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La sourate al-Mulk transforme chaque chose en preuve

La sourate al-Mulk consacre trente versets à construire un argumentaire fondé sur la souveraineté, la précision, l'avertissement et le battement d'ailes d'un oiseau. Une lecture attentive des preuves qu'elle avance, verset par verset.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 10 min

Un oiseau se stabilise face au vent et maintient son altitude sans moteur, sans ordinateur de vol, ni le moindre muscle que l’on pourrait désigner comme suffisant à lui seul pour accomplir cette tâche. Observez-le assez longtemps, et la question cesse d’être purement aérodynamique. La sourate al-Mulk, le soixante-septième chapitre du Coran, pose précisément cette question dans son dix-neuvième verset — et ce n’est là qu’une pièce à conviction parmi tant d’autres dans un dossier bien plus vaste.

La sourate compte trente versets, ce qui est assez court pour être récité en quelques minutes, et chacun d’eux accomplit la même fonction : accumuler des preuves pour étayer une affirmation unique formulée dès la première ligne. La royauté — al-mulk (ٱلْمُلْكُ), la souveraineté et la possession absolue — appartient à Allah seul. Ce qui suit n’est pas un simple ornement autour de cette affirmation. C’est l’argumentaire lui-même, qui s’articule autour de la création, de la mort, du feu, des oiseaux et de l’eau, dans cet ordre.

تَبَـٰرَكَ ٱلَّذِى بِيَدِهِ ٱلْمُلْكُ وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ

Béni soit Celui qui détient la royauté dans Sa main, et Il est Omnipotent.

— Sourate al-Mulk, 67:1

La sourate s’ouvre sur le verdict, sans aucun préambule. La royauté n’est ni partagée, ni déléguée, ni contestée — elle repose entièrement entre les mains d’un seul. Tout ce qui existe, dans ce monde et au-delà, est possédé et gouverné par cette même autorité qui inaugure le chapitre.

ٱلَّذِى خَلَقَ ٱلْمَوْتَ وَٱلْحَيَوٰةَ لِيَبْلُوَكُمْ أَيُّكُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا ۚ وَهُوَ ٱلْعَزِيزُ ٱلْغَفُورُ

C’est Lui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de savoir qui de vous œuvre le mieux. C’est Lui le Tout-Puissant, le Pardonneur.

— Sourate al-Mulk, 67:2

Remarquez le mot choisi par le verset : le mieux, et non le plus. L’épreuve ne consiste pas à savoir qui a accumulé le plus grand volume de prières, d’aumônes ou de récitations — il s’agit de savoir qui a agi avec le plus de sincérité et de justesse. Un croyant qui en a fait moins, mais avec un cœur apaisé et une intention droite, a réussi une épreuve à laquelle a échoué celui qui en a fait davantage mais avec négligence. Il convient de s’attarder sur cette distinction avant de poursuivre la lecture de la sourate, car tout ce qui suit présuppose que nous avons compris ce que le mot « mieux » évalue.

ٱلَّذِى خَلَقَ سَبْعَ سَمَـٰوَٰتٍ طِبَاقًا ۖ مَّا تَرَىٰ فِى خَلْقِ ٱلرَّحْمَـٰنِ مِن تَفَـٰوُتٍ ۖ فَٱرْجِعِ ٱلْبَصَرَ هَلْ تَرَىٰ مِن فُطُورٍ

Celui qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux. Ramène sur elle le regard : y vois-tu une faille ?

— Sourate al-Mulk, 67:3

ثُمَّ ٱرْجِعِ ٱلْبَصَرَ كَرَّتَيْنِ يَنقَلِبْ إِلَيْكَ ٱلْبَصَرُ خَاسِئًا وَهُوَ حَسِيرٌ

Puis, retourne ton regard à deux reprises : le regard te reviendra humilié et las.

