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Plaidoyer pour la récitation du Coran après minuit

L'imam al-Nawawi a consacré une page de son livre sur les règles de bienséance liées au Coran à démontrer que la récitation après minuit n'est pas seulement plus calme, c'est une tout autre forme de lecture — et trois versets expliquent pourquoi.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 10 min

À la page 63 de son ouvrage al-Tibyān fī Ādāb Ḥamalat al-Qur’ān — son livre consacré aux règles de bienséance que doivent observer ceux qui portent le Coran —, l’imam al-Nawawi avance un argument en un seul paragraphe : quiconque souhaite donner plus de poids à sa récitation devrait en consacrer une plus grande part à la nuit. Il ne tire pas cet argument d’une préférence personnelle. Il s’appuie sur un verset, et ce verset joue un rôle central dans son propos, il n’est pas là pour faire joli.

Il convient de s’y arrêter, car il est facile de percevoir l’injonction « récitez la nuit » comme un simple conseil spirituel d’ordre général, le genre de recommandation qui pourrait s’appliquer à presque n’importe quelle habitude de dévotion — lire davantage, s’inquiéter moins, se coucher plus tôt. L’argument d’al-Nawawi est à la fois plus précis et plus singulier. Il affirme que le Coran lui-même, lorsqu’il décrit sa propre récitation, désigne une plage horaire spécifique comme étant plus efficace. Pas plus pratique. Plus efficace.

Al-Tibyān est un livre court, écrit pour un public précis : ceux qui ont déjà mémorisé tout ou partie du Coran et qui souhaitent savoir ce qu’ils lui doivent au-delà d’une prononciation correcte. Son auteur, Yaḥyā ibn Sharaf al-Nawawī, est aujourd’hui plus connu pour ses commentaires de hadiths que pour cet ouvrage, mais les instructions qu’il y donne sont d’ordre pratique plutôt que théorique — comment s’asseoir, quand faire une pause, que faire en cas d’erreur et, à la page 63, à quel moment réciter.

L’instruction en question apparaît au début de la sourate al-Muzzammil, et s’adresse directement à celui qui reçoit la révélation :

إِنَّ نَاشِئَةَ ٱلَّيْلِ هِىَ أَشَدُّ وَطْـًٔا وَأَقْوَمُ قِيلًا

« En vérité, le lever de la nuit a un impact plus puissant et une parole plus droite. » — Sourate al-Muzzammil, 73:6

Nāshi’at al-layl — « le lever de la nuit » — est une expression précise désignant une fenêtre temporelle spécifique : les heures qui suivent l’endormissement, lorsque la maisonnée est devenue silencieuse et que se lever demande un véritable effort. Le verset avance deux affirmations distinctes concernant cette période : la récitation qui y est faite a un impact plus fort (ashaddu waṭ’an, littéralement un pas plus lourd), et les mots eux-mêmes en ressortent plus droits, plus justes (aqwamu qīlan). Il ne dit pas que le récitateur se sent plus pieux à deux heures du matin. Il affirme que la mécanique même de l’écoute et de la prononciation du Coran change lorsque le bruit ambiant disparaît.

Il s’agit là d’une affirmation vérifiable sur l’attention, et non d’un état d’âme. La distraction a un coût que la lumière du jour dissimule — le bruit de fond, la tâche suivante, le téléphone sur la table — et le verset désigne l’heure où ce coût est au plus bas. Al-Nawawi l’a lu comme une directive, c’est pourquoi il ouvre le paragraphe de la page 63 de son livre avec ce verset.

Ānā’a al-layl — les heures de la nuit — ne décrit pas en premier lieu une nation. Avant même que les deux versets cités plus bas ne l’utilisent, l’expression apparaît déjà dans une parole du Prophète (paix et bénédictions sur lui) concernant une personne porteuse du Coran. Ibn ‘Umar la rapporte dans le Ṣaḥīḥ Muslim, à la page imprimée 1/558 de :

« Il n’y a d’envie permise qu’envers deux personnes : un homme à qui Allah a donné le Coran et qui se tient debout avec pendant les heures de la nuit et les heures du jour ; et un homme à qui Allah a donné des richesses et qui les dépense pendant les heures de la nuit et les heures du jour. »

« Il n’y a d’envie » ne signifie pas que la jalousie ordinaire est acceptable dans d’autres contextes — le hadith utilise ce mot dans le sens où les savants parlent de ghibṭah, le fait de désirer ce qui a été donné à autrui sans souhaiter qu’il en soit privé, et désigne exactement deux personnes dignes de ce souhait. Les deux descriptions répètent ānā’a al-layl wa-ānā’a al-nahār — la nuit et le jour ensemble, et non la nuit seule. La personne décrite ici n’est pas quelqu’un qui prie uniquement la nuit ; c’est quelqu’un pour qui le Coran n’est confiné à aucune des deux moitiés du cadran.

