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Pourquoi Allah permet-il cela : ce que le Coran enseigne sur l'épreuve et l'injustice

Lorsque la souffrance semble rester sans réponse, il est légitime de se demander pourquoi Allah la permet. Le Coran n'élude pas cette question : il y répond par l'histoire de ceux qui ont été éprouvés, par la distinction entre ce qu'Allah décrète et ce qu'Il agrée, et par la promesse qu'aucune injustice n'est jamais oubliée.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 9 min

Face à la souffrance d’innocents, un croyant finit inévitablement par se poser la question en toute honnêteté : si Allah est Tout-Puissant et Tout-Miséricordieux, pourquoi permet-Il que cela se produise ? Pourquoi n’y met-Il pas simplement fin ?

Cette question n’est ni nouvelle, ni interdite. On en retrouve des échos tout au long du Coran lui-même, formulés par des prophètes et par les tout premiers croyants. Loin d’affaiblir leur foi, cette interrogation l’a au contraire approfondie grâce à la réponse qui leur fut apportée. Cette réponse ne tient pas en un seul verset ; c’est une véritable vision du monde que le Coran construit à travers plusieurs passages, en commençant par corriger les présupposés mêmes de la question.

La question « pourquoi Allah permet-Il la souffrance ? » repose souvent sur un postulat tacite : l’idée que cette vie devrait en être exempte, et que toute épreuve serait une anomalie. Le Coran corrige directement cette idée reçue, en s’adressant aux croyants qui pourraient penser que la foi seule devrait les prémunir contre l’adversité :

أَمْ حَسِبْتُمْ أَن تَدْخُلُوا۟ ٱلْجَنَّةَ وَلَمَّا يَأْتِكُم مَّثَلُ ٱلَّذِينَ خَلَوْا۟ مِن قَبْلِكُم ۖ مَّسَّتْهُمُ ٱلْبَأْسَآءُ وَٱلضَّرَّآءُ وَزُلْزِلُوا۟ حَتَّىٰ يَقُولَ ٱلرَّسُولُ وَٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ مَعَهُۥ مَتَىٰ نَصْرُ ٱللَّهِ ۗ أَلَآ إِنَّ نَصْرَ ٱللَّهِ قَرِيبٌ

« Pensez-vous entrer au Paradis alors que vous n’avez pas encore subi des épreuves semblables à celles que subirent ceux qui vécurent avant vous ? Misère et maladie les avaient touchés ; et ils furent secoués jusqu’à ce que le Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, se récriassent : “À quand le secours d’Allah ?” - Certes, le secours d’Allah est proche. »

Sūrat al-Baqarah, 2:214

Lisez ceci attentivement : même les Messagers, ainsi que les croyants à leurs côtés, ont été ébranlés au point d’implorer le secours divin. Il ne s’agit pas là de la description d’une foi chancelante, mais bien du récit coranique de ce à quoi ressemble une véritable épreuve lorsqu’elle frappe les êtres les plus proches d’Allah. Cette vie est dār al-balāʾ, la demeure de l’épreuve, et non dār al-jazāʾ, la demeure de la rétribution. Le Paradis n’est pas l’aboutissement par défaut de notre existence ; il se mérite, et son prix n’a jamais été le confort.

Cette vérité s’inscrit dans le vécu d’un compagnon en particulier. Khabbāb ibn al-Aratt (qu’Allah l’agrée) raconte que lui et d’autres se sont plaints au Prophète (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) des persécutions qu’ils subissaient, lui demandant d’invoquer Allah pour les soulager. Sa réponse n’a pas minimisé leur douleur, elle a élargi leur perspective :

« Parmi ceux qui vous ont précédés, on prenait un homme, on lui creusait une fosse dans la terre et on l’y plaçait. Puis on apportait une scie que l’on posait sur sa tête pour le fendre en deux, et rien de tout cela ne le détournait de sa religion. On peignait sa chair avec des peignes de fer jusqu’à mettre à nu ses os et ses nerfs, et cela ne le détournait pas de sa religion. Par Allah, cette religion s’accomplira, au point qu’un cavalier voyagera de Ṣanʿāʾ à Ḥaḍramawt sans rien craindre d’autre qu’Allah, et le loup pour ses moutons. Mais vous êtes trop pressés. »

Ceci est rapporté à la page imprimée 6/2546 de . Le Prophète n’a pas dit à Khabbāb que ce qu’il vivait était une erreur, ni qu’Allah avait perdu le contrôle des événements. Il lui a expliqué qu’il s’agissait d’une constante, une règle qui avait éprouvé chaque génération de croyants avant eux, et que les premiers musulmans ont dû traverser pleinement avant de voir enfin se concrétiser l’issue qu’ils étaient si pressés de connaître.