— Sourate al-Mulk, 67:4

Le verset ne se contente pas d’affirmer que la création est sans défaut. Il donne une instruction — ramène le regard — puis une seconde, retourne ton regard à deux reprises. L’affirmation est volontairement réfutable : allez-y, essayez de trouver la jointure, la faille, l’incohérence. Le mot arabe pour cette faille, fuṭūr (فُطُورٍ), partage la même racine utilisée ailleurs dans le Coran pour désigner une fissure ou une rupture dans ce qui devrait être intact. L’invitation n’est pas rhétorique. C’est un défi permanent que tout observateur, à n’importe quelle époque, peut relever simplement en sortant et en levant les yeux au ciel.

وَلِلَّذِينَ كَفَرُوا۟ بِرَبِّهِمْ عَذَابُ جَهَنَّمَ ۖ وَبِئْسَ ٱلْمَصِيرُ

Ceux qui ont mécru en leur Seigneur auront le châtiment de l’Enfer — et quelle mauvaise destination !

— Sourate al-Mulk, 67:6

إِذَآ أُلْقُوا۟ فِيهَا سَمِعُوا۟ لَهَا شَهِيقًا وَهِىَ تَفُورُ

Quand ils y sont jetés, ils lui entendent un gémissement, tandis qu’il bouillonne.

— Sourate al-Mulk, 67:7

تَكَادُ تَمَيَّزُ مِنَ ٱلْغَيْظِ ۖ كُلَّمَآ أُلْقِىَ فِيهَا فَوْجٌ سَأَلَهُمْ خَزَنَتُهَآ أَلَمْ يَأْتِكُمْ نَذِيرٌ

Peu s’en faut qu’il n’éclate de rage. Toutes les fois qu’un groupe y est jeté, ses gardiens leur demandent : « Aucun avertisseur ne vous est-il venu ? »

— Sourate al-Mulk, 67:8

قَالُوا۟ بَلَىٰ قَدْ جَآءَنَا نَذِيرٌ فَكَذَّبْنَا وَقُلْنَا مَا نَزَّلَ ٱللَّهُ مِن شَىْءٍ إِنْ أَنتُمْ إِلَّا فِى ضَلَـٰلٍ كَبِيرٍ

Ils diront : « Mais si, un avertisseur nous était venu, mais nous l’avons traité de menteur et avons dit : Allah n’a rien fait descendre ; vous n’êtes que dans un grand égarement. »

— Sourate al-Mulk, 67:9

Ce qui frappe dans cet échange, c’est l’ordre des choses. Avant toute chose, les gardiens de l’Enfer s’enquièrent de l’avertissement — non pas du péché, ni de la mécréance en elle-même, mais de savoir si un avertisseur les a d’abord atteints. La réponse des damnés n’est pas « personne ne nous l’a dit ». C’est « quelqu’un nous l’a dit, et nous l’avons traité de menteur ». La sourate met en évidence la justice avant même de parler de châtiment : l’issue décrite ici a été précédée d’un message, et le rejet de ce message fut un choix fait en toute connaissance de cause.

أَوَلَمْ يَرَوْا۟ إِلَى ٱلطَّيْرِ فَوْقَهُمْ صَـٰٓفَّـٰتٍ وَيَقْبِضْنَ ۚ مَا يُمْسِكُهُنَّ إِلَّا ٱلرَّحْمَـٰنُ ۚ إِنَّهُۥ بِكُلِّ شَىْءٍۭ بَصِيرٌ

N’ont-ils pas vu les oiseaux au-dessus d’eux, déployant et repliant leurs ailes ? Seul le Tout Miséricordieux les maintient en l’air ; Il est Clairvoyant sur toute chose.

— Sourate al-Mulk, 67:19

Le verset ne nous demande pas d’étudier l’ornithologie. Il nous invite à remarquer une chose que nous voyons constamment et que nous avons cessé de remettre en question. Les ailes d’un oiseau se déploient, se replient, se déploient à nouveau, et entre chaque mouvement, il y a un instant où rien de visible ne le soutient. Le Coran nomme délibérément l’attribut unique qui accomplit cette œuvre : al-Raḥmān, le Tout Miséricordieux. Cette même miséricorde qui maintient un oiseau en vol est celle que le reste de la sourate nous demande de reconnaître en toute chose.