Cette distinction est importante pour lire les deux versets qui suivent, car tous deux restreignent cette même expression à la seule moitié nocturne — chacun louant une posture adoptée dans l’obscurité, et non une habitude s’étalant sur toute la journée. Lus dans cet ordre, d’abord le hadith puis les deux versets, l’expression passe de la description d’une personne dont la journée entière s’articule autour du Coran, à l’affirmation que la seule portion nocturne de cette pratique suffit pour être compté parmi les gens droits.

Voici l’argument en lui-même. Immédiatement après avoir dit au lecteur qu’une personne pratiquant la veillée nocturne devrait en consacrer une plus grande part à la récitation, al-Nawawi cite directement sa preuve — à la page 63 de l’ouvrage :

« Celui qui a pour habitude de prier la nuit devrait accorder plus d’attention à la récitation nocturne. Allah, exalté soit-Il, dit : “Parmi les gens du Livre, il est une communauté droite qui récite les versets d’Allah aux heures de la nuit, tout en se prosternant.” »

Le verset qu’il cite est celui-ci, tiré de la sourate Āl ‘Imrān :

۞ لَيْسُوا۟ سَوَآءً ۗ مِّنْ أَهْلِ ٱلْكِتَـٰبِ أُمَّةٌ قَآئِمَةٌ يَتْلُونَ ءَايَـٰتِ ٱللَّهِ ءَانَآءَ ٱلَّيْلِ وَهُمْ يَسْجُدُونَ

« Mais ils ne sont pas tous pareils. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite qui récite les versets d’Allah aux heures de la nuit, tout en se prosternant. » — Sourate Āl ‘Imrān, 3:113

Il est intéressant de noter ce que le verset loue réellement. Il ne se contente pas de dire que certains parmi les gens du Livre se comportaient bien. Il donne une forme à ce bon comportement : qā’imah, droite — la même racine utilisée pour la station debout dans la prière — combinée à la récitation spécifiquement ānā’a al-layl, aux heures de la nuit. L’éloge porte sur une posture adoptée à une heure précise, et non sur une piété générale. La démarche d’al-Nawawi consiste à lire cette description comme étant transposable : si se tenir debout une partie de la nuit avec le Coran est ce qui a valu l’approbation de ce verset à une communauté, c’est un objectif tout à fait raisonnable pour la suivante.

Ānā’a al-layl — les heures de la nuit — n’est pas une expression isolée. Elle revient dans la sourate al-Zumar, au cœur d’une question à laquelle Allah répond Lui-même :

أَمَّنْ هُوَ قَـٰنِتٌ ءَانَآءَ ٱلَّيْلِ سَاجِدًا وَقَآئِمًا يَحْذَرُ ٱلْـَٔاخِرَةَ وَيَرْجُوا۟ رَحْمَةَ رَبِّهِۦ ۗ قُلْ هَلْ يَسْتَوِى ٱلَّذِينَ يَعْلَمُونَ وَٱلَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ ۗ إِنَّمَا يَتَذَكَّرُ أُو۟لُوا۟ ٱلْأَلْبَـٰبِ

« Est-ce que celui qui est pieusement obéissant aux heures de la nuit, se prosternant et se tenant debout, redoutant l’Au-delà et espérant la miséricorde de son Seigneur, [est égal à celui qui ne l’est pas] ? Dis : “Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ?” Seuls les doués d’intelligence se rappellent. » — Sourate al-Zumar, 39:9

Le verset construit une comparaison puis la recadre sous forme de question sur le savoir, et non sur l’effort. Quelqu’un qui est qānit — pieusement obéissant, se tenant debout et se prosternant pendant ces mêmes heures de la nuit mentionnées dans les deux versets précédents — est placé d’un côté. La comparaison n’est pas inventée pour ce seul verset : celui qui le précède immédiatement décrit un tout autre type de personne — quelqu’un qui invoque son Seigneur dans la détresse, puis oublie cet appel dès que la situation s’améliore et se tourne vers autre chose sur quoi s’appuyer. Le verset qui demande « est-ce que celui qui est pieusement obéissant aux heures de la nuit… [est égal à celui qui ne l’est pas] ? » pose cette question en l’opposant à ce contraste précis, et non à un voisin abstrait qui se comporterait mieux.

Le verset demande ensuite si « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas » sont égaux, et y répond lui-même : seules les personnes douées d’intelligence en saisissent le sens. Lu à la lumière des versets précédents, le parallèle n’est pas subtil. L’adoration nocturne est présentée ici comme une preuve de compréhension, et son absence — l’oubli décrit un verset plus haut — comme la preuve du contraire. Il s’agit moins d’un jugement sur le caractère d’une personne que d’une affirmation sur ce qu’une véritable compréhension du Coran tend à produire dans une vie, nuit après nuit, plutôt que seulement dans les moments où les choses tournent mal.

