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Ce qui empêche la victoire : cinq obstacles nommés par le Coran
Allah promet Son secours aux croyants, pourtant cette aide n'arrive pas toujours au moment attendu. Le Coran est d'une franchise remarquable sur les raisons de ce retard : il identifie cinq obstacles que la oumma place elle-même sur son chemin, et chacun d'eux est un frein que nous pouvons commencer à lever dès aujourd'hui.
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- L'équipe Quran Gallery
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Allah ﷻ promet Son secours aux croyants. Il leur explique aussi, de manière répétée et précise, ce qui les en sépare. Face aux souffrances des musulmans de notre époque, il est naturel de se demander pourquoi cette aide semble tant tarder. Il convient alors d’examiner avec honnêteté ce que le Coran apporte réellement comme réponse, et ce qu’il ne dit pas.
Il ne dit pas que ceux qui souffrent le plus sont les plus fautifs. À Ouhoud, les hommes qui ont payé de leur vie n’étaient pas ceux dont l’erreur a fait basculer la bataille. Ḥamzah ibn ʿAbd al-Muṭṭalib (qu’Allah l’agrée), l’oncle du Prophète lui-même, figurait parmi les plus de soixante-dix martyrs tombés ce jour-là, et aucun d’eux n’est désigné par le Coran comme étant la cause de ce revers. Le diagnostic qui suit s’adresse à l’ensemble de la oumma, à travers les époques, comme une invitation à l’introspection — et non comme un verdict prononcé contre les opprimés.
Ouhoud a commencé par une victoire musulmane et s’est achevée par une défaite. Le Coran nous explique exactement ce qui s’est passé entre-temps :
وَلَقَدْ صَدَقَكُمُ ٱللَّهُ وَعْدَهُۥٓ إِذْ تَحُسُّونَهُم بِإِذْنِهِۦ ۖ حَتَّىٰٓ إِذَا فَشِلْتُمْ وَتَنَـٰزَعْتُمْ فِى ٱلْأَمْرِ وَعَصَيْتُم مِّنۢ بَعْدِ مَآ أَرَىٰكُم مَّا تُحِبُّونَ ۚ مِنكُم مَّن يُرِيدُ ٱلدُّنْيَا وَمِنكُم مَّن يُرِيدُ ٱلْـَٔاخِرَةَ ۚ ثُمَّ صَرَفَكُمْ عَنْهُمْ لِيَبْتَلِيَكُمْ ۖ وَلَقَدْ عَفَا عَنكُمْ ۗ وَٱللَّهُ ذُو فَضْلٍ عَلَى ٱلْمُؤْمِنِينَ
« Et certes, Allah a tenu Sa promesse envers vous, quand par Sa permission vous les tailliez en pièces, jusqu’au moment où vous avez fléchi, où vous vous êtes disputés à propos du commandement, et avez désobéi, après qu’Il vous eut montré ce que vous aimez. Il en était parmi vous qui désiraient la vie d’ici-bas et il en était parmi vous qui désiraient l’au-delà. Puis Il vous a fait reculer devant eux, afin de vous éprouver. Et certes Il vous a pardonné. Et Allah est Détenteur de grâce pour les croyants. »
Lisez attentivement : la victoire avait déjà été accordée. Puis, un groupe a abandonné son poste — craignant de manquer sa part du butin laissé par l’ennemi en fuite. Un seul acte de désobéissance, né d’une querelle et d’un attrait pour ce bas monde, a fait basculer toute la bataille. Ce qui suit dans cet article n’est pas un commentaire superposé à ce verset ; c’est le verset lui-même, décomposé selon les quatre fils conducteurs qu’il nomme : la dispute, l’amour de ce monde, et — sous-jacent à ces deux éléments — le péché d’avoir abandonné ce qu’il nous avait été ordonné de maintenir. Remarquez également sur quoi s’achève le verset : le pardon. Allah nomme la faute et la pardonne dans un même souffle. C’est là le ton de tout le diagnostic qui suit : une correction, et non une condamnation.
Ailleurs dans le Coran, Allah énonce un principe qui va bien au-delà d’une simple bataille :
…إِنَّ ٱللَّهَ لَا يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّىٰ يُغَيِّرُوا۟ مَا بِأَنفُسِهِمْ…
« …En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes… »
C’est un verset difficile à appréhender, car il est trop souvent interprété à tort comme un blâme adressé à ceux qui souffrent. Il n’en est rien. Il s’adresse à nous — ceux qui le lisent, ceux qui ont le choix de changer — et non à ceux qui sont déjà écrasés par l’oppression d’autrui. Le péché d’un peuple ne prouve en rien l’innocence de celui qui lui fait du tort ; l’injustice reste l’injustice, peu importe qui la commet. Ce que ce verset exige est plus précis et plus utile que de jeter le blâme : avant de nous demander pourquoi le secours n’est pas arrivé, avons-nous corrigé ce qui est en notre pouvoir ? Nos propres prières, notre propre honnêteté, notre propre bienveillance envers les plus vulnérables d’entre nous, notre propre bilan devant Allah. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb (qu’Allah l’agrée) disait à son armée avant la bataille d’al-Qādisiyyah de craindre leurs propres péchés plus qu’ils ne craignaient l’ennemi face à eux — non pas parce que l’ennemi était irréprochable, mais parce que le péché était la seule variable sur le terrain que l’armée contrôlait elle-même.
