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Le Ramadan est un projet familial : élever un foyer qui aime le Coran

Un premier Ramadan en tant que jeunes mariés, une maison remplie d'enfants en bas âge, ou un cercle familial après l'iftar — le Ramadan exige quelque chose de différent de chaque foyer. Voici à quoi ressemblent le mariage, la parentalité et l'adoration en famille lorsque Allah, et non la nourriture, est au centre du mois.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 9 min

Votre premier Ramadan après votre mariage ne ressemble en rien aux précédents. Votre premier Ramadan avec un enfant en bas âge n’a rien à voir avec votre premier Ramadan en couple. Chaque étape de la vie de famille aborde ce mois avec des exigences différentes, et il est tentant de penser que le Ramadan est une chose que l’on accomplit malgré son foyer — quelque chose que l’on ferait mieux seul, sans le bruit, les négociations et les assiettes supplémentaires sur la table.

C’est exactement l’inverse. Le Ramadan n’est pas une retraite spirituelle privée que la famille viendrait interrompre. C’est un projet familial, et le Coran nous donne les mots pour en comprendre la raison.

Le Ramadan peut mettre un mariage à l’épreuve avant de le renforcer. Le jeûne réduit la patience. Les longs après-midis marqués par la faim poussent parfois à s’en prendre à la personne la plus proche, qui est généralement le conjoint. Dans certains foyers, ce mois se transforme discrètement en une compétition culinaire — des iftars élaborés, la « plus belle » table, la pression de recevoir — alors que l’essence de ce mois n’a jamais résidé dans la table.

Allah s’adresse directement aux époux dans les versets sur le jeûne :

حِلَّ لَكُمْ لَيْلَةَ ٱلصِّيَامِ ٱلرَّفَثُ إِلَىٰ نِسَآئِكُمْ ۚ هُنَّ لِبَاسٌ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌ لَّهُنَّ ۗ …

« On vous a permis, la nuit d’as-Siyâm, d’avoir des rapports avec vos femmes ; elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. »

Sourate al-Baqarah, 2:187

Un vêtement protège. Un vêtement couvre les défauts plutôt que de les exposer. Un vêtement se porte près du corps, il embellit et apporte du confort — et lorsqu’il s’use ou se déchire, la solution est de le raccommoder, pas de le jeter. Lu sous cet angle, le verset décrit la raison d’être du mariage, et le Ramadan est le mois idéal pour la mettre en pratique : couvrez vos défauts mutuels au lieu de les étaler, faites preuve de patience face à l’irritabilité causée par la faim, et considérez les périodes difficiles comme une chose à réparer en revenant ensemble vers Allah, plutôt que comme une situation à fuir.

Concrètement, cela peut être aussi simple que de faire des invocations (duʿā’) spécifiquement pour votre mariage, de s’encourager mutuellement à accomplir des actes d’adoration supplémentaires au lieu de rivaliser sur celui qui en fait le plus, et d’offrir à votre conjoint un véritable temps préservé, seul avec Allah — surtout lorsqu’il y a des enfants à la maison et que les moments de solitude se font rares pour l’un comme pour l’autre.

Dès l’arrivée des enfants, le Ramadan change à nouveau de forme, et il est facile de n’évaluer ce mois qu’à l’aune de la quantité de Coran que l’on a réussi à réciter ou du nombre de nuits passées au tarāwīḥ. Élever des enfants est en soi un acte d’adoration fondamental, et une mère en période de lochies (nifās), incapable de jeûner, ne prend pas de retard dans son Ramadan. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a prononcé une parole qui recadre parfaitement ce genre de situation :

إِذَا مَرِضَ الْعَبْدُ أَوْ سَافَرَ كُتِبَ لَهُ مِثْلُ مَا كَانَ يَعْمَلُ مُقِيمًا صَحِيحًا

« Quand un serviteur tombe malade ou voyage, il lui est inscrit l’équivalent de ce qu’il accomplissait lorsqu’il était résident et en bonne santé. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 4/57 de l’édition , hadith 2996, rapporté d’après Abū Mūsā.

