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Les trois mots que le Prophète ne précipitait jamais
Qatādah a posé une seule question à Anas sur la façon dont le Prophète récitait, et la réponse fut trois mots prolongés plus que les autres. Cette réponse est un ordre dans la sourate al-Muzzammil, et non un choix de style — et les récits sur l'embellissement de la voix disent la même chose sous un angle différent.
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- L'équipe The Quran Gallery
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Qatādah posa un jour une question simple à Anas b. Mālik : comment le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) récitait-il ? Anas ne décrivit pas un style. Il en fit la démonstration, en prolongeant trois mots de la sourate al-Fātiḥah plus que tous les autres.
كَانَتْ مَدًّا، ثُمَّ قَرَأَ: ﴿بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ﴾ يَمُدُّ بِبِسْمِ اللهِ، وَيَمُدُّ بِالرَّحْمَنِ، وَيَمُدُّ بِالرَّحِيمِ « C’était un allongement. » Puis il récita : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » — en étirant bismillāh, en étirant al-Raḥmān, en étirant al-Raḥīm.
— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 6/195 de l’édition .
Trois mots, prolongés. Il ne s’agissait pas de précipiter tout le verset pour n’étirer que la dernière syllabe afin de faire de l’effet — chaque syllabe de ces trois mots recevait sa pleine durée avant que la suivante ne commence. C’est un détail bien singulier à retenir de la voix de quelqu’un quarante ans plus tard, à moins que ce ne fût son trait le plus marquant.
La sourate al-Muzzammil donne un nom à l’ordre qu’Anas décrivait :
أَوْ زِدْ عَلَيْهِ وَرَتِّلِ ٱلْقُرْءَانَ تَرْتِيلًا Ou ajoute à cela, et récite le Coran d’une récitation mesurée.
Le terme tartīl ne se traduit pas parfaitement par un seul mot en français, ce qui explique en partie pourquoi on le réduit souvent à « réciter lentement » sans aller plus loin. Il signifie donner à chaque lettre son dû — maintenir les allongements sur toute leur durée, respecter les arrêts, bien détacher les mots les uns des autres au lieu de les enchaîner — c’est précisément ce que la discipline du tajwīd enseigne en détail. La lenteur est une conséquence naturelle de cette justesse, et non la directive en elle-même. Un récitateur peut aller lentement tout en avalant les lettres ; un récitateur qui donne à chaque lettre sa juste mesure ne peut pas aller vite, car c’est cette mesure même qui prend du temps.
Le but de cette discipline n’est pas la sonorité. C’est l’espace que cette sonorité libère. Une langue occupée à prononcer correctement les lettres ne peut pas, en même temps, se précipiter vers la fin de la sourate. Et un récitateur qui ne se précipite pas a le temps de saisir le sens des mots tout en les prononçant — cette méditation que la tradition nomme tadabbur. Le tartīl est le mécanisme ; le tadabbur est ce qu’il rend possible. Apprenez le mécanisme sans la méditation, et vous obtiendrez une performance techniquement correcte ; visez la méditation sans le mécanisme, et rien ne viendra ralentir la langue assez longtemps pour qu’elle se produise. L’injonction du verset 73:4 exige les deux en un seul mot.
L’illustration la plus claire de ce que le tartīl n’est pas nous vient d’une réprimande, et non d’une directive. Un homme dit à ʿAbdullāh b. Masʿūd (qu’Allah soit satisfait de lui) qu’il pouvait réciter tout le dernier tiers du Coran — plus de soixante sourates — en une seule rakʿah. La réponse d’Ibn Masʿūd ne fut pas de l’admiration.
أتى ابنَ مسعودٍ رجلٌ فقال: إني أقرأ المُفَصَّل في رَكعة، فقال: أهذّاً كهذِّ الشِّعرِ ونثراً كنثر الدَّقَل؟ Un homme vint trouver Ibn Masʿūd et dit : « Je récite tout le mufaṣṣal en une seule rakʿah. » Il répondit : « Débité à toute vitesse comme de la poésie, et éparpillé comme des dattes qui tombent ? »
— Sunan Abī Dāwūd, page imprimée 2/543 de l’édition , authentifié (ṣaḥīḥ) dans la note des éditeurs, corroboré dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et le Ṣaḥīḥ Muslim.
Une poésie bien récitée l’est avec rythme et rapidité, car le but est de retomber sur la métrique. Le Coran récité de cette manière perd ce qui le distingue de la métrique : la pause qui permet à l’auditeur de saisir ce qui vient d’être dit avant que la āyah suivante n’arrive. Ibn Masʿūd ne critiquait pas la quantité de Coran que l’homme avait mémorisée. Il s’insurgeait contre l’effet d’une récitation rapide sur la relation entre le récitateur et les mots — la même critique, formulée par un compagnon, à laquelle le récit d’Anas sur l’allongement répond depuis la perspective inverse.