Il y a un quatrième texte qui mérite d’être placé aux côtés de ces trois versets, car il explique pourquoi quelqu’un prendrait la peine de se forger une habitude nocturne à partir d’une instruction exigeante plutôt que confortable. Al-Ḥasan al-Baṣrī, l’une des figures les plus citées de la génération ayant succédé aux Compagnons, a déclaré — à la page imprimée 2/169 de l’ouvrage , ط المنيرية :

« Ceux qui vous ont précédés considéraient le Coran comme des lettres provenant de leur Seigneur ; ils les méditaient donc la nuit et les mettaient en pratique le jour. »

L’image est très parlante. Une lettre n’est pas lue une seule fois puis classée ; elle est lue parce que quelqu’un de précis l’a envoyée, et elle demande quelque chose au lecteur. Al-Ḥasan al-Baṣrī ne décrit pas un acte d’adoration accompli pour lui-même — il décrit une correspondance à laquelle il faut répondre. La nuit, dans cette image, c’est la lecture ; le jour, c’est la réponse. Les trois versets ci-dessus expliquent pourquoi la lecture se faisait à la nuit tombée : moins de distractions, un impact accru tel qu’affirmé et — selon la sourate al-Zumar — un indicateur approximatif permettant de savoir si le lecteur a ne serait-ce que compris la lettre.

Rien de tout cela n’exige de restructurer sa vie autour de veillées que la plupart des gens, la plupart des nuits, ne tiendront pas. Les trois versets ne fixent pas de durée minimale ; nāshi’at al-layl désigne une qualité d’attention disponible même dans une courte fenêtre après que la maison est devenue silencieuse — les toutes dernières minutes avant le sommeil, ou les minutes suivant le réveil avant que n’arrive la première obligation de la journée. L’argument d’al-Nawawi s’adressait à quelqu’un dont les habitudes incluaient déjà la prière nocturne ; c’était un conseil sur la façon d’approfondir une pratique existante, et non l’exigence d’en créer une à partir de rien.

Ce que les textes demandent, c’est un changement dans la façon dont cette heure est utilisée, et non nécessairement de l’allonger. Si l’affirmation du verset 73:6 est vraie, ne serait-ce qu’en partie — à savoir qu’une récitation effectuée avec moins de signaux concurrents a un impact plus fort et s’avère plus précise —, alors le véritable test n’est pas de savoir si l’on peut s’y tenir toutes les nuits, mais de voir si la différence est perceptible les nuits où l’on s’y essaie.

Le hadith sur les deux personnes dignes d’envie constitue ici un correctif utile, car il empêche l’argument de se réduire à « la récitation nocturne est la seule qui compte ». La personne qu’il décrit passe les deux moitiés de la journée avec le Coran, sans en choisir une pour abandonner l’autre. Les trois versets ne sont pas en concurrence avec la récitation diurne ; ils répondent à une question plus précise — quelle partie d’une journée déjà divisée a tendance à avoir le plus de poids lorsqu’elle est disponible — et la réponse qu’ils donnent, à maintes reprises, est la partie qui suit la disparition du bruit.

Il y a aussi une raison purement pratique pour laquelle les premiers récitateurs organisaient leur habitude de cette manière plutôt qu’autour, disons, de l’heure suivant le Fajr ou d’une durée fixe. La nuit ne nécessite pas de trouver un créneau dans un emploi du temps qui n’en a déjà plus ; elle exige de renoncer à quelques minutes de sommeil qui, autrement, auraient été passées à dormir. L’image d’al-Ḥasan al-Baṣrī comparant le Coran à une correspondance fonctionne précisément parce qu’une lettre n’attend pas un moment opportun — celui qui la traite comme telle l’ouvre lorsqu’il fait suffisamment calme pour la lire correctement, ce qui, pour la plupart des foyers, reste, aujourd’hui comme hier, après que tout le monde est allé se coucher.


Les heures de prière, y compris la prière de nuit, sont l’une des choses les plus simples autour desquelles construire une habitude lorsque ces heures ne sont plus à calculer à la main — /prayer les garde à disposition.

Si quoi que ce soit ci-dessus interprète mal un verset ou une citation, nous préférons être corrigés plutôt que de rester dans l’erreur — contactez-nous, et nous le rectifierons.

Nous demandons à Allah de rendre le Coran plus lourd à notre écoute, à n’importe quelle heure où nous parvenons à l’ouvrir, et de nous pardonner les nuits où nous ne l’avons pas fait.