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Tous les jours ne se valent pas : les dix qui ne nécessitent aucun voyage
Le Coran prête serment par dix nuits spécifiques, qualifie une nuit de meilleure que mille mois, et désigne une heure qui surpasse le reste du vendredi. La Révélation ne traite pas le temps de manière uniforme — et les dix jours qui commencent maintenant sont l'exemple le plus proche d'un modèle qui traverse tout le calendrier.
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- The Quran Gallery team
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Une heure d’horloge compte soixante minutes, peu importe le moment où elle s’écoule. Un jour compte vingt-quatre heures, qu’il s’agisse d’un mardi de février ou du neuvième jour de Dhū al-Ḥijjah. C’est vrai pour l’horloge. Mais ce n’est pas vrai selon ce que le Coran et le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) disent de ce qui se passe à l’intérieur de ces heures.
La Révélation est précise à ce sujet, d’une manière qu’il est facile de survoler. Elle ne se contente pas de dire, de façon générale, que l’adoration est bonne et que le péché est mauvais, en laissant le temps de côté. Elle désigne certains mois comme ayant plus de poids que les onze autres, certaines nuits comme surpassant mille mois de temps ordinaire, et une heure particulière au sein d’un vendredi ordinaire comme étant différente des vingt-trois autres. Les dix jours qui commencent maintenant sont un exemple de ce modèle — ils n’en sont pas la totalité, et ne nécessitent aucun passeport pour y accéder.
Ibn Rajab al-Ḥanbalī ouvre son livre sur les saisons spirituelles de l’année en exposant ce modèle avant même d’en nommer une seule. Allah, écrit-il, a privilégié certains mois par rapport à d’autres, ainsi que certains jours et certaines nuits, exactement de la même manière qu’Il a privilégié certains actes d’adoration par rapport à d’autres :
وجَعَلَ اللهُ سبحانَهُ لبعضِ الشُّهورِ فضلًا على بعضٍ... كما جَعَلَ الأيَّامَ واللياليَ بعضَها أفضلَ مِن بعضٍ، وجَعَلَ ليلةَ القَدْرِ خيرًا مِن ألفِ شهرٍ، وأقْسَمَ بالعَشْرِ - وهوَ عشرُ ذي الحِجَّةِ على الصَّحيحِ... Allah, exalté soit-Il, a accordé à certains mois une précellence sur d’autres… tout comme Il a rendu certains jours et certaines nuits meilleurs que d’autres, a fait de la Nuit du Destin une nuit meilleure que mille mois, et a prêté serment par « les dix » — qui sont, selon l’avis le plus juste, les dix jours de Dhū al-Ḥijjah…
— Lat̤āʾif al-Maʿārif, page imprimée 40 de l’édition .
Ce dernier détail mérite qu’on s’y attarde : un serment. Lorsque le Coran jure par une chose — le soleil, la plume, le figuier — il attire l’attention sur elle, il ne décore pas une phrase. Sūrat al-Fajr s’ouvre précisément sur ce type de serment, et l’une des choses par lesquelles il est juré est un ensemble de dix nuits :
وَٱلْفَجْرِ وَلَيَالٍ عَشْرٍ Par l’aube, et par dix nuits.
Ibn Rajab comprend « les dix » comme étant les dix jours de Dhū al-Ḥijjah, et affirme qu’il s’agit de l’avis le plus juste parmi ceux qui ont été transmis — d’autres exégètes des premiers temps ont suggéré les dix dernières nuits de Ramaḍān ou les dix premières de Muḥarram. Ce désaccord lui-même prouve à quel point l’idée selon laquelle certaines nuits méritent d’être nommées spécifiquement, et pas seulement les mois en général, est ancienne.
Les mois présentent cette même disparité à plus grande échelle. Le Coran compte douze mois dans l’année, puis en désigne explicitement quatre comme sacrés :
إِنَّ عِدَّةَ ٱلشُّهُورِ عِندَ ٱللَّهِ ٱثْنَا عَشَرَ شَهْرًا فِى كِتَـٰبِ ٱللَّهِ يَوْمَ خَلَقَ ٱلسَّمَـٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضَ مِنْهَآ أَرْبَعَةٌ حُرُمٌ ۚ ذَٰلِكَ ٱلدِّينُ ٱلْقَيِّمُ ۚ فَلَا تَظْلِمُوا۟ فِيهِنَّ أَنفُسَكُمْ … Le nombre des mois, auprès d’Allah, est de douze mois dans le registre d’Allah, le jour où Il a créé les cieux et la terre ; parmi eux, quatre sont sacrés. Telle est la religion droite, ne vous faites donc pas de tort à vous-mêmes durant ces mois…
Dhū al-Ḥijjah est l’un de ces quatre mois. Son caractère sacré n’est pas une nouveauté apportée par ces dix jours — c’est une propriété du mois tout entier, et les dix jours s’y inscrivent comme le point culminant d’une période déjà élevée.
