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Quatre phrases, un poids incommensurable : pourquoi privilégier les adhkars prophétiques
Un seul hadith rapporte que quatre phrases pèsent plus lourd que toute une matinée de rappel libre. Un second montre que la Sunna trace elle-même une ligne délibérée entre les formules qui nous sont enseignées et celles que nous sommes libres de choisir. C'est cette ligne qui justifie de privilégier les propres mots du Prophète.
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- L'équipe Quran Gallery
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Le dhikr n’a pas de forme figée. On peut louer Allah, Lui demander ce dont on a besoin, ou simplement s’asseoir et L’évoquer avec les mots qui nous viennent naturellement, et tout cela est valable. Il est donc légitime de se demander pourquoi des livres entiers s’attachent à préserver la formulation exacte employée par le Prophète (paix et salut sur lui) — pourquoi une phrase transmise de sa part a plus de poids que le même sentiment exprimé avec nos propres mots. Un hadith répond à cette question en y associant une mesure précise, et il mérite d’être lu attentivement.
Juwayriyah bint al-Ḥārith (qu’Allah l’agrée), l’une des épouses du Prophète, était assise à sa place de prière tôt un matin lorsqu’il partit pour la prière de l’aube. À son retour, alors que la matinée était déjà bien avancée, elle s’y trouvait encore. Il lui demanda si elle était restée dans la même position tout ce temps à évoquer Allah. Lorsqu’elle répondit par l’affirmative, il lui dit une chose bien précise :
لَقَدْ قُلْتُ بَعْدَكِ أَرْبَعَ كَلِمَاتٍ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ، لَوْ وُزِنَتْ بِمَا قُلْتِ مُنْذُ الْيَوْمِ لَوَزَنَتْهُنَّ: سُبْحَانَ اللهِ وَبِحَمْدِهِ، عَدَدَ خَلْقِهِ، وَرِضَا نَفْسِهِ، وَزِنَةَ عَرْشِهِ، وَمِدَادَ كَلِمَاتِهِ Depuis que je t’ai quittée, j’ai prononcé quatre phrases à trois reprises. Si on les pesait avec tout ce que tu as dit depuis ce matin, elles pèseraient plus lourd : gloire et louange à Allah, autant de fois qu’il y a de créatures, selon Son agrément, selon le poids de Son Trône et selon l’encre de Ses paroles.
— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 8/83 de , hadith 2726, rapporté par Juwayriyah.
Lisons cette comparaison simplement. Juwayriyah avait passé des heures à faire du dhikr, sincèrement et sans interruption — rien dans le hadith ne laisse penser le contraire. Pourtant, le Prophète ne lui a pas dit d’en dire davantage, de rester assise plus longtemps, ou de chercher de meilleurs mots par elle-même. Il lui a enseigné quatre phrases précises, à répéter trois fois, en affirmant que cela seul — quelques secondes de parole — pèserait plus lourd que tout ce qu’elle avait dit de la matinée. Ce qui donne à ces quatre phrases plus de poids qu’à toute une matinée d’efforts, ce n’est ni la quantité de travail, ni la sincérité, puisque la sienne n’a jamais été remise en cause. C’est la formulation elle-même.
Cela soulève une objection évidente : si les propres mots du Prophète sont récompensés de manière disproportionnée, cela signifie-t-il que les invocations personnelles et spontanées ont moins de valeur ? Un second hadith, dans un contexte totalement différent, répond à cette question en montrant où la Sunna trace sa propre limite.
ʿAbdullāh ibn Masʿūd (qu’Allah l’agrée) rapporte que les Compagnons avaient l’habitude de dire, alors qu’ils priaient encore derrière le Prophète : « Que la paix soit sur Allah, que la paix soit sur un tel » — saluant Allah de la même manière que les gens se saluaient entre eux. Le Prophète corrigea directement cette formulation, puis leur enseigna ce qu’il fallait dire à la place :
إِنَّ اللهَ هُوَ السَّلَامُ، فَإِذَا قَعَدَ أَحَدُكُمْ فِي الصَّلَاةِ فَلْيَقُلِ: التَّحِيَّاتُ لِلهِ وَالصَّلَوَاتُ وَالطَّيِّبَاتُ. السَّلَامُ عَلَيْكَ أَيُّهَا النَّبِيُّ وَرَحْمَةُ اللهِ وَبَرَكَاتُهُ. السَّلَامُ عَلَيْنَا وَعَلَى عِبَادِ اللهِ الصَّالِحِينَ، فَإِذَا قَالَهَا أَصَابَتْ كُلَّ عَبْدٍ لِلهِ صَالِحٍ فِي السَّمَاءِ وَالْأَرْضِ. أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللهُ وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ. ثُمَّ يَتَخَيَّرُ مِنَ الْمَسْأَلَةِ مَا شَاءَ Allah est la Paix. Ainsi, lorsque l’un de vous s’assoit pendant la prière, qu’il dise : les salutations, les prières et les bonnes paroles sont à Allah. Que la paix soit sur toi, ô Prophète, ainsi que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions. Que la paix soit sur nous et sur les serviteurs vertueux d’Allah. Lorsqu’il prononce cela, cela atteint tout serviteur vertueux d’Allah dans les cieux et sur la terre. J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah, et j’atteste que Muḥammad est Son serviteur et Son messager. Ensuite, qu’il choisisse la demande qu’il souhaite.
— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 2/13 de , hadith 402, rapporté par Ibn Masʿūd.
Remarquez la forme de cette instruction. La salutation elle-même — le taḥiyyāt — est donnée mot pour mot, et c’est cette même formulation qui est répétée dans chaque prière, par chaque personne, dans chaque langue de transmission, sans aucune modification. Mais la toute dernière proposition tend la plume au fidèle : ensuite, qu’il choisisse la demande qu’il souhaite. Le Prophète n’a pas rempli ce dernier espace vide pour nous. Il l’a laissé ouvert à dessein, dans le même souffle où il a fixé tout ce qui précédait.
C’est le modèle que suivent les autres adhkars de la Sunna. Les moments, les lieux et les actes qui se répètent pour tout le monde — se réveiller, s’endormir, entrer et sortir d’une pièce, terminer une prière — ont reçu une formulation fixe, car la connaissance qu’avait le Prophète de ce que ces instants exigeaient était bien plus complète que tout ce qu’un fidèle pourrait improviser. Les moments qui sont véritablement personnels — un besoin intime, une inquiétude spécifique, une requête qui ne correspond qu’à une seule vie — nous ont été laissés, à dessein, par le même enseignant qui a fixé tout le reste. Il n’y a aucune contradiction entre les deux. Un seul hadith fige le taḥiyyāt et libère la demande qui le suit, en une seule phrase.
Reste la question la plus difficile : pourquoi la formulation spécifique d’un être humain — fût-il le Prophète — devrait-elle peser plus lourd qu’une prière sincère dite avec ses propres mots ? Le Coran y répond en décrivant, avant tout, la nature même de sa parole :
وَمَا يَنطِقُ عَنِ ٱلْهَوَىٰٓ Et il ne prononce rien sous l’effet de la passion.
إِنْ هُوَ إِلَّا وَحْىٌ يُوحَىٰ Ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée.
Ces deux versets se lisent ensemble comme une seule et même affirmation : ce qu’il disait n’était pas composé de la même manière que nos propres mots, dictés par l’habitude, l’humeur ou une compréhension limitée. Une phrase transmise de sa part n’est pas simplement un très bon choix de mots, comme pourrait l’être la prière d’une personne éloquente. Elle est décrite comme puisant à une source totalement extérieure à sa propre inclination. Il s’agit là d’une catégorie d’autorité bien différente de toute formulation que nous pourrions composer nous-mêmes, aussi sincères soyons-nous. C’est l’explication la plus directe que donnent les sources pour comprendre pourquoi le poids mentionné dans le hadith de Juwayriyah n’est pas une exagération.
Le Coran lie ces deux éléments — suivre l’exemple du Prophète et évoquer Allah — dans un seul et même verset, et ce lien n’est pas fortuit :
لَّقَدْ كَانَ لَكُمْ فِى رَسُولِ ٱللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ لِّمَن كَانَ يَرْجُوا۟ ٱللَّهَ وَٱلْيَوْمَ ٱلْـَٔاخِرَ وَذَكَرَ ٱللَّهَ كَثِيرًا En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment.
La description de celui qui prend le Prophète pour modèle ne s’arrête pas à la croyance et à l’espérance — elle inclut l’invocation fréquente d’Allah dans ce même portrait, au sein du même verset. Prendre son exemple au sérieux ne se limite pas au comportement et au caractère ; selon les termes mêmes de ce verset, cela s’étend à la manière dont une personne évoque Allah. Privilégier ses mots avant les nôtres n’est pas une couche supplémentaire de précaution ajoutée au dhikr. C’est ce que le verset décrit comme étant déjà inhérent au fait de le suivre.
Rien de tout cela ne constitue un argument contre les invocations personnelles — la Sunna elle-même, dans le hadith qui fige le taḥiyyāt, confie au fidèle sa propre requête dans la même phrase. Le propos est plus ciblé et, selon nous, plus utile : pour les adhkars liés à un moment, un lieu ou un acte précis — le réveil, le sommeil, l’entrée aux toilettes, les invocations du matin et du soir —, privilégiez la formulation que le Prophète a réellement employée avant de recourir à la vôtre. Ce n’est pas une prière plus longue. Ce n’est pas non plus une prière plus éloquente. Toute la matinée de rappel sincère de Juwayriyah le démontre à elle seule. C’est simplement la formulation que quelqu’un d’autre a eu les moyens de formuler parfaitement, en notre nom, pour que nous n’ayons pas à deviner.
La bibliothèque d’adhkars de Quran Gallery rassemble ces rappels transmis par moment et par occasion, avec leurs sources, afin que recourir aux propres mots du Prophète ne demande jamais plus d’efforts que de chercher les nôtres.
Si quoi que ce soit ci-dessus est erroné — une traduction qui s’éloigne de l’arabe, une citation qui ne tient pas la route, une affirmation énoncée avec plus d’assurance que la source ne le permet —, dites-le-nous. Cette correction a plus de valeur à nos yeux que de laisser cet article sans remise en question.
Qu’Allah ﷻ fasse de nous ceux qui L’évoquent fréquemment, avec les mots qu’Il a enseignés à Son Messager pour qu’il nous les transmette.