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La sourate al-Taḥrīm corrige un foyer, puis établit la règle pour tous

La sourate al-Taḥrīm s'ouvre sur une affaire privée au sein même du foyer du Prophète et s'achève sur quatre femmes dont le mariage n'a en rien scellé le destin. Ce que disent réellement les versets, et les sources primaires derrière ce récit familial que la plupart des récits réduisent à une simple rumeur.

Auteur
L'équipe Quran Gallery
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 10 min

Al-Taḥrīm — « L’Interdiction » — tire son nom d’un seul mot de son premier verset, concernant une chose que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) s’était interdite alors qu’Allah ne l’avait jamais rendue illicite. Douze versets plus loin, la sourate passe de cette simple correction domestique à un commandement adressé à chaque croyant, à une définition de ce qu’exige le véritable repentir, et à quatre femmes — deux mariées à des prophètes et pourtant perdues, deux entourées par la tyrannie et néanmoins sauvées — présentées comme la preuve qu’un mariage ne détermine en rien la valeur d’une âme. L’incident familial à l’origine des premiers versets est plus souvent résumé à une rumeur qu’il n’est lu là où il est réellement consigné. Il est rapporté, dans son intégralité, dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī.

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلنَّبِىُّ لِمَ تُحَرِّمُ مَآ أَحَلَّ ٱللَّهُ لَكَ ۖ تَبْتَغِى مَرْضَاتَ أَزْوَٰجِكَ ۚ وَٱللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

Ô Prophète ! Pourquoi, en cherchant à plaire à tes épouses, t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite ? Et Allah est Pardonneur, Très Miséricordieux.

— Sourate al-Taḥrīm, 66:1

Une question adressée au Prophète lui-même ouvre la sourate, immédiatement suivie par le pardon plutôt que par le blâme — une association qui mérite d’être soulignée avant toute chose. Ce qui l’a exactement provoquée a survécu dans un récit complet, rapporté par ʿĀ’ishah elle-même, dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī :

ʿĀ’ishah a dit : Le Prophète avait l’habitude de rester un moment chez Zaynab bint Jaḥsh et d’y boire du miel. Ḥafṣah et moi avons donc convenu que la première d’entre nous à qui il rendrait visite lui dirait : « Je sens sur toi une odeur de maghāfīr — as-tu mangé du maghāfīr ? » [une gomme à l’odeur désagréable]. Il rendit visite à l’une de nous, et elle lui dit cela. Il répondit : « Non — j’ai plutôt bu du miel chez Zaynab bint Jaḥsh, et je ne le ferai plus jamais. » C’est alors que fut révélé : « Ô Prophète ! Pourquoi t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite » — et « Si vous vous repentez toutes deux à Allah » (66:4), s’adressant à ʿĀ’ishah et Ḥafṣah — et « Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses » (66:3), en référence à sa parole : « J’ai plutôt bu du miel. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 8/141 de l’édition , ḥadīth 6691, rapporté par ʿĀ’ishah elle-même

Il n’y a ici aucun scandale à dissimuler ni rumeur à atténuer — il s’agit d’un désaccord domestique au sujet d’une odeur, résolu par un serment du Prophète de ne jamais répéter une chose qui ne lui avait d’ailleurs jamais été interdite, et par l’intervention d’Allah Lui-même corrigeant le serment plutôt que le miel. Le verset qui suit décrit exactement ce qui s’est passé ensuite :

وَإِذْ أَسَرَّ ٱلنَّبِىُّ إِلَىٰ بَعْضِ أَزْوَٰجِهِۦ حَدِيثًا فَلَمَّا نَبَّأَتْ بِهِۦ وَأَظْهَرَهُ ٱللَّهُ عَلَيْهِ عَرَّفَ بَعْضَهُۥ وَأَعْرَضَ عَنۢ بَعْضٍ ۖ فَلَمَّا نَبَّأَهَا بِهِۦ قَالَتْ مَنْ أَنۢبَأَكَ هَـٰذَا ۖ قَالَ نَبَّأَنِىَ ٱلْعَلِيمُ ٱلْخَبِيرُ

Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses et qu’elle le divulgua, et qu’Allah l’en informa, il en fit connaître une partie et passa sur une autre. Puis, quand il l’en eut informée, elle dit : « Qui t’a appris cela ? » Il dit : « C’est l’Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m’en a informé. »

— Sourate al-Taḥrīm, 66:3

Le détail sur lequel il convient de s’arrêter est ce qu’il a fait de cette révélation complète une fois qu’il l’a obtenue : il a confronté la fuite, et il n’a pas utilisé comme une arme tout ce qu’il savait désormais. Une partie de ce qui avait été dit a été mentionnée ; une autre a simplement été ignorée. Une personne capable d’exiger des comptes complets a choisi de ne le faire que partiellement — ce qui est un acte bien différent de celui de ne pas connaître le reste, et bien plus difficile.

La sourate se poursuit en décrivant à quoi ressemblerait un remplacement, si l’on devait en arriver là — non pas comme une menace, mais comme une description qui mérite d’être lue comme une norme à part entière.

عَسَىٰ رَبُّهُۥٓ إِن طَلَّقَكُنَّ أَن يُبْدِلَهُۥٓ أَزْوَٰجًا خَيْرًا مِّنكُنَّ مُسْلِمَـٰتٍ مُّؤْمِنَـٰتٍ قَـٰنِتَـٰتٍ تَـٰٓئِبَـٰتٍ عَـٰبِدَٰتٍ سَـٰٓئِحَـٰتٍ ثَيِّبَـٰتٍ وَأَبْكَارًا

S’il vous répudie, il se peut que son Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous — soumises, croyantes, obéissantes, repentantes, dévouées à l’adoration, jeûneuses, ayant déjà été mariées ou vierges.

— Sourate al-Taḥrīm, 66:5

Sept qualités, et chacune d’entre elles décrit un état intérieur plutôt qu’extérieur — aucune mention de beauté, de richesse ou de lignage dans cette liste. Cette omission n’est pas fortuite ; elle s’aligne sur une parole du Prophète concernant les critères généraux de choix pour un mariage :

Abū Hurayrah rapporte que le Prophète a dit : « On épouse une femme pour quatre raisons : pour ses biens, pour sa lignée, pour sa beauté et pour sa religion — choisis donc celle qui a la religion, puissent tes mains se couvrir de poussière. » [Turibat yadāk est une ancienne expression arabe utilisée pour marquer l’insistance dans le langage courant, et non un souhait littéral de malheur — comparable à une expression comme « pour l’amour du ciel » qui subsiste dans une phrase sans plus avoir son sens littéral.]

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 7/7 de l’édition , ḥadīth 5090, rapporté par Abū Hurayrah

Lus ensemble, les deux textes soulignent la même idée sous des angles opposés : l’un énumère les trois critères selon lesquels la plupart des gens évaluent réellement un conjoint et place la religion au-dessus de tous, tandis que l’autre décrit à quoi ressemble le « meilleur » sans même mentionner les trois autres.

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ قُوٓا۟ أَنفُسَكُمْ وَأَهْلِيكُمْ نَارًا وَقُودُهَا ٱلنَّاسُ وَٱلْحِجَارَةُ عَلَيْهَا مَلَـٰٓئِكَةٌ غِلَاظٌ شِدَادٌ لَّا يَعْصُونَ ٱللَّهَ مَآ أَمَرَهُمْ وَيَفْعَلُونَ مَا يُؤْمَرُونَ

Ô vous qui croyez ! Préservez vos personnes et vos familles d’un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres, surveillé par des anges rudes et durs, qui ne désobéissent jamais à Allah en ce qu’Il leur commande, et qui font strictement ce qu’on leur ordonne.

— Sourate al-Taḥrīm, 66:6

Le commandement s’adresse à « vos personnes » avant de s’adresser à « vos familles » — l’ordre en arabe n’est pas accidentel, et il exclut toute interprétation où quelqu’un protégerait la pratique religieuse de son foyer tout en négligeant la sienne. La responsabilité de l’adoration et du comportement d’une famille est désignée ici comme un devoir dont le croyant doit répondre, et non comme un simple espoir formulé envers des personnes qui trouveront de toute façon leur propre voie.

