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Les jours comptés : Jusqu'où s'étend un seul commandement d'invoquer Allah
Un verset parmi les instructions du Hajj dans le Coran s'adresse à chaque lecteur, et non pas seulement au pèlerin : invoquez Allah pendant les jours comptés. Les commentateurs classiques ont consacré de réels efforts à deux questions — de quels trois jours il s'agit, et jusqu'où cette invocation devait s'étendre — et leurs réponses voyagent très bien sans billet d'avion.
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- The Quran Gallery team
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Quiconque observe cette saison sans billet d’avion a déjà accompli la partie la plus visible : le takbīr prononcé dans les jours précédant le neuvième, un qurbānī organisé à distance, une prière de l’Aïd à la mosquée locale. Ce qui suit dans le calendrier du Hajj, les trois jours qu’un pèlerin passe sous une tente à Minā, peut sembler de l’extérieur appartenir entièrement à l’itinéraire de quelqu’un d’autre. Un verset affirme le contraire, et rien dans celui-ci ne dépend de l’endroit où se trouve le lecteur :
۞ وَٱذْكُرُوا۟ ٱللَّهَ فِىٓ أَيَّامٍ مَّعْدُودَٰتٍ ۚ فَمَن تَعَجَّلَ فِى يَوْمَيْنِ فَلَآ إِثْمَ عَلَيْهِ وَمَن تَأَخَّرَ فَلَآ إِثْمَ عَلَيْهِ ۚ لِمَنِ ٱتَّقَىٰ ۗ وَٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَٱعْلَمُوٓا۟ أَنَّكُمْ إِلَيْهِ تُحْشَرُونَ Et invoquez Allah pendant un nombre de jours déterminés. Ensuite, il n’y a pas de péché, pour qui se hâte de partir en deux jours, à le faire ; et il n’y a pas de péché, pour qui retarde son départ, à le faire — pour celui qui craint Allah. Et craignez Allah, et sachez que c’est vers Lui que vous serez rassemblés.
Deux propositions de ce verset sont l’affaire exclusive du pèlerin : qu’il s’agisse de quitter Minā après deux jours ou d’y rester pour un troisième. La proposition d’ouverture ne l’est pas. « Et invoquez Allah pendant un nombre de jours déterminés » ne nomme aucun rite, aucun lieu, rien que seule une personne à Minā pourrait accomplir. Les commentateurs qui se sont penchés sur ce verset ont pris cette simplicité au sérieux, en abordant deux questions distinctes : de quels jours il s’agit exactement, et quelle part de l’injonction « invoquez Allah » ils étaient prêts à laisser telle quelle.
Le Coran utilise deux mots différents pour désigner deux périodes distinctes de Dhū al-Ḥijjah, et la nuance est facile à perdre. Ibn Kathīr rapporte cette identification de manière explicite, d’après le Compagnon vers lequel la tradition exégétique se tourne en premier pour ce verset :
قال ابن عباس: الأيام المعدودات أيام التشريق، والأيام المعلومات أيام العشر Ibn ʿAbbās a dit : les jours comptés sont les jours de Tashrīq, et les jours connus sont les dix [premiers].
— Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 2/124 de l’édition . La note des éditeurs jointe à ce récit confirme qu’al-Ṭabarī transmet la première moitié — les jours comptés comme étant les jours de Tashrīq — par une chaîne authentique via Saʿīd ibn Jubayr d’après Ibn ʿAbbās ; l’association avec les jours connus des dix premiers n’est pas rapportée par cette même chaîne.
Le propre tafsīr d’al-Ṭabarī parvient indépendamment à la même identification, et intègre le contenu de cette invocation dans la même phrase :
اذكُرُوا اللَّهَ بالتوحيدِ والتعظيمِ في أيامٍ مَحْصِيّاتٍ، وهُنَّ أيامُ رَمْيِ الجِمارِ، أمَر عبادَه يومئذٍ بالتكبيرِ أدبارَ الصلَواتِ، وعندَ الرَّمْيِ مع كلِّ حصاةٍ من حَصَى الجِمارِ يُرْمى بها جَمْرةٌ من الجِمارِ Invoquez Allah, en affirmant Son unicité et en L’exaltant, pendant des jours qui sont comptés — et ce sont les jours du jet de cailloux. Il a ordonné à Ses serviteurs, ces jours-là, de prononcer le takbīr à la suite des prières, et lors du jet, avec chaque caillou lancé sur une jamrah.
