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Les deux types de dhikr : l'évocation générale et les adhkar prescrits
Le dhikr n'est pas une pratique uniforme. Il se divise selon deux axes indépendants : la liberté de sa forme et la partie de l'être qui s'y consacre. Comprendre ces deux dimensions permet de transformer la simple répétition de mots en une évocation qui touche véritablement le cœur.
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- The Quran Gallery team
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Prononcez le mot « dhikr » et la plupart des gens s’imagineront la même chose : un chapelet, une formule murmurée du bout des lèvres. Cette image n’est pas fausse, mais elle ne représente qu’une infime partie d’une pratique bien plus vaste. Les savants classiques classent le dhikr selon deux axes distincts qui ne mesurent pas la même chose. Le premier interroge la liberté de sa forme : s’agit-il d’une évocation que l’on peut formuler n’importe comment, n’importe où et sans limite de nombre, ou bien d’un ensemble de mots précis liés à un moment précis ? Le second demande quelle partie de vous s’y consacre : la langue s’agite-t-elle pendant que le cœur est ailleurs, ou le cœur s’est-il mis au diapason de la langue ? Saisir ces deux nuances, c’est ce qui sépare une simple liste de vocabulaire religieux d’une véritable cartographie de ce à quoi peut ressembler « l’évocation d’Allah » tout au long d’une journée.
Le premier axe catégorise le dhikr selon le degré de fixité de sa forme et de son moment.
Le dhikr absolu (non restreint) n’a ni formulation, ni lieu, ni nombre imposés. Il englobe le tasbīḥ (سُبْحَانَ اللّٰهِ — la glorification d’Allah), le taḥmīd (اَلْحَمْدُ لِلّٰهِ — la louange), le takbīr (اَللّٰهُ أَكْبَرُ — la proclamation de Sa grandeur), le tahlīl (لَا إِلٰهَ إِلَّا اللّٰهُ — l’attestation que nul n’est digne d’être adoré en dehors de Lui), la ḥawqalah (لَا حَوْلَ وَلَا قُوَّةَ إِلَّا بِالله — il n’y a de force ni de puissance qu’en Lui), l’istighfār (la demande de pardon), les ṣalawāt sur le Prophète (paix et bénédictions sur lui), ainsi que la récitation du Coran lui-même. Aucun de ces actes n’est soumis à un emploi du temps. Vous pouvez les prononcer en marchant, en étant assis, en attendant que l’eau bouille ou en étant allongé sans trouver le sommeil — autant de fois que vous le souhaitez, aussi longtemps que vous le désirez. Le Coran s’adresse directement à cette catégorie, sans imposer de forme ni de nombre :
يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱذْكُرُوا۟ ٱللَّهَ ذِكْرًا كَثِيرًا « Ô vous qui croyez, évoquez Allah d’une évocation abondante. » — Sourate Al-Aḥzāb, 33:41
L’injonction est kathīran — abondamment, beaucoup — et non un nombre, une formulation ou un moment de la journée. Cette flexibilité est l’essence même de cette catégorie : elle met le dhikr à portée de main à chaque instant où vous n’êtes pas déjà occupé par un acte d’adoration formel.
Le dhikr restreint, en revanche, est figé sur ces trois axes à la fois : la formulation, le lieu et le moment. C’est le domaine des adhkār à proprement parler : les évocations du matin et du soir, les invocations prononcées après chacune des cinq prières, les invocations avant de dormir et au réveil, ainsi que les courtes évocations liées aux actions ordinaires — manger, s’habiller, entrer et sortir de la maison. Ce ne sont pas des phrases que l’on compose sur le moment ; ce sont des formules précises, transmises avec des mots exacts, destinées à une fenêtre de temps bien définie dans la journée. Là où le dhikr absolu est une porte laissée ouverte toute la journée, le dhikr restreint est une série de rendez-vous — et l’évocation d’Allah par un croyant est généralement un mélange des deux, et non un choix exclusif entre l’un ou l’autre.
Le second axe n’a rien à voir avec la forme ou le moment. Il s’intéresse à la partie de l’être qui est réellement engagée — et il recoupe entièrement la première catégorie, puisque le dhikr absolu comme le dhikr restreint peuvent être accomplis avec la langue seule, ou avec la langue et le cœur réunis.
