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Le caractère que le Coran a choisi de défendre en premier
La sourate al-Qalam répond à une accusation de folie par une simple description de caractère, puis consacre le reste de ses versets à distinguer la constance de la compromission, et l'issue favorable de l'avertissement déguisé. Une phrase sur ce caractère, partagée partout, s'avère être un témoignage plutôt qu'une parole prophétique — et il est essentiel de bien saisir cette nuance.
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- The Quran Gallery team
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Cherchez « son caractère était le Coran » et ces mêmes mots réapparaissent sous des dizaines de formes : en lettres d’or sur un carreau noir, sur une diapositive du « hadith du jour », ou en légende sous une calligraphie du nom du Prophète (paix et bénédictions sur lui). Presque aucune de ces occurrences ne nomme celui qui parle. Lue comme une simple légende, on dirait une phrase qu’il a prononcée sur lui-même. Mais lue dans le recueil qui la rapporte réellement, c’est la réponse d’une autre personne à une question directe, donnée à plusieurs reprises, à plus d’un interlocuteur.
Cette phrase tire son origine de la sourate al-Qalam, et il est d’autant plus important d’en identifier correctement la source ici, car la sourate dont elle est issue constitue en elle-même un argument sur le témoignage — sur qui a l’autorité de décrire le caractère d’une personne, et sur le type de preuves que cette description doit avancer pour perdurer.
Trois chaînes de transmission distinctes dans le Musnad de l’Imām Aḥmad rapportent le même échange. Un homme vient trouver ʿĀ’ishah (que Dieu l’agrée) et lui demande de décrire le caractère du Prophète. Dans la version la plus complète, Saʿd ibn Hishām lui demande directement : « Mère des croyants, parle-moi du caractère du Messager d’Allah. » Sa réponse est consignée à l’identique dans les trois narrations :
وَإِنَّكَ لَعَلَىٰ خُلُقٍ عَظِيمٍ Et tu es certes, d’une moralité éminente.
Il ne s’agit pas d’une paraphrase de ses propos. C’est le verset lui-même — elle a répondu à sa question en lui citant le Coran. Les éditeurs de cette édition du Musnad qualifient de ṣaḥīḥ la chaîne de transmission rapportant ses paroles à chacun des trois endroits où elle apparaît — dans cette narration, de Saʿd ibn Hishām via Qatādah, la note indique « sa chaîne est ṣaḥīḥ, répondant aux critères des deux Ṣaḥīḥs ». Ce qu’aucun de ces trois isnads ne rapporte, c’est le Prophète disant cela de lui-même. Chaque version met en scène ʿĀ’ishah s’exprimant avec ses propres mots en réponse à une question — en termes de science du hadith, cela en fait un propos mawqūf (la déclaration d’un compagnon), et non marfūʿ (une parole attribuée au Prophète). Ce qui est jugé fiable, c’est la chaîne portant son témoignage, et non l’affirmation qu’il l’aurait dit lui-même. Lue ainsi, la narration ne perd pas de son utilité — elle gagne en précision. La personne qui a été la plus proche de lui pendant la plus longue période de sa vie a été invitée à le décrire sous un regard critique, à plusieurs reprises, par plusieurs interlocuteurs, à travers plusieurs voies remontant jusqu’à elle — et à chaque fois, elle a eu recours à ce même verset comme seule réponse adéquate — , page imprimée 42/183 du Musnad. Trois chaînes indépendantes convergeant vers un seul échange, c’est exactement le genre de schéma que les spécialistes du hadith considèrent comme renforçant un récit ; une erreur de mémorisation d’un narrateur unique ne se reproduit généralement pas trois fois par trois voies différentes.
Le premier verset de la sourate est lui-même un serment prêté sur l’écriture :
نٓ ۚ وَٱلْقَلَمِ وَمَا يَسْطُرُونَ Nūn. Par la plume et ce qu’ils écrivent —
Une sourate qui s’attache ensuite à défendre le caractère d’une personne en s’appuyant sur le registre de sa conduite s’ouvre en jurant sur l’instrument même qui tient ces registres. Quoi que la plume représente d’autre ici, elle n’est pas là pour faire joli : la méthode propre à la sourate — une description vérifiable plutôt qu’une affirmation à croire sur parole — est présente dès sa toute première ligne.
Les opposants mecquois avaient traité le Prophète de possédé — majnūn, quelqu’un dont le discours pouvait être rejeté comme le fruit de la folie plutôt que de la révélation. Ce qui suit le serment répond à cette accusation avant même de la réfuter :
مَآ أَنتَ بِنِعْمَةِ رَبِّكَ بِمَجْنُونٍ Tu n’es pas, par la grâce de ton Seigneur, un fou.
وَإِنَّ لَكَ لَأَجْرًا غَيْرَ مَمْنُونٍ Et il y a pour toi, certes, une récompense ininterrompue.