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ تُوبُوٓا۟ إِلَى ٱللَّهِ تَوْبَةً نَّصُوحًا عَسَىٰ رَبُّكُمْ أَن يُكَفِّرَ عَنكُمْ سَيِّـَٔاتِكُمْ وَيُدْخِلَكُمْ جَنَّـٰتٍ تَجْرِى مِن تَحْتِهَا ٱلْأَنْهَـٰرُ يَوْمَ لَا يُخْزِى ٱللَّهُ ٱلنَّبِىَّ وَٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ مَعَهُۥ ۖ نُورُهُمْ يَسْعَىٰ بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَبِأَيْمَـٰنِهِمْ يَقُولُونَ رَبَّنَآ أَتْمِمْ لَنَا نُورَنَا وَٱغْفِرْ لَنَآ ۖ إِنَّكَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ

Ô vous qui croyez ! Repentez-vous à Allah d’un repentir sincère. Il se peut que votre Seigneur vous efface vos fautes et qu’Il vous fasse entrer dans des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, le jour où Allah épargnera l’ignominie au Prophète et à ceux qui ont cru avec lui. Leur lumière courra devant eux et à leur droite ; ils diront : « Seigneur, parfais-nous notre lumière et pardonne-nous. Car Tu es Omnipotent. »

— Sourate al-Taḥrīm, 66:8

« Sincère » (naṣūḥ) n’est pas un état d’âme que le verset laisse indéfini. Ibn Kathīr, en commentant ce verset, rapporte ce que les savants ont dit des exigences de ce mot :

Les savants ont dit : le repentir sincère consiste à abandonner le péché dans le présent, à éprouver des regrets pour ce qui s’est déjà passé, à prendre la ferme résolution de ne jamais y retourner à l’avenir, et — s’il implique un droit dû à une autre personne — à lui restituer ce droit par les moyens appropriés.

— Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 7/322 de l’édition

Quatre conditions, et la quatrième est celle qui transforme le repentir d’un sentiment privé en un acte public : un regret réglé entre une personne et Allah n’est pas la même transaction qu’une dette, un affront ou un droit volé qui pèse encore sur la personne à qui il a été retiré.

ضَرَبَ ٱللَّهُ مَثَلًا لِّلَّذِينَ كَفَرُوا۟ ٱمْرَأَتَ نُوحٍ وَٱمْرَأَتَ لُوطٍ ۖ كَانَتَا تَحْتَ عَبْدَيْنِ مِنْ عِبَادِنَا صَـٰلِحَيْنِ فَخَانَتَاهُمَا فَلَمْ يُغْنِيَا عَنْهُمَا مِنَ ٱللَّهِ شَيْـًٔا وَقِيلَ ٱدْخُلَا ٱلنَّارَ مَعَ ٱلدَّٰخِلِينَ

Allah a cité en parabole pour ceux qui ont mécru la femme de Nūḥ et la femme de Lūṭ. Elles étaient sous l’autorité de deux de Nos serviteurs vertueux, mais elles les ont trahis, et leurs maris ne leur ont été d’aucun secours face à Allah. Et il fut dit : « Entrez toutes deux au Feu avec ceux qui y entrent. »

— Sourate al-Taḥrīm, 66:10

Deux prophètes, et le rang d’aucun des deux auprès d’Allah ne s’est transféré à la femme qui partageait son foyer. Le terme « trahis » ici (khānatāhumā) décrit leur position face au message dont leurs maris étaient porteurs, et non une inconduite privée que le verset ne nomme pas et n’a pas besoin de nommer. L’idée que cet exemple met en évidence est à la fois précise et absolue : un conjoint vertueux n’est pas une couverture qui s’étendrait pour dissimuler la mécréance de l’autre.