— Tafsīr al-Ṭabarī, page imprimée 3/549 de l’édition .
Ṭabarī nomme deux contextes pour le takbīr dans un même souffle, et un seul d’entre eux appartient au pèlerin. Les cailloux sont jetés à Minā ou nulle part ailleurs. Le takbīr prononcé après une prière farḍ n’est lié à aucun lieu : il est lié à une prière, et une prière s’accomplit là où se trouve la personne qui prie.
L’explication de Ṭabarī est sa propre voix explicative, et non un récit qu’il évalue. La page d’Ibn Kathīr préserve une seconde voie menant à une lecture identique, attribuée à ʿIkrimah, et celle-ci est accompagnée d’un isnād que les éditeurs sont prêts à juger :
وقال عكرمة: ﴿وَاذْكُرُوا اللَّهَ فِي أَيَّامٍ مَعْدُودَاتٍ﴾ يعني: التكبير أيام التشريق بعد الصلوات المكتوبات: الله أكبر الله أكبر ʿIkrimah a dit : « Et invoquez Allah pendant un nombre de jours déterminés » désigne le takbīr pendant les jours de Tashrīq après les prières obligatoires — Allāhu akbar, Allāhu akbar.
— Tafsīr Ibn Kathīr, page imprimée 2/124 de l’édition . La même note de bas de page qui évalue le récit d’Ibn ʿAbbās évalue également celui-ci, et ne l’épargne pas : la chaîne passe par al-Ḥakam ibn Abān d’après ʿIkrimah et est qualifiée de faible.
Il vaut la peine de l’affirmer clairement plutôt que de passer outre. L’un des deux commentateurs liant ce verset au takbīr après la prière nous parvient par une chaîne dont les éditeurs ne se portent pas garants. Ce qui survit à cette honnêteté, c’est que la propre lecture de Ṭabarī — qui n’est pas rapportée, et ne comporte aucune chaîne à évaluer — aboutit de toute façon au même contenu. Deux voies indépendantes menant au « takbīr après les prières obligatoires », de force inégale, ce n’est pas rien.
La formulation la plus couramment transmise pour ce takbīr provient de ʿAbdullāh ibn Masʿūd :
اللَّهُ أَكْبَرُ، اللَّهُ أَكْبَرُ، لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ، وَاللَّهُ أَكْبَرُ، اللَّهُ أَكْبَرُ، وَلِلَّهِ الْحَمْدُ Allah est le plus grand, Allah est le plus grand. Il n’y a de dieu qu’Allah. Allah est le plus grand, Allah est le plus grand, et à Allah appartient toute louange.
— al-Muṣannaf d’Ibn Abī Shaybah, page imprimée 1/490 de l’édition , récit 5651, consignant qu’Ibn Masʿūd avait l’habitude de dire cela pendant les jours de Tashrīq.
Voilà la forme de ce que les exégètes lisent dans « invoquez Allah » pour quelqu’un qui ne verra jamais Minā : cinq mots répétés après chacune des cinq prières, pendant trois jours, quel que soit l’endroit où ces prières sont accomplies.
Le Coran fixe un autre rendez-vous avec l’invocation durant cette saison, et il est facile de le confondre avec celui-ci. Plus tôt dans le même ensemble d’instructions, un jour différent est décrit :
لِّيَشْهَدُوا۟ مَنَـٰفِعَ لَهُمْ وَيَذْكُرُوا۟ ٱسْمَ ٱللَّهِ فِىٓ أَيَّامٍ مَّعْلُومَـٰتٍ عَلَىٰ مَا رَزَقَهُم مِّنۢ بَهِيمَةِ ٱلْأَنْعَـٰمِ ۖ فَكُلُوا۟ مِنْهَا وَأَطْعِمُوا۟ ٱلْبَآئِسَ ٱلْفَقِيرَ Pour participer aux avantages qui leur ont été accordés et pour invoquer le nom d’Allah aux jours bien connus, sur la bête de cheptel qu’Il leur a attribuée. Mangez-en vous-mêmes et faites-en manger le besogneux misérable.
