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L'anatomie du Khushūʿ : un état du cœur, pas un langage corporel

Le khushūʿ est souvent confondu avec l'immobilité, la lenteur des mouvements ou le regard baissé. Il n'est rien de tout cela en premier lieu : c'est un état du cœur que les membres ne font que suivre.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 7 min

Observez une personne prier avec des mouvements visiblement lents, le regard baissé et les mains immobiles, et il est tentant de se dire : voilà le khushūʿ. C’est possible. Mais il peut aussi s’agir d’une habitude, d’une mise en scène pour ceux qui regardent, ou d’un corps qui a simplement assimilé une chorégraphie pendant que l’esprit vagabonde ailleurs. Le khushūʿ n’est pas, d’abord, une chose que l’œil peut vérifier. C’est un état du cœur, et tout ce qui est visible n’en est jamais que la conséquence.

Le khushūʿ est un terme linguistique avant d’être un terme spirituel. En arabe, il signifie s’abaisser, s’apaiser, se soumettre, être docile. Appliqué au cœur, il désigne un événement intérieur très précis : le cœur qui se tient devant Allah dans une humilité totale, une profonde modestie et une concentration absolue, tandis que tout ce qui lui dispute habituellement son attention s’efface pour devenir insignifiant. C’est là que le mot prend racine avant même d’atteindre le corps. Le khushūʿ réside dans le cœur et ne se manifeste — il n’y prend jamais sa source — qu’à travers les membres et les organes.

Cet ordre a bien plus d’importance qu’il n’y paraît. Un cœur qui s’est véritablement imprégné d’humilité devant Allah n’a pas besoin qu’on lui dise de ralentir le corps ; l’apaisement suit de lui-même, tout comme une pièce devient silencieuse lorsqu’une personne imposant le respect prend la parole. En revanche, un corps habitué à l’immobilité n’offre aucune garantie dans le sens inverse. Disciplinez les membres sans le cœur, et vous aurez fabriqué le symptôme sans que la cause profonde n’ait jamais été présente.

Il ne s’agit pas d’une vague métaphore empruntée à la poésie, mais bien de la manière dont le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) a décrit l’architecture intérieure de l’être humain. Lorsqu’il a expliqué ce qui détermine si la conduite entière d’une personne est saine ou corrompue, il a désigné un seul organe :

أَلَا وَإِنَّ فِي الْجَسَدِ مُضْغَةً إِذَا صَلَحَتْ صَلَحَ الْجَسَدُ كُلُّهُ، وَإِذَا فَسَدَتْ فَسَدَ الْجَسَدُ كُلُّهُ، أَلَا وَهِيَ الْقَلْبُ

Il y a dans le corps un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain, et s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. En vérité, c’est le cœur.

— rapporté d’après al-Nuʿmān ibn Bashīr, imprimé à la page 1/20 de l’édition du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī.

Si le cœur est ce qui détermine la santé du reste du corps, alors le khushūʿ — l’humilité du cœur devant Allah — n’est pas une simple vertu parmi d’autres au sein de la prière. Il s’agit plutôt de la condition qui détermine si tout le reste de la prière est considéré comme une adoration ou comme une simple agitation. Un cœur humble produit des oreilles humbles, des yeux humbles, un visage humble ; un cœur inattentif peut loger dans un corps qui exécute tout correctement sans rien changer à la valeur réelle des actes de ce corps devant son Seigneur.

Le Coran ne traite pas le khushūʿ comme un raffinement facultatif réservé au croyant accompli. Il le lie directement à l’essence même du succès dans la foi, dès le premier verset de Sūrat al-Muʾminūn :

قَدْ أَفْلَحَ ٱلْمُؤْمِنُونَ

Bienheureux sont certes les croyants —

Sūrat al-Muʾminūn, 23:1

Le verset qui suit immédiatement nomme la première qualité de cette liste, et c’est précisément celle-ci :

ٱلَّذِينَ هُمْ فِى صَلَاتِهِمْ خَـٰشِعُونَ

— ceux qui sont humbles dans leur prière.

Sūrat al-Muʾminūn, 23:2

À y lire de plus près, il ne s’agit pas de faire l’éloge de ceux qui accomplissent simplement la prière. C’est l’éloge d’une qualité présente pendant la prière — un état dans lequel se trouve le cœur pendant que les membres effectuent le rukūʿ et le sujūd, et non une case cochée une fois les salutations à droite et à gauche terminées. Le khushūʿ est ce que le Coran désigne comme la différence entre une prière machinalement exécutée et celle qui justifie qu’une personne soit qualifiée, dans le même souffle, de bienheureuse.