On demanda directement à Umm Salamah (qu’Allah soit satisfait d’elle), l’une des épouses du Prophète, à quoi ressemblait sa récitation. Elle ne décrivit ni une atmosphère ni un ton de voix. Elle décrivit les endroits où il s’arrêtait.
كَانَ يُقَطِّعُ قِرَاءَتَهُ آيَةً آيَةً: ﴿بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ، الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ، الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ، مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ﴾ « Il découpait sa récitation āyah par āyah » — « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. » [Arrêt.] « Louange à Allah, Seigneur de l’univers. » [Arrêt.] « Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. » [Arrêt.] « Maître du Jour de la Rétribution. » [Arrêt.]
— Musnad Aḥmad, page imprimée 44/206 de l’édition , authentifié (ṣaḥīḥ li-ghayrihi) dans la note des éditeurs.
Quatre āyāt de la sourate al-Fātiḥah, quatre arrêts, chacun suffisamment long pour qu’un auditeur — ou l’esprit même du récitateur — puisse assimiler la phrase qui vient de s’achever avant que la suivante ne commence. Il ne s’agit pas d’un récit sur le ton de la voix. C’est un récit sur la forme des pauses, et il avance un fait concret que nous pouvons confronter à notre propre lecture : un arrêt complet se produit-il après « Maître du Jour de la Rétribution », ou la langue enchaîne-t-elle directement avec « C’est Toi seul que nous adorons » ? La réponse d’Umm Salamah indique que la langue du Prophète s’arrêtait. La nôtre, récitant à la hâte pour terminer une partie avant un cours ou un vol, ne le fait généralement pas.
Le même test s’applique à la récitation en congrégation, où un récitateur menant un juzʾ entier en une seule assise peut aller si vite que les āyāt se fondent les unes dans les autres avant même qu’un auditeur n’ait pu situer la précédente. Dans ce contexte, la vitesse sert souvent la durée de la prière, et non la personne qui l’écoute. S’aligner sur ce rythme simplement parce que tout le monde autour de nous s’y est habitué n’est pas la même chose que de le choisir délibérément.
Rien de tout cela ne plaide en faveur d’une monotonie sans relief. Al-Barāʾ b. ʿĀzib (qu’Allah soit satisfait de lui) rapporte la directive inverse, dans les propres mots du Prophète :
زَيِّنُوا القرآنَ بأصواتِكُم Embellissez le Coran par vos voix.
— Sunan al-Nasāʾī, page imprimée 2/309 de l’édition , authentifié (ṣaḥīḥ) dans la note des éditeurs.
Et Abū Hurayrah (qu’Allah soit satisfait de lui) rapporte à quoi cette beauté est comparée :
مَا أَذِنَ اللَّهُ لِشَيْءٍ، مَا أَذِنَ لِنَبِيٍّ حَسَنِ الصَّوْتِ، يتغنى بالقرآن، يجهر به Allah n’a jamais prêté une oreille aussi attentive à quoi que ce soit, qu’à un Prophète doté d’une belle voix récitant le Coran à haute voix.
— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 1/545 de l’édition .
Le mot traduit par « embellissez » — zayyinū — partage la même racine que celle utilisée pour parer une chose de valeur, et non pour ajouter une décoration à quelque chose de banal. La voix ne donne pas plus de valeur au Coran ; on lui demande de s’élever à la hauteur de ce qu’est déjà le Coran. Saʿd b. Abī Waqqāṣ (qu’Allah soit satisfait de lui) rapporte cette même attente, formulée cette fois comme une limite plutôt que comme un encouragement :
لَيسَ منَّا مَنْ لم يَتَغن بالقرآن Celui qui ne récite pas le Coran de manière mélodieuse n’est pas des nôtres.
— Sunan Abī Dāwūd, page imprimée 2/595 de l’édition , authentifié (ṣaḥīḥ) dans la note des éditeurs.
Lu à la lumière de l’allongement décrit par Anas et de la réprimande d’Ibn Masʿūd, cela ne signifie plus « avoir une belle voix chantante ». Cela signifie : accorder au son le même soin que le tartīl exige pour les lettres. Une voix qui se précipite à travers les mots aussi vite qu’elle peut les produire n’est pas embellie au sens où l’entendent ces récits, aussi agréable soit-elle à l’oreille.
Jābir (qu’Allah soit satisfait de lui) rapporte ce que le Prophète a dit concernant ce qu’une belle voix transmet réellement à celui qui l’écoute :
إِنَّ مِنْ أَحْسَنِ النَّاسِ صَوْتًا بِالْقُرْآنِ، الَّذِي إِذَا سَمِعْتُمُوهُ يَقْرَأُ، حَسِبْتُمُوهُ يَخْشَى اللَّهَ Parmi les personnes ayant la plus belle voix en récitant le Coran, il y a celui qui, lorsque vous l’entendez réciter, vous donne l’impression qu’il craint Allah.
