que ton Seigneur n’en décide autrement » — a été lue de différentes manières à travers la tradition exégétique depuis des siècles : comme s’adressant à un groupe particulier parmi les damnés, comme une déclaration générale de la puissance divine qui ne décrit pas nécessairement une libération future réelle, ou d’autres manières encore débattues parmi les mufassirūn. Le Coran ne tranche pas ce débat pour son lecteur ; il laisse l’exception telle quelle, sans glose, dans le verset lui-même. Ce que la littérature du hadith y ajoute n’est pas une résolution du débat, mais un cas unique et concret montrant que l’exception n’est pas purement rhétorique :

إِنِّي لَأَعْلَمُ آخِرَ أَهْلِ النَّارِ خُرُوجًا مِنْهَا، وَآخِرَ أَهْلِ الْجَنَّةِ دُخُولًا الْجَنَّةَ. رَجُلٌ يَخْرُجُ مِنَ النَّارِ حَبْوًا. فَيَقُولُ اللَّهُ لَهُ: اذْهَبْ فَادْخُلِ الْجَنَّةَ... فَإِنَّ لَكَ مِثْلَ الدُّنْيَا وَعَشَرَةَ أَمْثَالِهَا

« Je connais certainement le dernier des gens du Feu à en sortir, et le dernier des gens du Paradis à y entrer : un homme qui sortira du Feu en rampant. Allah lui dira : “Va, entre au Paradis” … “Tu auras l’équivalent de ce monde, et dix fois plus.” » Ibn Masʿūd, qui a rapporté cela, a dit avoir vu le Prophète, paix et bénédictions sur lui, rire de la réponse incrédule de l’homme jusqu’à ce que ses molaires soient visibles.

— Ṣaḥīḥ Muslim, hadith 186, page imprimée 1/173 de l’édition , tiré du chapitre intitulé « Le dernier des gens du Feu à en sortir ».

Ce hadith décrit une catégorie bien précise — un homme qui en sort en rampant — et non une règle générale pour tous ceux que le Feu retient, et la discussion classique à ce sujet prend soin de préciser qui est concerné : ceux qui meurent en affirmant l’unicité de Dieu mais en portant des péchés, et non ceux qui meurent en Le rejetant ouvertement. Les sources ne sont pas vagues sur cette distinction ; elles sont simplement moins exhaustives qu’un résumé ne le souhaiterait, et ce serait les dénaturer que de lisser l’exception pour en faire une promesse, ou de l’effacer pour la réduire à néant.

Le seul détail qui ne peut attendre

Mis côte à côte, ce que ces récits partagent n’est pas leur imagerie — celle-ci varie d’un feu mesuré en proportions à un arbre désigné comme une épreuve, jusqu’à un homme seul rampant vers une porte. Ce qu’ils partagent, c’est la temporalité. Chacun d’eux se situe avant que l’affaire ne soit tranchée : le bélier n’est égorgé qu’une seule fois, l’avertissement dans Maryam s’adresse à ceux qui sont encore insouciants, et même l’homme qui finit par quitter le Feu est décrit depuis l’intérieur d’une vie qui, au moment où ces mots sont lus, n’est pas encore terminée pour le lecteur non plus. C’est la seule chose qu’aucune description de Jahannam, aussi précisément mesurée soit-elle, ne peut fournir par elle-même. La révélation donne l’échelle et la raison dans la même phrase. Ce qu’elle ne peut pas faire, c’est se substituer au choix que cette raison avait pour but de changer.

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