Il s’agit des « jours connus » de l’association faite par Ibn ʿAbbās, et son dhikr est assorti d’une condition : le nom d’Allah, prononcé sur un animal. Ṭabarī utilise précisément cette condition pour affirmer que le dhikr des jours comptés est une chose différente et plus vaste :
لأن اللَّهَ لم يكنْ يُوجبُ في الأيامِ المعلوماتِ مِن ذِكْرِه فيها ما أَوْجب في الأيامِ المعدوداتِ، وإنما وصَف المعلوماتِ جل ذكرُه بأنها أيامٌ يُذْكَرُ فيها اسمُ اللَّهِ على بهائمِ الأنعامِ Car Allah n’a pas rendu obligatoire, concernant les jours connus, la même invocation qu’Il a rendue obligatoire concernant les jours comptés ; Il a décrit les jours connus uniquement comme des jours où le nom d’Allah est prononcé sur les bêtes de cheptel.
— Tafsīr al-Ṭabarī, page imprimée 3/556 de l’édition .
Il s’appuie ensuite sur la manière dont le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a lui-même décrit les jours de Tashrīq, par l’intermédiaire de Nubayshah al-Hudhalī :
إنَّ هذه الأيامَ أيّامُ أكْلٍ وشُربٍ وذِكْرِ اللَّهِ Ces jours sont des jours pour manger, boire et invoquer Allah.
— Tafsīr al-Ṭabarī, page imprimée 3/554 de l’édition .
Remarquez ce que cette phrase ne dit pas. Elle ne dit pas « invoquer Allah sur ce que vous mangez », ni ne lie le dhikr à un animal abattu comme le fait le verset 22:28. Ṭabarī considère cette absence comme un argument, et non comme un accident de formulation :
فكان ذلك من أوضحِ الدليلِ على أنه عَنَى بذلك ما ذكَره اللَّهُ في كتابِه وأَوْجَبه في الأيامِ المعدوداتِ C’est là l’une des preuves les plus claires que par cela, il entendait ce qu’Allah mentionne dans Son Livre et a rendu obligatoire pendant les jours comptés.
— Tafsīr al-Ṭabarī, page imprimée 3/556 de l’édition .
Le raisonnement est précis et mérite d’être suivi attentivement. Deux versets, deux périodes rapprochées, deux commandements d’« invoquer » — et l’un d’eux est assorti d’une condition (un animal, un nom prononcé sur lui) tandis que l’autre ne l’est pas. Lorsque le Prophète a décrit les jours de Tashrīq, il a utilisé la version inconditionnelle du mot. Ṭabarī y voit une confirmation, et non une coïncidence : c’est bien le dhikr que le Coran désignait par « jours comptés », et il n’a jamais été une chose moindre greffée sur le dos d’un sacrifice.
C’est aussi pourquoi le troisième mot dans la phrase du Prophète n’est pas une concession rattachée aux deux autres. Relisez la phrase : manger, boire et invoquer Allah, nommés ensemble, sur un pied d’égalité, dans une seule expression sans réserve. Rien n’y hiérarchise les trois ni ne traite le dernier comme le prix à payer pour les deux premiers. Un pèlerin respecte cela en se tenant aux jamarāt après le ẓuhr. Quelqu’un qui n’a jamais quitté son domicile respecte la même instruction à table — les repas ordinaires de ces trois jours, et le takbīr prononcé après la prière qui les précède ou les suit, ne sont pas deux obligations différentes. Ils constituent l’unique obligation que le verset nomme.
Cela laisse au lecteur qui se trouve loin de Minā quelque chose de plus spécifique que « invoquez davantage Allah cette semaine ». Cela lui laisse une pratique non liée à un lieu, avec un début et une fin bien définis : un takbīr audible après chacune des cinq prières obligatoires, pendant trois jours, prononcé par quiconque les accomplit — dans une mosquée, à la table de la cuisine, quel que soit l’endroit où la prière a lieu. La permission de quitter Minā plus tôt ou de rester un jour de plus ne leur a jamais été adressée. Ceci, en revanche, l’était.
Si quoi que ce soit ci-dessus est inexact — une traduction qui s’éloigne de l’arabe, une évaluation affirmée avec plus de certitude que la source ne le permet, une citation qui ne dit pas ce que nous prétendons qu’elle dit — dites-le-nous. Nous préférons être corrigés plutôt que de rester dans l’erreur sans être remis en question.
Puisse Allah ﷻ accepter tout autant l’invocation prononcée dans une vallée bondée que celle prononcée à une table ordinaire, et faire en sorte qu’aucun de nous ne soit celui qui a laissé le troisième mot s’éteindre.