Si la souffrance était synonyme d’abandon, les personnes les plus proches d’Allah auraient dû souffrir le moins. Le Coran et les enseignements du Prophète affirment tout le contraire. Lorsqu’un compagnon a demandé quels étaient les hommes les plus durement éprouvés, le Prophète (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) a répondu :

« J’ai dit : “Ô Messager d’Allah, quels sont les hommes les plus durement éprouvés ?” Il a répondu : “Les Prophètes, puis ceux qui leur ressemblent le plus, puis ceux qui leur ressemblent le plus. L’homme est éprouvé en fonction de son engagement religieux : si sa foi est ferme, son épreuve est plus rude, et si sa foi est fragile, il est éprouvé à la mesure de celle-ci. L’épreuve ne cesse de s’abattre sur le serviteur jusqu’à ce qu’elle le laisse marcher sur terre lavé de tout péché.” »

Ceci est rapporté à la page imprimée 4/203 de , qualifié de ḥasan ṣaḥīḥ. Plus tôt dans ce même chapitre, il est rapporté que le Prophète a dit, dans une narration distincte transmise par la même chaîne :

« La grandeur de la récompense est proportionnelle à la grandeur de l’épreuve. Lorsqu’Allah aime un peuple, Il l’éprouve : celui qui l’accepte avec satisfaction obtient l’agrément [d’Allah], et celui qui s’en indigne s’attire Son courroux. »

Ceci est rapporté à la page imprimée 4/202 de , qualifié de ḥasan gharīb. Ensemble, ces deux récits déconstruisent l’idée selon laquelle la douleur serait la preuve d’une négligence divine. Les épreuves les plus lourdes de l’histoire humaine se sont abattues sur les Prophètes, non pas parce qu’Allah S’était détourné d’eux, mais parce que leur proximité avec Lui justifiait précisément l’ampleur de l’épreuve. Un peuple qui observe sa propre souffrance et se demande si Allah l’aime encore pose, à la lumière de ce hadith, la question à l’envers.

Ici, le Coran établit une distinction que la question elle-même a souvent tendance à effacer : la différence entre le fait qu’Allah décrète qu’un événement se produise, et le fait qu’Il aime ou approuve l’acte de celui qui le commet. Nulle part cela n’est plus évident que dans les versets révélés après Uḥud, l’une des journées les plus douloureuses qu’ait connues la première communauté musulmane :

إِن يَمْسَسْكُمْ قَرْحٌ فَقَدْ مَسَّ ٱلْقَوْمَ قَرْحٌ مِّثْلُهُۥ ۚ وَتِلْكَ ٱلْأَيَّامُ نُدَاوِلُهَا بَيْنَ ٱلنَّاسِ وَلِيَعْلَمَ ٱللَّهُ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَيَتَّخِذَ مِنكُمْ شُهَدَآءَ ۗ وَٱللَّهُ لَا يُحِبُّ ٱلظَّـٰلِمِينَ

« Si une blessure vous atteint, pareille blessure a déjà atteint l’ennemi. Ainsi faisons-Nous alterner les jours (bons et mauvais) parmi les gens, afin qu’Allah reconnaisse ceux qui ont cru, et qu’Il choisisse parmi vous des martyrs - et Allah n’aime pas les injustes. »

Sūrah Āl ʿImrān, 3:140

Le décret d’Allah voulant que les jours d’épreuve et les jours d’aisance s’alternent parmi les hommes ne signifie en rien qu’Il aime l’injuste qui inflige cette épreuve. Le verset maintient ces deux vérités dans un même souffle : il est permis à ces jours de tourner, et Allah n’aime pas ceux qui y commettent l’injustice. La permission qu’une chose se produise, selon une sagesse qu’Allah n’a pas entièrement dévoilée, n’équivaut pas à une caution morale. Le Coran l’affirme explicitement, ce n’est pas une simple déduction laissée au lecteur. Les versets qui suivent en élargissent d’ailleurs la raison :

وَلِيُمَحِّصَ ٱللَّهُ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَيَمْحَقَ ٱلْكَـٰفِرِينَ

« Et afin qu’Allah purifie ceux qui ont cru, et anéantisse les mécréants. »

Sūrah Āl ʿImrān, 3:141

Et quelques versets plus loin :

وَلِيَعْلَمَ ٱلَّذِينَ نَافَقُوا۟ ۚ وَقِيلَ لَهُمْ تَعَالَوْا۟ قَـٰتِلُوا۟ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ أَوِ ٱدْفَعُوا۟ ۖ قَالُوا۟ لَوْ نَعْلَمُ قِتَالًا لَّٱتَّبَعْنَـٰكُمْ ۗ هُمْ لِلْكُفْرِ يَوْمَئِذٍ أَقْرَبُ مِنْهُمْ لِلْإِيمَـٰنِ ۚ يَقُولُونَ بِأَفْوَٰهِهِم مَّا لَيْسَ فِى قُلُوبِهِمْ ۗ وَٱللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا يَكْتُمُونَ