La classification qu’en fait Al-Qāḍī ʿIyāḍ, préservée dans le commentaire de l’Imam Al-Nawawī sur le Ṣaḥīḥ Muslim, en est l’exposé le plus limpide de la littérature classique : l’évocation d’Allah est de deux sortes, l’évocation du cœur et l’évocation de la langue. L’évocation du cœur se divise elle-même en deux catégories : méditer sur la grandeur d’Allah, Sa majesté et Sa domination sur les cieux et la terre (ce qu’il considère comme la forme la plus élevée et la plus noble du dhikr), et être attentif à Ses ordres et interdits au moment d’agir, de sorte que l’on obéisse à ce qui est prescrit et que l’on s’écarte de ce qui est défendu. L’évocation par la langue seule, note-t-il, est la plus faible des trois — mais elle conserve une réelle vertu, comme le montrent clairement les hadiths sur ses mérites — page imprimée 17/15 de
.Cette hiérarchie n’est pas un rejet de la langue. La parole est le moyen par lequel le dhikr absolu est prononcé et par lequel les adhkar prescrits sont transmis mot pour mot ; sans elle, les formulations qui nous sont parvenues du Prophète (paix et bénédictions sur lui) n’auraient nulle part où exister. Mais cette classification est une mise en garde : il ne faut pas confondre le mouvement et le sens. Des mots répétés alors que l’esprit vagabonde restent du dhikr, mais sous sa forme la plus superficielle. Le Coran indique clairement dans laquelle de ces deux moitiés se trouve le véritable apaisement :
ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَتَطْمَئِنُّ قُلُوبُهُم بِذِكْرِ ٱللَّهِ ۗ أَلَا بِذِكْرِ ٱللَّهِ تَطْمَئِنُّ ٱلْقُلُوبُ « Ceux qui ont cru, et dont les cœurs s’apaisent à l’évocation d’Allah. N’est-ce point par l’évocation d’Allah que s’apaisent les cœurs ? » — Sourate Ar-Raʿd, 13:28
L’apaisement n’est pas promis aux syllabes ; il est promis au cœur qui est présent pendant qu’elles sont prononcées.
Mises côte à côte, ces deux catégories offrent quatre combinaisons plutôt que deux : le dhikr absolu prononcé avec la langue seule (n’importe quelle formule, à n’importe quel moment, dite sans attention — qui compte toujours, bien qu’il s’agisse de la forme la plus légère) ; le dhikr absolu prononcé avec un cœur présent (les mêmes formules, mais ressenties, à tout moment où la journée le permet) ; le dhikr restreint récité machinalement (les adhkar du matin prononcés correctement mais en pilote automatique) ; et le dhikr restreint récité avec présence (les mêmes mots fixes, compris au moment où ils sont dits). La formulation figée de la seconde paire ne la rabaisse pas par rapport à la première — elle répond simplement à une question différente. La portée vous indique quand et comment une évocation peut être prononcée ; la présence vous indique si elle a atteint le cœur une fois formulée.
Le Coran offre une description unique qui réunit ces deux axes en un seul verset — une portée illimitée (« debout, assis, couchés sur leurs côtés » — aucune posture n’est exclue, aucun moment n’est spécifié) immédiatement associée à l’engagement du cœur (la méditation sur les cieux et la terre) :
ٱلَّذِينَ يَذْكُرُونَ ٱللَّهَ قِيَـٰمًا وَقُعُودًا وَعَلَىٰ جُنُوبِهِمْ وَيَتَفَكَّرُونَ فِى خَلْقِ ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ رَبَّنَا مَا خَلَقْتَ هَـٰذَا بَـٰطِلًا سُبْحَـٰنَكَ فَقِنَا عَذَابَ ٱلنَّارِ « Qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : “Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Garde-nous du châtiment du Feu.” » — Sourate Āl ʿImrān, 3:191
C’est la lecture la plus complète de ces deux catégories réunies : une portée sans aucune faille, habitée par un cœur véritablement présent.
Aucune de ces classifications n’est une hiérarchie que l’on gravit une fois pour toutes avant de la laisser derrière soi. Le croyant a besoin de la catégorie ouverte pour remplir les heures ordinaires auxquelles aucune forme d’adoration fixe n’est attachée, et il a besoin de la catégorie restreinte pour ancrer sa journée à ses points charnières — le réveil, la fin de chaque prière, le sommeil. Et dans les deux cas, le but est le même : faire en sorte que le mouvement de la langue rejoigne l’attention du cœur, plutôt que de se contenter de la version la plus légère de l’une ou l’autre catégorie simplement parce qu’elle exige moins d’efforts.
Si vous recherchez la moitié restreinte dans sa formulation complète et transmise — les adhkar du matin, du soir, après chaque prière et pour les moments ordinaires de la journée —, la collection Adhkar de Quran Gallery les propose avec leur traduction, afin que vous puissiez lire exactement ce qui a été dit plutôt qu’une simple paraphrase.
Nous avons veillé à ce que chaque classification ci-dessus soit liée à une page que vous pouvez consulter, plutôt que de vous demander de nous croire sur parole. Si vous trouvez une citation inexacte, signalez-le-nous — nous préférons la corriger plutôt que de la laisser en l’état. Et nous demandons à Allah de faire de notre dhikr, quelle que soit la forme qu’il prenne, une évocation qui touche le cœur et non pas seulement la langue.