C’est aussi le verset sur lequel on risque le plus de passer sans s’y attarder, car un oiseau en vol n’a rien de rare. C’est précisément pour cela qu’il a été choisi. La sourate a déjà pris le ciel à témoin, et elle aurait pu recourir à un phénomène plus manifestement spectaculaire — une comète, une éclipse, une tempête. Au lieu de cela, elle pointe du doigt un pigeon sur un fil. Les preuves qui exigent de voyager pour être vues sont faciles à remettre à « un de ces jours ». Celles qui se trouvent juste derrière notre fenêtre ne nous laissent aucune excuse.

قُلْ أَرَءَيْتُمْ إِنْ أَصْبَحَ مَآؤُكُمْ غَوْرًا فَمَن يَأْتِيكُم بِمَآءٍ مَّعِينٍۭ

Dis : « Que vous en semble ? Si votre eau était absorbée au plus profond de la terre, qui donc vous apporterait une eau de source ? »

— Sourate al-Mulk, 67:30

La sourate al-Mulk clôt son argumentaire sur la ressource pour laquelle nous sommes le moins enclins à remercier qui que ce soit : l’eau qui coule simplement lorsqu’on ouvre un robinet. Le verset ne décrit ni famine ni sécheresse en guise de châtiment. Il pose une seule question, en toute simplicité : si la nappe phréatique s’effondrait demain, quelle ingénierie pourrait y remédier ? La réponse honnête est qu’aucun pipeline, aucun puits ni aucune usine de dessalement ne crée de l’eau ; toutes ces infrastructures ne font que déplacer une eau qui existe déjà. Le verset n’est pas anti-technologie. Il demande qui est responsable du fait qu’il y ait, à l’origine, quelque chose à déplacer.

La confiance en Dieu, dans le vocabulaire même de la sourate, n’est pas un état d’âme. C’est la conclusion tirée d’un constat : remontez suffisamment loin à la source de n’importe quel confort, et la piste s’arrête sur une chose que personne n’a fabriquée. La pluie, les nappes aquifères, les rivières alimentées par la fonte des neiges sur des montagnes que nul n’a bâties : tout cela coulait déjà avant que le premier puits ne soit creusé. Conclure l’argumentaire ici, sur une chose aussi ordinaire, est délibéré. Cela signifie que la nécessité de la gratitude n’attend pas qu’une crise survienne pour devenir évidente ; elle était déjà là la dernière fois qu’un robinet a été ouvert.

Lisez les six passages ci-dessus à la suite, et un schéma se dessine, qu’il est facile de manquer en lisant verset par verset. Chaque preuve est une chose ordinaire — un ciel, un feu, un oiseau, un puits — et à chaque fois, la sourate ne se contente pas de la présenter pour passer à autre chose. Elle donne une instruction : ramène le regard, dis, n’ont-ils pas vu. La preuve n’a jamais pour but de rester un simple fait que l’on reconnaît et que l’on classe. Elle est censée susciter une réaction.

Il convient de le dire clairement, car il est facile de lire un tel chapitre comme une poésie sur la nature et de s’en arrêter là. Les sept cieux ne sont pas présentés pour que nous en admirions la symétrie. Le puits tari n’est pas évoqué pour que nous appréciions la plomberie. Tous deux sont mis en avant pour que nous remarquions à quel point ce qui nous maintient en vie ne nous a jamais appartenu, et pour que nous agissions en conséquence — avec une gratitude qui se manifeste dans l’adoration, et non par un simple sentiment. Un croyant qui lit trente versets de preuves accumulées et referme la page sans avoir changé a lu la sourate comme on lit un bulletin météo.