Si ce modèle ne s’appliquait qu’à l’échelle des mois, il serait facile de le classer comme une ancienne particularité du calendrier sans incidence sur une semaine ordinaire. Mais cela ne s’arrête pas là. Le Coran met en évidence une nuit spécifique — non pas un mois, mais une seule nuit — et énonce sa valeur à travers une comparaison conçue pour être impossible à minimiser :
لَيْلَةُ ٱلْقَدْرِ خَيْرٌ مِّنْ أَلْفِ شَهْرٍ La Nuit du Destin est meilleure que mille mois.
Mille mois représentent plus de quatre-vingts ans — soit plus que la durée d’une vie entière d’adoration pour la plupart des gens — surpassés par une seule nuit. Ce n’est pas une mince disparité. Et elle se répète à une échelle bien plus petite qu’une nuit entière. Abū Hurayrah a rapporté que le Prophète (que la paix soit sur lui) a décrit un événement qui se reproduit non pas une fois par an, mais chaque nuit, peu importe la saison ou le nom du mois :
يَنْزِلُ رَبُّنَا ﵎ كُلَّ لَيْلَةٍ إِلَى السَّمَاءِ الدُّنْيَا حِينَ يَبْقَى ثُلُثُ اللَّيْلِ الْآخِرُ، يَقُولُ: مَنْ يَدْعُونِي فَأَسْتَجِيبَ لَهُ، مَنْ يَسْأَلُنِي فَأُعْطِيَهُ، مَنْ يَسْتَغْفِرُنِي فَأَغْفِرَ لَهُ Notre Seigneur descend chaque nuit au ciel le plus bas, lorsqu’il ne reste que le dernier tiers de la nuit, et dit : Qui M’invoque, que Je l’exauce ? Qui Me demande, que Je lui donne ? Qui implore Mon pardon, que Je lui pardonne ?
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 2/53 de l’édition , hadith 1145, rapporté par Abū Hurayrah.
Rien dans cette heure ne dépend du mois hégirien. Elle est accessible un mardi ordinaire d’une semaine ordinaire, exactement comme elle l’est cette nuit. La disparité que le Coran souligne à l’échelle d’une année, ce hadith la souligne à l’échelle d’une seule rotation de la Terre.
Le modèle se resserre encore une fois, pour se concentrer sur une seule semaine, et une seule heure à l’intérieur de celle-ci. Le Prophète (que la paix soit sur lui) a dit à ses compagnons qu’il y a un moment le vendredi — il n’a pas précisé quand, indiquant seulement d’un geste de la main qu’il était bref — durant lequel une demande formulée debout en prière n’est pas refusée :
أَنَّ رَسُولَ اللهِ ذَكَرَ يَوْمَ الْجُمُعَةِ فَقَالَ: فِيهِ سَاعَةٌ لَا يُوَافِقُهَا عَبْدٌ مُسْلِمٌ، وَهُوَ قَائِمٌ يُصَلِّي، يَسْأَلُ اللهَ تَعَالَى شَيْئًا، إِلَّا أَعْطَاهُ إِيَّاهُ Le Messager d’Allah a mentionné le jour du vendredi et a dit : Il s’y trouve une heure durant laquelle aucun serviteur musulman ne se tient en prière et ne demande quelque chose à Allah, exalté soit-Il, sans qu’Il ne la lui accorde.
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 2/13 de l’édition , hadith 935, rapporté par Abū Hurayrah.
En suivant cette échelle descendante, une structure se dessine : une année comporte des mois qui surpassent les autres, un mois comporte des nuits qui surpassent les autres, une nuit comporte un tiers qui surpasse le reste, et même une semaine isolée possède une heure qui surpasse le reste de ses jours. Aucun de ces moments ne s’obtient par le voyage. Aucun d’eux ne nécessite de se rendre quelque part. Ils arrivent selon leur propre calendrier, dans la pièce même où le lecteur est déjà assis.