Rien de tout cela ne signifie que le corps est sans importance — seulement qu’il se situe en aval. Une fois que le cœur s’est véritablement humilié, cette humilité ne reste pas enfermée dans la poitrine ; elle rayonne vers l’extérieur jusqu’à ce que chaque partie du corps y réponde. L’invocation même du Prophète lors du rukūʿ rend ce mouvement explicite, énumérant les organes un à un à mesure que chacun se soumet à son tour :

اللَّهُمَّ لَكَ رَكَعْتُ وَبِكَ آمَنْتُ وَلَكَ أَسْلَمْتُ خَشَعَ لَكَ سَمْعِي وَبَصَرِي وَمُخِّي وَعَظْمِي وَعَصَبِي

Ô Allah, c’est devant Toi que je m’incline, en Toi que j’ai cru, et à Toi que je me suis soumis. Mon ouïe, ma vue, mon esprit, mes os et mes nerfs s’humilient devant Toi.

— rapporté d’après ʿAlī ibn Abī Ṭālib, imprimé à la page 1/534 de l’édition du Ṣaḥīḥ Muslim.

Remarquez l’ordre dans lequel progresse l’invocation : l’inclinaison, puis la croyance, puis la soumission, et seulement ensuite l’ouïe, la vue, l’esprit, les os et les nerfs. L’inclinaison physique est mentionnée en premier car c’est ce que le fidèle accomplit à cet instant précis, mais les mots qui suivent décrivent ce qui se passe en profondeur : une ouïe qui cesse de traquer les bruits de la pièce, une vue qui arrête de vagabonder, un esprit qui ne ressasse plus le reste de la journée. Chacun d’eux est un membre ou une faculté qui se met au diapason d’un cœur déjà apaisé.

Compte tenu de cet ordre, il convient de préciser ce qui ne relève pas du khushūʿ. Le khushūʿ n’est pas un regard baissé que l’on maintient pour paraître dévot. Ce ne sont pas des mouvements lents adoptés comme un style personnel. Ce n’est ni le silence, ni une expression faciale particulière, ni la posture extérieure que l’on associe généralement à la piété. Tous ces éléments peuvent accompagner un cœur pleinement humilié devant Allah — mais ils peuvent tout aussi bien masquer un cœur complètement absent, en train de rejouer une dispute ou de planifier le reste de l’après-midi, pendant que le corps exécute des gestes répétés des milliers de fois. Les membres peuvent apprendre une partition que le cœur n’a jamais validée. Ce décalage explique précisément pourquoi le même mot décrit à la fois l’objectif et sa contrefaçon, et pourquoi le Coran, dans le passage précédent, situe le khushūʿ dans la prière plutôt que dans l’apparence de celui qui l’accomplit.

Le Coran est tout aussi direct sur ce qui se produit lorsque la dimension du cœur dans cette relation est négligée. S’adressant à des personnes qui croient déjà, il pose une question qui présuppose que l’humilité du cœur est une obligation permanente, et non un acquis définitif :

۞ أَلَمْ يَأْنِ لِلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ أَن تَخْشَعَ قُلُوبُهُمْ لِذِكْرِ ٱللَّهِ وَمَا نَزَلَ مِنَ ٱلْحَقِّ وَلَا يَكُونُوا۟ كَٱلَّذِينَ أُوتُوا۟ ٱلْكِتَـٰبَ مِن قَبْلُ فَطَالَ عَلَيْهِمُ ٱلْأَمَدُ فَقَسَتْ قُلُوبُهُمْ ۖ وَكَثِيرٌ مِّنْهُمْ فَـٰسِقُونَ

Le moment n’est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leurs cœurs s’humilient à l’évocation d’Allah et devant ce qui est descendu de la vérité, et de ne point être pareils à ceux qui ont reçu le Livre auparavant, et pour qui le temps a paru long, de sorte que leurs cœurs se sont endurcis ? Et beaucoup d’entre eux sont pervers.

Sūrat al-Ḥadīd, 57:16

Ce verset nomme directement l’alternative au khushūʿ : non pas un corps plus vif, mais un cœur plus dur — et il désigne le temps lui-même, lorsqu’on n’y prend pas garde, comme ce qui le produit. Un cœur ne s’humilie pas une bonne fois pour toutes pour rester ainsi par défaut ; livré à lui-même, il tend vers l’endurcissement, et non vers une douceur continue. Le khushūʿ doit être recherché, délibérément, chaque fois qu’une personne se lève pour prier.

Rien de tout cela ne rend le khushūʿ mystérieux ou inaccessible — il est simplement, avant tout, intérieur. Le travail pratique correspond à ce que les sources ci-dessus indiquent déjà : ramener l’attention du cœur vers Allah avant de se soucier de l’apparence du corps, et considérer chaque prière comme une nouvelle occasion pour le cœur de s’adoucir, plutôt que de présumer que l’humilité de la veille est toujours d’actualité. Le compagnon de prière de Quran Gallery existe pour éliminer les frictions autour des éléments faciles à maîtriser — des horaires de prière précis, la bonne direction, un espace clair où revenir cinq fois par jour — afin qu’il ne reste plus qu’à accomplir la seule chose qu’aucune application ne peut faire à votre place : apporter un cœur humble à ce que le corps s’apprête déjà, et correctement, à accomplir.