Aucun contre-argument ne suit. Ce qui suit est une description de conduite — une récompense ininterrompue, puis le verset sur le caractère déjà cité plus haut. La méthode employée ici par la sourate mérite qu’on s’y attarde : une accusation portant sur la santé mentale de quelqu’un trouve sa réponse en pointant du doigt sa façon d’agir, sur des années, devant des gens qui avaient toutes les raisons de chercher la moindre faille. C’est d’ailleurs exactement ce qu’a fait ʿĀ’ishah lorsqu’on lui a posé la même question des décennies plus tard.
La sourate passe ensuite de la défense à l’instruction, et la première directive porte sur la limite à ne pas franchir :
فَلَا تُطِعِ ٱلْمُكَذِّبِينَ N’obéis donc pas à ceux qui crient au mensonge.
وَدُّوا۟ لَوْ تُدْهِنُ فَيُدْهِنُونَ Ils aimeraient bien que tu transiges, afin qu’ils transigent à leur tour.
Le mot traduit par « transiger » est mudāhanah (مداهنة) — un accommodement de façade qui sacrifie le fond pour préserver la paix, bien distinct de la douceur ordinaire que l’islam exige dans les manières et les paroles, qui change de ton sans changer de position. L’offre décrite ici n’est pas une hostilité ouverte ; c’est un marché. Lâche du lest sur un point, et on te facilitera les choses en retour. Le verset présente cet échange comme une transaction unique sans demi-mesure : céder un peu, c’est déjà avoir perdu quelque chose, car la conviction ne connaît pas de tarif dégressif. Ce n’est pas un hasard si ces deux versets se trouvent juste après celui sur le caractère — un caractère digne d’être défendu au verset 4 est précisément ce que ce marché demande d’abandonner au verset 9.
L’instruction suivante désigne un type de personne à tenir à distance, et elle les nomme par ce qu’elles font de manière répétée plutôt que par ce qu’elles prétendent croire :
وَلَا تُطِعْ كُلَّ حَلَّافٍ مَّهِينٍ Et n’obéis à aucun grand jureur, méprisable,
هَمَّازٍ مَّشَّآءٍۭ بِنَمِيمٍ grand diffamateur, grand colporteur de médisance.
Le recours excessif aux serments, le hammāz (celui qui trouve constamment à redire) et la namīmah (نميمة — le fait de rapporter des propos entre les gens dans le but précis de semer la discorde, ce qui est différent de parler de quelqu’un dans son dos) sont cités ensemble comme un seul et même schéma de comportement. Aucun de ces trois traits n’est une croyance. Tous trois sont des habitudes, répétées assez souvent pour devenir la marque de fabrique d’une personne. L’instruction de la sourate n’est pas d’enquêter sur ce qu’une telle personne cache dans son cœur — c’est de remarquer ce schéma et de refuser de s’y laisser entraîner. Une personne qui jure souvent pour être crue, qui ne peut mentionner quelqu’un sans lui trouver des défauts, et qui colporte des histoires entre les gens au lieu de les laisser s’apaiser, vous a déjà dit à quoi vous attendre de sa part ; le verset demande que cela soit pris comme une information plutôt que d’être ignoré comme un simple trait de personnalité.
Plus loin dans la sourate, la même hostilité qui l’a ouverte fait son retour, décrite de l’intérieur :
وَإِن يَكَادُ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ لَيُزْلِقُونَكَ بِأَبْصَـٰرِهِمْ لَمَّا سَمِعُوا۟ ٱلذِّكْرَ وَيَقُولُونَ إِنَّهُۥ لَمَجْنُونٌ Peu s’en faut que ceux qui mécroient ne te foudroient du regard quand ils entendent le Rappel, et ils disent : « Il est certes fou ! »
L’accusation des premiers versets n’a pas disparu — elle s’est durcie pour devenir quelque chose de plus proche de l’hostilité physique, un regard si intense que le verset le décrit comme étant presque capable de le faire trébucher. Les exégètes ont longtemps lu ce verset comme la reconnaissance qu’un regard motivé par l’envie peut causer du tort, par la permission d’Allah — la réalité derrière ce qu’on appelle communément le mauvais œil. Quel qu’en soit le mécanisme précis, le propos du verset n’en dépend pas : la force du ressentiment de quelqu’un n’est pas une mesure de votre degré d’erreur. L’homme qui est regardé de cette façon est le même homme que la sourate a commencé par décrire comme étant d’une moralité éminente. Les deux choses sont vraies à son sujet en même temps, et la sourate ne traite jamais la première comme une preuve contre la seconde.
La sourate se tourne ensuite vers quelque chose de plus facile à mal interpréter que l’hostilité ouverte : le succès apparent.
فَذَرْنِى وَمَن يُكَذِّبُ بِهَـٰذَا ٱلْحَدِيثِ ۖ سَنَسْتَدْرِجُهُم مِّنْ حَيْثُ لَا يَعْلَمُونَ Laisse-Moi donc avec quiconque traite ce discours de mensonge. Nous allons les mener pas à pas, par où ils ne savent pas.