وَضَرَبَ ٱللَّهُ مَثَلًا لِّلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱمْرَأَتَ فِرْعَوْنَ إِذْ قَالَتْ رَبِّ ٱبْنِ لِى عِندَكَ بَيْتًا فِى ٱلْجَنَّةِ وَنَجِّنِى مِن فِرْعَوْنَ وَعَمَلِهِۦ وَنَجِّنِى مِنَ ٱلْقَوْمِ ٱلظَّـٰلِمِينَ

Et Allah a cité en parabole pour ceux qui croient la femme de Firʿawn, quand elle dit : « Seigneur, construis-moi auprès de Toi une maison dans le Paradis, et sauve-moi de Firʿawn et de son œuvre, et sauve-moi du peuple injuste. »

— Sourate al-Taḥrīm, 66:11

Ibn Kathīr la nomme directement et souligne l’ordre des mots dans sa prière :

Cette femme est Āsiyah bint Muzāḥim, qu’Allah soit satisfait d’elle. Quant à sa parole : « Construis-moi auprès de Toi une maison dans le Paradis » — les savants ont dit : elle a choisi le voisin avant la maison.

— Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 7/326 de l’édition

Mariée à un homme qui prétendait être un dieu et vivant au milieu des richesses que cette prétention lui offrait, elle a d’abord demandé la proximité, et seulement ensuite une demeure — l’inverse de la façon dont la plupart des requêtes sont formulées, et c’est ce point précis que la phrase d’Ibn Kathīr met en évidence, plutôt que la propriété elle-même.

وَمَرْيَمَ ٱبْنَتَ عِمْرَٰنَ ٱلَّتِىٓ أَحْصَنَتْ فَرْجَهَا فَنَفَخْنَا فِيهِ مِن رُّوحِنَا وَصَدَّقَتْ بِكَلِمَـٰتِ رَبِّهَا وَكُتُبِهِۦ وَكَانَتْ مِنَ ٱلْقَـٰنِتِينَ

De même, Maryam, fille de ʿImrān, qui avait préservé sa chasteté ; Nous insufflâmes en elle de Notre Esprit. Elle avait cru aux paroles de son Seigneur, ainsi qu’à Ses Livres, et elle fut du nombre des personnes pieusement obéissantes.

— Sourate al-Taḥrīm, 66:12

La sourate s’achève sur une femme citée précisément pour la qualité que le début de la sourate cherchait à protéger — une chose préservée, révélée à personne, et pleinement connue d’Allah seul. Trois choses sont reconnues à Maryam en un seul verset : une chasteté préservée, une foi affirmée et une obéissance maintenue — et aucune de ces trois choses ne dépendait d’un mari, d’un foyer ou de la proximité d’un homme avec la prophétie, ce qui rejoint l’argument que la sourate développe depuis l’évocation de la femme de Nūḥ.

Lus du début à la fin, les douze versets d’al-Taḥrīm passent d’une correction spécifique au sein d’un foyer à une norme qui s’applique quel que soit le foyer concerné. Le propre serment du Prophète a été corrigé sans être exposé dans son intégralité. La description de ce à quoi ressemble le « meilleur » s’avère être une description du caractère, et non du statut. La préservation d’une famille contre le Feu est désignée comme un devoir, et non comme un simple espoir. Le repentir sincère se voit attribuer quatre conditions, et non un simple sentiment. Et quatre femmes — deux qui avaient tous les avantages du mariage et ont tout perdu, deux qui avaient tous les désavantages des circonstances et n’ont rien perdu — clôturent la sourate sur la même affirmation formulée de quatre manières différentes : ce qui est porté au crédit d’une âme, c’est ce que cette âme a réellement accompli.

Vous pouvez lire la sourate entière, en arabe et en traduction, dans notre lecteur du Coran.

Si quoi que ce soit ci-dessus exagère ce qu’une source dit réellement — une traduction qui s’éloigne de l’arabe, une citation qui ne tient pas la route — dites-le-nous, et nous le corrigerons publiquement.

Puisse Allah ﷻ faire de nos foyers un moyen de nous rapprocher de Lui, et nous accorder un repentir suffisamment sincère pour être appelé par son nom.