Une intention sincère interrompue par une excuse valable est tout de même récompensée. Il est bon de s’en souvenir lors des nuits où les enfants vous empêchent de vous rendre à la mosquée. Demander à un proche qui ne jeûne pas (un membre de la famille en période de menstruations, par exemple) de garder les enfants pendant une heure pour que vous puissiez prier le tarāwīḥ en paix n’est pas un manque d’indépendance ; c’est simplement la famille qui joue son rôle.

Certains parents laissent leurs grands enfants manquer le Fajr pour ne pas perturber leur sommeil, ou les dispensent discrètement de jeûner sous prétexte qu’ils ont « trop d’école ». L’intention est bienveillante, mais elle échange un confort à court terme contre une perte à long terme : les enfants apprennent ce qu’un foyer valorise à travers ce qu’il protège. Si le Ramadan est la première chose qui fait l’objet de compromis, c’est cette leçon qui restera gravée.

L’alternative pratiquée par les premières générations consistait à impliquer les enfants tôt, en douceur, et en y associant une véritable joie. Al-Rubayyiʿ bint Muʿawwidh a décrit la manière dont les Compagnons géraient le jeûne de ʿĀshūrā’ :

فَكُنَّا نَصُومُهُ بَعْدُ، وَنُصَوِّمُ صِبْيَانَنَا، وَنَجْعَلُ لَهُمُ اللُّعْبَةَ مِنَ الْعِهْنِ، فَإِذَا بَكَى أَحَدُهُمْ عَلَى الطَّعَامِ أَعْطَيْنَاهُ ذَاكَ حَتَّى يَكُونَ عِنْدَ الْإِفْطَارِ

« Par la suite, nous le jeûnions et faisions jeûner nos jeunes enfants. Nous leur fabriquions un petit jouet en laine, et si l’un d’eux pleurait pour avoir à manger, nous le lui donnions jusqu’au moment de la rupture du jeûne. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 3/37 de l’édition , hadith 1960, rapporté d’après al-Rubayyiʿ bint Muʿawwidh.

Aucun de ces enfants n’était obligé de jeûner. Leurs parents ont tout de même construit un cadre modeste et joyeux autour de cette journée afin que le sentiment du Ramadan — et pas seulement sa règle — s’enracine tôt. C’est ce modèle qui mérite d’être reproduit : commencez par un ou deux jours de jeûne par an et progressez à partir de là, marquez le jour qu’un enfant parvient à terminer avec quelque chose qu’il aime, et lorsqu’un enfant n’arrive pas à aller jusqu’au bout, réagissez avec douceur et enseignez-lui à réessayer, plutôt que de montrer de la déception.

Les enfants se souviennent davantage de l’atmosphère d’une maison que des leçons de morale qu’on y donne. Un foyer où le Coran est ouvert, où les histoires des Prophètes sont racontées à table, où la famille s’assoit ensemble après l’iftar pour partager une réflexion ou écouter quelque chose de bénéfique — c’est cette ambiance qui accompagne l’enfant jusqu’à l’âge adulte, bien après que les mots précis aient été oubliés.

Réciter le Coran en famille est l’un des moyens les plus simples de créer cette atmosphère, et cela ne nécessite pas la présence d’un érudit à la maison — lire une sourate ensemble, même lentement, en s’aidant de la traduction et de l’audio du lecteur de Coran, suffit pour commencer. Une narration issue du recueil d’al-Bayhaqī illustre cette image de manière frappante, bien qu’il faille être honnête quant à son statut : son éditeur note que la chaîne de transmission contient des rapporteurs non identifiés, il s’agit donc d’un récit faible et non d’une parole authentifiée :

البيتُ الذي يُقْرأ فيه القرأنُ يَترَاءى لأهل السماء كما تتراءى النجومُ لأهل الأرض

« La maison dans laquelle le Coran est récité apparaît aux habitants du ciel comme les étoiles apparaissent aux habitants de la terre. »

Shuʿab al-Īmān, page imprimée 3/370 de l’édition , hadith 1829, rapporté d’après ʿĀ’ishah — chaîne faible (l’éditeur note qu’elle contient des rapporteurs non identifiés).

Faible ou non, l’image mérite d’être conservée pour ce qu’elle indique, et non pour ce qu’elle prouve : une maison possède bel et bien une atmosphère, et c’est le Coran — récité, et non simplement rangé sur une étagère — qui la remplit.

Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) réveillait ses épouses lors des dix dernières nuits du Ramadan pour la prière nocturne, et cela ne se limitait pas à son propre foyer. Une nuit, il se rendit à la porte de sa fille Fāṭimah et de son mari ʿAlī, et leur demanda directement :

أَلَا تُصَلُّونَ؟

« N’allez-vous pas prier ? »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 9/106 de l’édition , hadith 7347, rapporté d’après ʿAlī b. Abī Ṭālib.

Allah donne la même instruction directement à Son Messager (paix et bénédictions sur lui) :

وَأْمُرْ أَهْلَكَ بِٱلصَّلَوٰةِ وَٱصْطَبِرْ عَلَيْهَا ۖ …

« Et commande à ta famille la prière, et fais-la avec persévérance. »

Sourate Ṭāhā, 20:132

Et le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a décrit à quoi ressemble un foyer lorsque les deux époux prennent cela au sérieux, chacun veillant à la part de la nuit de l’autre :

رَحِمَ اللهُ رَجُلًا قَامَ مِنَ اللَّيْلِ، فَصَلَّى، وَأَيْقَظَ امْرَأَتَهُ، فَصَلَّتْ، فَإِنْ أَبَتْ نَضَحَ فِي وَجْهِهَا الْمَاءَ، وَرَحِمَ اللهُ امْرَأَةً قَامَتْ مِنَ اللَّيْلِ، فَصَلَّتْ، وَأَيْقَظَتْ زَوْجَهَا، فَصَلَّى، فَإِنْ أَبَى، نَضَحَتْ فِي وَجْهِهِ الْمَاءَ

« Qu’Allah fasse miséricorde à un homme qui se lève la nuit, prie, et réveille sa femme — si elle refuse, il lui asperge le visage d’eau. Et qu’Allah fasse miséricorde à une femme qui se lève la nuit, prie, et réveille son mari — s’il refuse, elle lui asperge le visage d’eau. »

Musnad Aḥmad, page imprimée 12/372 de l’édition , hadith 7410, rapporté d’après Abū Hurayrah.

Réveiller son conjoint en douceur, à plusieurs reprises, n’est pas du harcèlement — selon cette lecture, c’est exactement le genre d’attention sur lequel un mariage est censé reposer. Une famille qui prie ensemble dans le dernier tiers de la nuit, ne serait-ce qu’une poignée de fois dans le mois, met en pratique quelque chose qu’aucun discours ne saurait remplacer.

Rien de tout cela ne nécessite un programme spécial. Quelques habitudes répétées ont plus d’impact qu’un seul grand geste isolé :

  • Racontez à vos enfants les histoires des Prophètes et des premiers musulmans, avec vos propres mots.
  • Récitez le Coran ensemble, même quelques versets, plutôt que de lire chacun de son côté dans des pièces séparées.
  • Organisez un court cercle familial après l’iftar pour partager une réflexion sur la journée.
  • Faites ensemble une activité spécifique au Ramadan et véritablement amusante — un atelier créatif, une promenade, une sortie — et profitez-en pour vous rappeler mutuellement Allah, plutôt que de considérer l’adoration et le plaisir comme des opposés.

Renouvelez votre intention à chaque fois : prendre soin de votre famille et construire cette atmosphère avec eux est en soi un acte de ʿibādah, et non une pause dans votre adoration.

Le Ramadan ne vous demande pas de choisir entre votre adoration et votre famille. Ce mois prend tout son sens lorsqu’un foyer jeûne ensemble, prie ensemble, fait des efforts ensemble, et revient vers Allah ensemble après les inévitables moments d’irritation et les passages difficiles. Faites des invocations (duʿā’) en nommant spécifiquement votre conjoint, vos enfants et votre mariage ce Ramadan — pour qu’Allah al-Raʾūf, le Très Compatissant, remplisse votre maison d’amour et de foi (īmān), et votre cœur d’espoir et de crainte révérencielle envers Lui.

Si vous remarquez ici une citation qui nécessite un examen plus approfondi, ou une affirmation qui mérite plus de précision, nous préférons être corrigés plutôt que de rester dans l’erreur — c’est d’ailleurs la raison pour laquelle chaque hadith ci-dessus est lié à la page dont il est tiré.