Un lecteur pourrait considérer tout ce qui précède comme un fait intéressant sur la structure de la Révélation et s’en arrêter là. Ibn Rajab ne laisse pas ce passage se limiter à une simple description. Après avoir exposé ce modèle, il en tire la conclusion vers laquelle il tend :
وما مِن هذهِ المواسمِ الفاضلةِ موسمٌ إلَّا وللهِ تَعالى فيهِ وظيفةٌ مِن وظائفِ طاعاتِهِ يُتَقَرَّبُ بها إليه... فالسَّعيدُ مَنِ اغْتَنَمَ مواسمَ الشُّهورِ والأيَّامِ والسَّاعات، وتَقَرَّبَ فيها إلى مولاهُ بما فيها مِن وظائفِ الطَّاعات Pas une seule de ces saisons d’excellence ne s’écoule sans qu’Allah, exalté soit-Il, n’y ait assigné un devoir d’obéissance par lequel on cherche à se rapprocher de Lui… Le bienheureux est donc celui qui saisit les saisons des mois, des jours et des heures, et qui s’y rapproche de son Maître par les devoirs d’obéissance qui s’y trouvent.
— Lat̤āʾif al-Maʿārif, page imprimée 40 de l’édition .
Les mois, les jours et les heures — sa propre expression couvre les trois niveaux que ce modèle a déjà traversés. Le mot « saisit » est délibéré. Une saison qui revient selon son propre calendrier n’est pas quelque chose que l’on attend de ressentir ; le dernier tiers de cette nuit passera, que quelqu’un se soit levé pour prier ou non, et l’heure du vendredi s’achèvera, que quelqu’un ait prié durant celle-ci ou non. La réponse qu’exige ce modèle n’est pas l’admiration. C’est d’être présent à l’heure.
Tout ce qui précède prépare une affirmation unique et spécifique concernant les jours qui s’annoncent. On a directement demandé au Prophète (que la paix soit sur lui) si une quelconque saison de bonnes actions surpassait ces dix jours — jihād inclus — et il a donné une réponse qui ne définit ces dix jours que par comparaison à eux-mêmes :
مَا الْعَمَلُ فِي أَيَّامِ الْعَشْرِ أَفْضَلَ مِنَ الْعَمَلِ فِي هَذِهِ. قَالُوا: وَلَا الْجِهَادُ؟ قَالَ: وَلَا الْجِهَادُ، إِلَّا رَجُلٌ خَرَجَ يُخَاطِرُ بِنَفْسِهِ وَمَالِهِ فَلَمْ يَرْجِعْ بِشَيْءٍ Aucune œuvre accomplie en d’autres jours n’est meilleure qu’une œuvre accomplie durant ceux-ci. Ils dirent : Pas même le jihād ? Il répondit : Pas même le jihād — à l’exception d’un homme qui est sorti en risquant sa vie et ses biens et n’en est revenu avec rien.
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 2/20 de l’édition , hadith 969, rapporté par Ibn ʿAbbās.
Ce récit a pleinement sa place dans un article traitant de la manière de remplir ces dix jours — le jeûne, le takbīr, et les actes spécifiques que les savants en ont tirés constituent un sujet à part entière et méritent d’être traités séparément plutôt que dans un simple paragraphe ici. Le propos de cet article est plus ciblé : ces dix jours ne sont pas une exception à la règle. Ils sont l’exemple le plus proche d’un modèle que le calendrier suit depuis que les mois sacrés ont été nommés, ce même modèle qui place une nuit valant plus de quatre-vingts ans au sein d’un mois, et une heure où les invocations sont exaucées au sein d’un vendredi ordinaire. C’est en reconnaissant cela que l’on évite de percevoir ces dix jours comme une obligation isolée, surgissant une fois par an sans raison apparente.
C’est aussi, cette année, le moment où ce modèle inclut des personnes à qui il ne demande rien de difficile. Ailleurs, en ce moment même, des gens font leurs bagages pour prendre la route de La Mecque, entrent en état de sacralisation et se préparent à stationner à ʿArafah le neuvième jour. C’est un véritable voyage, soumis à de réelles conditions — moyens financiers, santé, distance — que la plupart des personnes lisant ces lignes ne remplissent pas actuellement. Rien de ce qui précède n’exigeait tout cela. Le dernier tiers de cette nuit n’a pas demandé de visa. L’heure du vendredi n’a pas exigé d’économies. Et les dix jours qui commencent maintenant n’en demandent pas non plus. Quoi qu’en fasse un lecteur qui ne voyage nulle part en ce mois de Dhū al-Ḥijjah, il l’accomplira exactement depuis l’endroit où il se trouve déjà.
Si quoi que ce soit dans ce qui précède est erroné — une traduction qui perd le sens de l’arabe, une page qui ne dit pas ce que nous affirmons qu’elle dit, une affirmation poussée plus loin que sa source ne le permet — dites-le-nous. Nous préférons être corrigés plutôt que de rester dans l’erreur.
Puisse Allah ﷻ ne laisser aucune de ces saisons nous échapper sans que nous y prêtions attention, et faire en sorte que celle-ci, où que nous soyons, nous trouve en train de la saisir plutôt que de nous contenter d’en lire des articles.