— Sunan Ibn Mājah, page imprimée 2/364 de l’édition , qualifié de ḥasan li-ghayrihi dans la note des éditeurs — cette chaîne de transmission particulière est faible en elle-même, mais renforcée par les récits corroborants que les éditeurs énumèrent à ses côtés.
Il s’agit là d’une affirmation précise et vérifiable sur ce que signifie « beau » dans ce contexte : ni une prouesse technique, ni un timbre agréable, mais une voix qui semble appartenir à quelqu’un qui prend ces mots au sérieux. La voix d’un artiste en représentation et une voix empreinte de crainte ne sont pas toujours la même voix, et ce récit indique qu’une seule d’entre elles est l’objectif visé.
Les sources traitant de ce sujet s’appuient souvent sur un argument plus fort : le Prophète aurait décrit le Coran comme étant « descendu avec tristesse » et aurait ordonné aux récitateurs de pleurer, ou de s’efforcer de le faire. Ce récit existe — les Sunan Ibn Mājah le rapportent deux pages avant le récit sur la « crainte d’Allah » cité plus haut — mais ses éditeurs jugent la chaîne de transmission faible (ḍaʿīf) à cause d’un narrateur nommé Abū Rāfiʿ, et le disent clairement dans leur propre note de bas de page. Nous ne le reprenons pas ici comme une parole du Prophète, car la norme de cet article exige que toute attribution d’une parole prophétique repose sur une chaîne acceptée par une autorité vérifiable, et celle-ci, selon la note même de l’édition de référence, ne tient pas d’elle-même.
Ce que le Coran lui-même dit des pleurs lors de son écoute ne nécessite aucune mise en garde de ce genre :
…إِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ ءَايَـٰتُ ٱلرَّحْمَـٰنِ خَرُّوا۟ سُجَّدًا وَبُكِيًّا « …Quand les versets du Tout Miséricordieux leur étaient récités, ils tombaient prosternés en pleurant » — la proposition finale d’un verset nommant les prophètes et leurs pieux descendants.
Il ne s’agit pas d’une technique à imiter sur commande. Ce verset est présenté ici comme le fondement honnête de cette idée, en lieu et place d’un hadith que ses propres éditeurs ne soutiennent pas pleinement — c’est cette même rigueur consistant à vérifier une source avant de la répéter que cet article tout entier s’efforce d’appliquer à la récitation.
L’image la plus claire de ce que tout cela donne une fois réuni nous vient de ʿĀ’ishah (qu’Allah soit satisfait d’elle). Une nuit, elle rentra tard de la prière de l’ʿIshāʾ, et le Prophète lui en demanda la raison.
إِنَّ فِي الْمَسْجِدِ رَجُلًا مَا رَأَيْتُ أَحَدًا أَحْسَنَ قِرَاءَةً مِنْهُ « Il y a un homme à la mosquée — je n’ai jamais entendu personne réciter plus magnifiquement que lui. »
Il se leva pour aller écouter par lui-même. Cet homme était Sālim, l’affranchi d’Abū Ḥudhayfah, et après l’avoir entendu, le Prophète dit :
الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي جَعَلَ فِي أُمَّتِي مِثْلَكَ « Louange à Allah, qui a placé quelqu’un comme toi parmi ma communauté. »
— Musnad Aḥmad, page imprimée 42/196 de l’édition , qualifié de ḥasan li-ghayrihi dans la note des éditeurs, ce même récit étant également rapporté dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et le Ṣaḥīḥ Muslim.
Rien dans ce récit ne décrit une technique. Il décrit un effet : une épouse qui réorganise sa nuit pour continuer à écouter, et le Prophète lui-même qui se lève de l’endroit où il était assis pour aller l’entendre à son tour. Il n’est pas rapporté que Sālim possédait une voix naturelle exceptionnelle — on se souvient de lui pour sa façon de réciter, et non pour un don inné. Chaque élément que cet article a retracé séparément — l’allongement, le refus de se précipiter, la pause à chaque āyah, le soin apporté à la voix plutôt que de la laisser atone — c’est précisément ce que les gens cherchaient à entendre lorsqu’ils s’arrêtaient dans leurs occupations pour l’écouter.
Rien de tout cela ne requiert une voix travaillée. Cela exige d’accorder au Coran le temps que le tartīl réclame, et de ressentir le sens des mots pendant que la langue les prononce. Commencez, ou reprenez, votre propre lecture sur /quran — assez lentement pour prêter attention à ce que vous dites. Dites-nous si nous avons mal interprété l’un des récits ci-dessus ; nous préférons être corrigés plutôt que de répéter une erreur. Qu’Allah fasse de notre récitation, aussi simple soit notre voix, une récitation qu’Il écoute.