وَأُمْلِى لَهُمْ ۚ إِنَّ كَيْدِى مَتِينٌ Et Je leur accorde un délai — Mon stratagème est infaillible.
Le mot pour cela — istidrāj (استدراج) — décrit un entraînement graduel, et non un sursis. Le confort, le statut et le délai ne sont pas refusés à celui qui commet le mal ici ; ils lui sont accordés, et c’est cette prolongation qui constitue le danger, car rien dans le fait de se voir accorder plus de temps ne s’annonce comme un avertissement. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a exprimé la même idée en des termes plus précis :
إِنَّ اللهَ لَيُمْلِي لِلظَّالِمِ، حَتَّى إِذَا أَخَذَهُ لَمْ يُفْلِتْهُ Certes, Allah accorde un délai à l’injuste, jusqu’à ce que, lorsqu’Il le saisit, Il ne le lâche plus.
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 6/74 de , rapporté d’après Abū Mūsā al-Ashʿarī et consigné dans le chapitre sur le verset de la sourate Hūd traitant de cette même saisie.
Lu à la lumière de ce hadith, l’avertissement de la sourate cesse d’être abstrait. La longueur de la corde et l’étendue du respect accordé par Allah ne se mesurent pas de la même manière, et confondre l’un avec l’autre est exactement l’erreur contre laquelle on nous met en garde ici.
La description que fait la sourate du Jour du Jugement souligne la même idée de timing dans un registre différent — à travers le corps plutôt qu’à travers le confort :
يَوْمَ يُكْشَفُ عَن سَاقٍ وَيُدْعَوْنَ إِلَى ٱلسُّجُودِ فَلَا يَسْتَطِيعُونَ Le jour où la Jambe sera découverte et où ils seront appelés à se prosterner, mais ils ne le pourront pas —
خَـٰشِعَةً أَبْصَـٰرُهُمْ تَرْهَقُهُمْ ذِلَّةٌ ۖ وَقَدْ كَانُوا۟ يُدْعَوْنَ إِلَى ٱلسُّجُودِ وَهُمْ سَـٰلِمُونَ leurs regards seront baissés, l’avilissement les couvrira, car ils avaient été appelés à se prosterner alors qu’ils étaient sains et saufs, et ne l’ont pas fait.
Il est rapporté que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a décrit cette scène directement, dans le chapitre même du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī consacré à ces versets :
يَكْشِفُ رَبُّنَا عَنْ سَاقِهِ، فَيَسْجُدُ لَهُ كُلُّ مُؤْمِنٍ وَمُؤْمِنَةٍ، وَيَبْقَى مَنْ كَانَ يَسْجُدُ فِي الدُّنْيَا رِئَاءً وَسُمْعَةً، فَيَذْهَبُ لِيَسْجُدَ، فَيَعُودُ ظَهْرُهُ طَبَقًا وَاحِدًا Notre Seigneur découvrira Sa Jambe, et chaque croyant et croyante se prosternera devant Lui. Quiconque se prosternait dans ce monde uniquement pour être vu et loué restera — il voudra se prosterner, mais son dos redeviendra une seule plaque rigide.
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 6/159 de , d’après Abū Saʿīd al-Khudrī, dans le chapitre du livre du Tafsīr portant le nom de ce verset.
Deux échecs différents produisent la même paralysie : refuser de se prosterner du tout, et se prosterner uniquement pour être vu en train de le faire. Aucun des deux corps n’apprend le mouvement à temps pour le jour où il est réellement demandé. Ce qui est disponible maintenant, alors qu’on en est encore capable, est exactement ce que ce jour-là retire.
La sourate ne laisse pas ce constat pencher uniquement vers la perte. Plus tôt, elle nomme à quoi ressemble l’alternative :
إِنَّ لِلْمُتَّقِينَ عِندَ رَبِّهِمْ جَنَّـٰتِ ٱلنَّعِيمِ Certes, les pieux auront auprès de leur Seigneur les Jardins des délices.
La sourate al-Qalam compte 52 versets ; ceci n’en couvre qu’une fraction, et le même fil conducteur traverse les parties laissées de côté — un serment prêté sur l’écriture, un caractère présenté comme preuve, une mise en garde contre le fait de confondre confort et approbation, et un jour où le corps se souvient comment se prosterner ou ne s’en souvient pas. Lisez le reste, en arabe et en traduction, sur qurangallery.com/quran.
Si quoi que ce soit ci-dessus est erroné — une traduction qui manque le sens de l’arabe, une citation qui ne tient pas la route, une affirmation sur l’authenticité d’un hadith que nous avons formulée avec plus de certitude que la source ne le permet — dites-le-nous. Cette correction a plus de valeur à nos yeux que de voir l’article rester incontesté. Ce serait aussi, à sa modeste façon, appliquer la méthode même de la sourate à notre égard : une affirmation vérifiée à l’aune d’un registre, plutôt qu’acceptée sur parole.
Puisse Allah ﷻ faire de notre caractère, dans la mesure où nous pouvons le porter, un reflet de ce qu’Il a déjà décrit.