Le mot que le Coran emploie pour décrire ce qui a brisé les rangs à Ouhoud — tanāzaʿtum, « vous vous êtes disputés » — ne désigne pas un simple faux pas isolé. Il est identifié comme un danger permanent :
وَأَطِيعُوا۟ ٱللَّهَ وَرَسُولَهُۥ وَلَا تَنَـٰزَعُوا۟ فَتَفْشَلُوا۟ وَتَذْهَبَ رِيحُكُمْ ۖ وَٱصْبِرُوٓا۟ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ مَعَ ٱلصَّـٰبِرِينَ
« Et obéissez à Allah et à Son messager ; et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force. Et soyez endurants, car Allah est avec les endurants. »
﴿وَلَا تَنَازَعُوا﴾ — « et ne vous disputez pas » — se situe entre deux autres commandements : obéir et faire preuve de patience. Le verset ne demande pas à la oumma d’être d’accord sur tout ; il souligne le prix de la discorde lorsqu’elle supplante l’obéissance et la patience : le courage s’évapore, et avec lui s’en va rīḥukum — littéralement « votre vent », l’élan qu’un corps possède lorsqu’il avance à l’unisson. Une communauté qui s’épuise à débattre pour savoir qui a raison a, selon la logique même de ce verset, déjà consumé la force dont elle avait besoin pour affronter la véritable épreuve qui se dresse devant elle.
Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) fut interrogé directement sur une maladie spirituelle qu’il nomma wahn, une affliction qui, selon lui, s’installerait dans le cœur des croyants même lorsqu’ils seraient nombreux :
Quelqu’un lui demanda : « Qu’est-ce que le wahn, ô Messager d’Allah ? » Il répondit : « L’amour de ce monde et l’aversion pour la mort » — rapporté à la page 6/355 de l’édition , qualifié de ḥasan par les éditeurs de cet ouvrage.
Il ne s’agit pas là d’un appel à rechercher le danger. C’est le diagnostic de ce qui se produit lorsque le confort devient la chose que l’on protège par-dessus tout : nous ne sommes plus disposés à sacrifier notre argent, notre réputation, notre temps ou notre tranquillité pour ce qui est juste, car nous avons silencieusement décidé que ce monde est ce que nous sommes censés conserver. Le remède indiqué par le hadith n’est pas l’imprudence — c’est la certitude que la subsistance et la durée d’une vie sont déjà décrétées, ce qui libère le croyant et lui permet d’agir par principe plutôt que par peur de perdre ce qu’il possède.
Le Coran rapporte une plainte que le Messager (paix et bénédictions sur lui) lui-même présentera devant Allah :
وَقَالَ ٱلرَّسُولُ يَـٰرَبِّ إِنَّ قَوْمِى ٱتَّخَذُوا۟ هَـٰذَا ٱلْقُرْءَانَ مَهْجُورًا
« Et le Messager dit : “Seigneur, mon peuple a vraiment pris ce Coran pour une chose délaissée !” »
Ibn al-Qayyim (qu’Allah lui fasse miséricorde) considère que ce seul mot — mahjūran, « délaissé » — englobe bien plus que le simple fait de ne pas en posséder un exemplaire. Il énumère cinq manières distinctes pour un peuple de délaisser sa propre Écriture : délaisser son écoute, la foi en lui et l’attention qu’on lui porte ; délaisser la mise en pratique de ses commandements et de ses interdits, même si on le récite encore ; le délaisser en tant que norme pour juger les différends ; délaisser la méditation à son sujet et l’effort pour comprendre l’intention de Celui qui l’a prononcé ; et le délaisser en tant que remède qu’il offre pour les maladies du cœur. Il écrit clairement que chacune de ces attitudes est incluse dans la plainte du Messager, « bien que certains délaissements soient plus légers que d’autres » — rapporté à la page 118 de l’édition . Une oumma peut réciter le Coran dans chaque mosquée et pourtant, selon ce constat, l’avoir mis de côté — si la récitation ne se transforme jamais en méditation, et si la méditation ne devient jamais obéissance.
Aucun de ces cinq obstacles — le péché, la discorde, l’amour de ce monde et l’éloignement du Coran — n’est présenté comme une explication aux actes d’un oppresseur. Le Coran souligne avec force que l’injustice incombe entièrement à celui qui la commet ; identifier ce que la oumma peut réparer en elle-même n’a jamais été la méthode du Coran pour excuser le mal qu’on lui inflige. Ce que ces versets nous offrent plutôt, c’est la seule partie de l’équation sur laquelle nous avons réellement prise : nos propres querelles, nos propres attachements, notre propre relation avec le Livre même qui nous promet son aide en premier lieu. Les Compagnons à Ouhoud ont été pardonnés le jour même où le verset a nommé leur faute, et le Coran qui l’a nommée est ce même Coran qui s’offre à nous aujourd’hui — pour être récité, compris et fermement maintenu. C’est un excellent point de départ : non pas comme un audit du passé, mais comme une raison d’ouvrir le Coran lui-même et de commencer par là.
Puisse Allah al-ʿAzīz, le Tout-Puissant, dissiper ce qui s’interpose entre cette oumma et Son secours, et puisse-t-Il faire de nous des personnes qui saisissent Son Livre tel qu’il a été conçu pour l’être — récité, compris et vécu.