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Les dix jours de Dhū al-Ḥijjah : ce que disent réellement les textes

« Les dix meilleurs jours de l'année » est une phrase si souvent répétée qu'elle finit par ressembler à un mythe populaire. Elle repose pourtant sur un serment du Coran et un unique récit prophétique — analysés ici proposition par proposition, y compris là où les exégètes divergent sur l'identité même de ces dix nuits.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 8 min

Chaque année, à l’approche de Dhū al-Ḥijjah, la même rengaine circule : ce sont les dix meilleurs jours de l’année. Mais répéter une affirmation ne suffit pas à la fonder. Cet article n’est pas une liste de choses à faire pendant cette période ; c’est un examen de ce qui établit réellement leur importance : un serment dans le Coran et un unique récit prophétique, lus proposition par proposition, sans omettre les points sur lesquels les exégètes divergent au lieu de présenter une réponse simple et unanime.

La sourate al-Fajr s’ouvre sur une série de serments — l’aube, dix nuits, le pair et l’impair, la nuit quand elle s’écoule :

وَٱلْفَجْرِ وَلَيَالٍ عَشْرٍ

Par l’aube, et par dix nuits.

Sourate al-Fajr, 89:1-2

Al-Qurṭubī, en analysant la grammaire du deuxième serment, souligne que l’expression « dix nuits » est laissée à la forme indéfinie plutôt que définie — et soutient que cette indétermination a une fonction bien précise :

وَإِنَّمَا نُكِّرَتْ وَلَمْ تُعَرَّفْ لِفَضِيلَتِهَا عَلَى غَيْرِهَا، فَلَوْ عُرِّفَتْ لَمْ تُسْتَقْبَلْ بِمَعْنَى الْفَضِيلَةِ الَّذِي فِي التَّنْكِيرِ، فَنُكِّرَتْ مِنْ بَيْنِ مَا أَقْسَمَ بِهِ، لِلْفَضِيلَةِ الَّتِي لَيْسَتْ لِغَيْرِهَا

Elle a été laissée indéfinie, et non définie, en raison de son excellence sur toute autre chose — car si elle avait été définie, elle n’aurait pas porté ce sens d’excellence que confère la forme indéfinie. Ainsi, parmi tout ce par quoi Il a juré, seule cette expression a été laissée indéfinie, pour une excellence que rien d’autre ne possède.

Tafsīr al-Qurṭubī, page imprimée 20/39 de .

Il s’agit là d’un argument grammatical, et non d’un inventaire de vertus. Il indique au lecteur que le serment met quelque chose en valeur — sans préciser de quoi il s’agit, ni à quel point. Le « quoi » est une tout autre question, à laquelle les sources ne répondent pas d’une seule voix.

Ibn Kathīr, en étudiant ce même verset, énonce clairement l’interprétation majoritaire et nomme ceux qui la soutiennent :

وَالليالي العشر المراد بها عشر ذي الحجة كما قاله ابن عباس وابن الزبير ومجاهد وغير واحد من السلف والخلف

Par les dix nuits, on entend les dix de Dhū al-Ḥijjah, comme l’ont affirmé Ibn ʿAbbās, Ibn al-Zubayr, Mujāhid, ainsi que plus d’un savant parmi les premières et les dernières générations.

Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 7/554 de l’édition .

C’est cette lecture qui sous-tend toutes les affirmations que cet article va développer. Ce n’est cependant pas la seule interprétation recensée, et Ibn Kathīr ne prétend pas le contraire. Dès la page suivante, il expose deux avis concurrents avant de trancher. Le premier désigne les dix premiers jours de Muḥarram — une opinion qu’al-Ṭabarī rapporte sans en nommer l’auteur initial, et qu’al-Baghawī attribue par ailleurs à un savant nommé Yamān ibn Ribāb. Le second remonte à Ibn ʿAbbās lui-même, par une chaîne de transmission différente :

وَقد روى أبو كدينة، عن قابوس بن أبي ظبيان، عن أبيه، عن ابن عباس: ﴿وَلَيَالٍ عَشْرٍ﴾ قال: هو العشر الأول من رمضان، والصحيح القول الأول

Abū Kudayna a rapporté, d’après Qābūs ibn Abī Ẓabyān, d’après son père, d’après Ibn ʿAbbās, concernant les « dix nuits » : il a dit qu’il s’agit des dix premières de Ramaḍān — mais l’avis correct est la première opinion.

Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 7/555 de l’édition .

Les éditeurs d’Ibn Kathīr expliquent pourquoi il écarte ce récit : Qābūs ibn Abī Ẓabyān est layyin al-ḥadīth — un transmetteur dont les narrations sont considérées comme faibles. Un second fil indépendant de cette divergence se retrouve chez al-Qurṭubī, qui consigne une autre paire d’avis sur la même question — désignant cette fois les dix dernières nuits de Ramaḍān, et non les premières, en y associant un second nom :

وَعَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَيْضًا: هِيَ الْعَشْرُ الْأَوَاخِرُ مِنْ رَمَضَانَ، وَقَالَهُ الضَّحَّاكُ

Et également d’après Ibn ʿAbbās : ce sont les dix dernières nuits de Ramaḍān — et al-Ḍaḥḥāk a dit de même.

Tafsīr al-Qurṭubī, page imprimée 20/39 de .

Le tableau le plus honnête n’est donc pas de dire que « tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit des dix jours de Dhū al-Ḥijjah ». La réalité est que plusieurs noms sont associés à une lecture pointant vers Ramaḍān, mis en balance avec une liste plus longue de noms — incluant un second récit, plus solide, d’Ibn ʿAbbās lui-même — soutenant la lecture de Dhū al-Ḥijjah. Les exégètes qui consignent les deux avis indiquent clairement lequel ils jugent correct, et sur quelle base. Ibn Kathīr fait immédiatement suivre sa décision de la raison qui la motive : un hadith du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, parlant de « ces jours », qu’il interprète comme une explication du serment lui-même —

وقد ثبت في صحيح البخاري، عن ابن عباس مرفوعًا: "ما من أيام العمل الصالح أحبّ إلى الله فيهن من هذه الأيام"؛ يعني: عشر ذي الحجة

Il est établi dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, d’après Ibn ʿAbbās, attribué au Prophète : « Il n’y a pas de jours où les bonnes œuvres sont plus aimées d’Allah que ces jours-ci » — c’est-à-dire : les dix de Dhū al-Ḥijjah.

Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 7/555 de l’édition .

Ce hadith mérite d’être analysé pour lui-même, car c’est ce récit qui porte presque tout le poids de l’affirmation des « meilleurs jours de l’année ».

Le hadith existe sous plusieurs formulations. Le texte même du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, plus concis que la version généralement citée, se lit ainsi :

مَا الْعَمَلُ فِي أَيَّامِ الْعَشْرِ أَفْضَلَ مِنَ الْعَمَلِ فِي هَذِهِ. قَالُوا: وَلَا الْجِهَادُ؟ قَالَ: وَلَا الْجِهَادُ، إِلَّا رَجُلٌ خَرَجَ يُخَاطِرُ بِنَفْسِهِ وَمَالِهِ فَلَمْ يَرْجِعْ بِشَيْءٍ

Aucune œuvre accomplie en d’autres jours n’est plus excellente qu’une œuvre accomplie en ces jours-ci. Ils dirent : Pas même le djihad ? Il répondit : Pas même le djihad — à l’exception d’un homme qui sort en risquant sa vie et ses biens, et n’en revient avec rien.

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 2/20 de l’édition , hadith 969, rapporté d’après Ibn ʿAbbās.