Deux hadiths dans le Jāmiʿ al-Tirmidhī décrivent ce que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) faisait avec ce chapitre en particulier, et les effets rapportés de sa récitation. Le premier consigne cette habitude :

كَانَ لَا يَنَامُ حَتَّى يَقْرَأَ الم تَنْزِيلُ وَتَبَارَكَ الَّذِي بِيَدِهِ الْمُلْكُ

Il ne s’endormait pas avant d’avoir récité Alif-Lām-Mīm — La Prosternation [Sourate al-Sajdah] — et Tabārak, Celui qui détient la royauté dans Sa main [Sourate al-Mulk].

— Jāmiʿ al-Tirmidhī, page 5/161 de l’édition imprimée de . Les éditeurs de cette impression évaluent le hadith comme ṣaḥīḥ dans son ensemble, tout en notant que cette chaîne de transmission particulière passe par un narrateur qui est faible en soi et ne tient que parce qu’une seconde voie le corrobore.

Le second avance un chiffre :

إِنَّ سُورَةً مِنَ الْقُرْآنِ ثَلَاثُونَ آيَةً شَفَعَتْ لِرَجُلٍ حَتَّى غُفِرَ لَهُ وَهِيَ تَبَارَكَ الَّذِي بِيَدِهِ الْمُلْكُ

Une sourate du Coran, de trente versets, a intercédé en faveur d’un homme jusqu’à ce qu’il soit pardonné — c’est Tabārak, Celui qui détient la royauté dans Sa main.

— Jāmiʿ al-Tirmidhī, page 5/160 de l’édition imprimée de , qualifié de ḥasan par les éditeurs.

Une troisième narration, rapportée par le Compagnon ʿAbdullāh b. Masʿūd, donne à la sourate un nom issu de cette génération :

مَنْ قَرَأَ تَبَارَكَ الَّذِي بِيَدِهِ الْمُلْكُ كُلَّ لَيْلَةٍ مَنَعَهُ اللهُ بِهَا مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ، وَكُنَّا فِي عَهْدِ رَسُولِ اللهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ نُسَمِّيهَا الْمَانِعَةَ، وَإِنَّهَا فِي كِتَابِ اللهِ سُورَةٌ مَنْ قَرَأَ بِهَا فِي كُلِّ لَيْلَةٍ فَقَدْ أَكْثَرَ وَأَطَابَ

Quiconque récite Tabārak, Celui qui détient la royauté dans Sa main, chaque nuit, Allah le protège par elle du châtiment de la tombe. À l’époque du Messager d’Allah (paix sur lui), nous l’appelions al-māniʿah (الْمَانِعَة) — la protectrice. C’est une sourate du Livre d’Allah : quiconque la récite chaque nuit a beaucoup œuvré, et l’a bien fait.

— al-Nasāʾī, al-Sunan al-Kubrā, page 9/262 de l’édition imprimée de . Cette édition imprime le hadith à cet emplacement sans note d’évaluation l’accompagnant, nous le citons donc sans en emprunter une ailleurs.

Lisez les trois ensemble et le schéma correspond à la méthode même de la sourate : elle ne se contente pas d’affirmer un résultat, elle vous fournit un mécanisme. Une récitation avant de dormir, trente versets qui se dressent comme intercession, un nom — al-māniʿah — qu’une génération de Compagnons du Prophète utilisait parce qu’ils avaient déjà constaté les effets de cette récitation sur eux. Rien de tout cela ne requiert moins d’attention que le ciel ou les oiseaux. Cela demande simplement que cette habitude soit traitée comme une preuve, au même titre que le reste de la sourate.

La sourate al-Mulk ne demande pas à être admirée. Elle demande à être récitée, confrontée au ciel et aux oiseaux derrière votre propre fenêtre, puis mise en pratique avant de dormir. Lisez-la, ou commencez à lire le muṣḥaf dans son ensemble, sur /quran. Si quoi que ce soit ci-dessus interprète mal un verset ou une narration, dites-le-nous — nous préférons être corrigés plutôt que de laisser subsister une erreur. Puisse Allah nous compter parmi ceux pour qui cette sourate intercède, et nous protéger, dans cette vie et dans la tombe, par Sa miséricorde.