« Et afin qu’Il reconnaisse les hypocrites. On leur avait dit : “Venez combattre dans le sentier d’Allah, ou repoussez [l’ennemi]”. Ils dirent : “Si nous avions su qu’il y aurait un combat, nous vous aurions suivis”. Ils étaient, ce jour-là, plus près de la mécréance que de la foi. Ils disaient de leurs bouches ce qui n’était pas dans leurs cœurs. Et Allah sait fort bien ce qu’ils cachaient. »

Sūrah Āl ʿImrān, 3:167

Une épreuve ne s’abat pas sur une communauté pour la laisser inchangée. Elle sépare la conviction de la simple apparence. Une difficulté d’une telle ampleur révèle qui se contentait de parler de foi et qui la vivait réellement, tout en purifiant les croyants sincères des péchés mêmes qu’une vie de confort leur aurait fait conserver. Rien de tout cela n’exige de croire que l’épreuve en elle-même était aimée d’Allah ; il suffit de comprendre qu’Allah, qui sait ce que les êtres humains ne peuvent voir, l’a permise selon une sagesse servant des desseins qui dépassent l’instant présent.

Le plus difficile, face à l’injustice, ce n’est pas l’injustice elle-même, c’est la crainte qu’elle puisse simplement passer, sans laisser de trace et sans conséquence. Le Coran s’adresse directement à cette crainte :

وَلَا تَحْسَبَنَّ ٱللَّهَ غَـٰفِلًا عَمَّا يَعْمَلُ ٱلظَّـٰلِمُونَ ۚ إِنَّمَا يُؤَخِّرُهُمْ لِيَوْمٍ تَشْخَصُ فِيهِ ٱلْأَبْصَـٰرُ

« Et ne pense point qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il leur accorde seulement un délai jusqu’au jour où leurs regards se figeront [d’effroi]. »

Sūrah Ibrāhīm, 14:42

Un délai n’est pas un déni. Ce qui, à l’échelle d’une vie humaine, ressemble à une injustice restée impunie est décrit ici comme un sursis jusqu’à un Jour précis, et non comme un oubli ou une absence. Le Coran fait la même observation concernant le passage des nations qui nous ont précédés :

قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِكُمْ سُنَنٌ فَسِيرُوا۟ فِى ٱلْأَرْضِ فَٱنظُرُوا۟ كَيْفَ كَانَ عَـٰقِبَةُ ٱلْمُكَذِّبِينَ

« Des situations similaires se sont produites avant vous. Parcourez donc la terre et voyez ce qu’il est advenu de ceux qui criaient au mensonge. »

Sūrah Āl ʿImrān, 3:137

Ces sunan — les lois immuables par lesquelles Allah régit l’histoire — signifient que la lutte entre la vérité et le mensonge n’est pas nouvelle, et que son issue ne dépend pas de celui qui crie le plus fort ou qui est le plus puissant au cours d’une décennie donnée. La domination est changeante. Allah ne donne pas toujours à l’injuste ce qu’il mérite aujourd’hui, cette année, ou dans le cycle médiatique actuel, mais le Coran insiste sur le fait que les comptes sont tenus, que le délai a une limite, et que cette limite n’est pas décidée par ceux qui subissent l’épreuve.

Rien de tout cela n’est présenté comme un argument visant à effacer la douleur de voir des innocents souffrir. Le Coran ne demande pas aux croyants de cesser de ressentir cette peine ; il leur demande de la porter sans perdre de vue le prisme même qui lui donne un sens. Allah a éprouvé les Prophètes de la manière la plus rude parce que c’est leur proximité avec Lui, et non leur éloignement, qui a attiré l’épreuve ; Allah permet aux jours d’alterner entre aisance et difficulté sans que cette permission ne signifie jamais qu’Il aime l’injustice ; et le silence apparent d’Allah face à l’oppresseur est un sursis jusqu’à un Jour fixé, et non la décision d’oublier.

Ce qui est exigé de celui qui observe, c’est ce qui fut exigé de chaque génération mentionnée dans ces versets : une patience qui ne s’aigrit pas en ressentiment, et un retour vers Allah plutôt qu’un repli loin de Lui. Récitez le Coran, invoquez-Le directement, et accrochez-vous à la promesse faite aux croyants ébranlés de toutes les époques qui nous ont précédés : le secours d’Allah est proche. Le lecteur Quran Gallery propose le texte intégral et la traduction de chaque verset cité ici, dans son arabe original accompagné d’une restitution fidèle, pour quiconque souhaite méditer longuement sur ces āyāt plutôt que de les lire comme de simples extraits d’un article.