La formulation plus complète — celle qui sous-tend presque toutes les traductions de ce hadith — se trouve dans les Sunan al-Tirmidhī :

مَا من أيَّامٍ العَمَلُ الصَّالحُ فِيهِنَّ أحَبُّ إلى اللهِ من هذِهِ الأيَّامِ العَشْرِ. فقالُوا: يَا رسُولَ اللهِ، وَلا الجِهَادُ في سَبيلِ اللهِ؟ فقال رَسولُ اللهِ: وَلا الجهَادُ في سَبيلِ الله، إلَّا رَجُلٌ خَرجَ بِنَفْسهِ وَمَالهِ، فلم يَرْجِعْ من ذلكَ بِشَيْءٍ

Il n’y a pas de jours où les bonnes œuvres sont plus aimées d’Allah que ces dix jours. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, pas même le djihad dans le sentier d’Allah ? » Le Messager d’Allah répondit : « Pas même le djihad dans le sentier d’Allah — à l’exception d’un homme qui sort avec sa vie et ses biens, et n’en revient avec rien. »

— Sunan al-Tirmidhī, page imprimée 2/284 de l’édition , hadith 767, rapporté d’après Ibn ʿAbbās. Al-Tirmidhī lui-même l’évalue comme ḥasan gharīb ṣaḥīḥ juste en dessous du récit, et la note de bas de page de l’édition ajoute qu’il est également rapporté par al-Bukhārī (969), Abū Dāwūd (2438), Ibn Mājah (1727), dans le Musnad d’Aḥmad (1968) et dans le Ṣaḥīḥ d’Ibn Ḥibbān (324), qualifiant le récit de ṣaḥīḥ dans sa propre note.

Lisez l’exception attentivement, car il est facile de l’édulcorer pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. Les Compagnons supposent que le djihad serait évidemment l’exception — la lutte armée pour la cause d’Allah est décrite ailleurs comme inégalable par des actes ordinaires. La réponse du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) confirme que cette supposition est presque juste, puis la restreint à un seul cas : un homme qui sort en risquant à la fois sa personne et ses biens dans cette lutte, et qui ne revient ni avec l’un ni avec l’autre — c’est-à-dire qu’il ne revient pas, ou revient en ayant perdu tout ce qu’il avait emporté. Le hadith ne dit pas que « le djihad est inférieur à ces dix jours ». Il affirme qu’une issue bien précise du djihad est la seule chose qu’une bonne action ordinaire accomplie pendant ces dix jours ne surpasse pas. Tous les autres cas de djihad restent exactement là où les Compagnons les attendaient — au moins égalés, et selon les propres termes du hadith, non surpassés, par tout bien accompli durant cette période.

Ce que le récit ne dit pas mérite également d’être souligné. Il ne classe pas une action au-dessus d’une autre au sein de ces dix jours, ne promet pas que toute action qui y est accomplie sera acceptée, et ne les compare nommément à aucune autre période — la comparaison avec Ramaḍān que consignent Ibn Kathīr et al-Qurṭubī relève de l’identification du serment, et non de ce hadith. Ce qu’il établit, selon ses propres termes, est plus précis et plus solide que la version populaire : pendant dix jours, la bonne action ordinaire est placée à un niveau que, d’après ce récit, rien d’autre qu’une forme très spécifique de sacrifice de soi ne parvient à dépasser.

Des actes précis tombent à des jours spécifiques de cette période — la station à ʿArafah le neuvième jour, le sacrifice le dixième — et ceux-ci incombent au nombre comparativement restreint de personnes qui s’y rendent une année donnée. Rien dans les deux textes ci-dessus ne s’adresse uniquement à eux. Le serment est prêté sur les nuits, non sur l’itinéraire ; le hadith pèse l’action, non le voyageur. Quoi que fasse un lecteur un mardi ordinaire de Dhū al-Ḥijjah — c’est l’action elle-même, et non le lieu où elle est accomplie — c’est cela que le récit place à ce niveau exceptionnellement élevé.

Si quoi que ce soit ci-dessus exagère ce qu’une source dit réellement — une traduction étirée au-delà de ses termes, une divergence aplanie en un faux consensus, une page qui en dit moins que ce que nous avons affirmé — dites-le-nous. Chaque citation ici renvoie à la page imprimée dont elle est tirée précisément pour cette raison.

Qu’Allah ﷻ fasse de nous des personnes dont les actions ordinaires, quels que soient les dix jours qui nous sont accordés, soient celles qu’Il a décrites comme Lui étant chères.