Aller au contenu
Search blog
Search blog…
Tous les articles

Articles

Que signifie aimer Allah ? Les preuves, l'épreuve et le chemin vers Son amour

Aimer Allah n'est pas une simple fioriture spirituelle : le Coran en fait la mesure même de la foi, établit un critère concret pour l'éprouver, et un hadith qoudsi décrit précisément comment un cœur s'en rend digne. Voici ce que disent les textes.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 8 min

« J’aime Allah » est l’une des phrases les plus faciles à prononcer, mais l’une des plus difficiles à prouver. La dire ne coûte rien, et le Coran ne la considère pas comme un sentiment intime exempt de tout examen : il traite cette affirmation comme une chose qui peut être testée, pesée, puis validée ou révélée comme vide de sens. Il ne s’agit pas là d’un élan poétique. C’est l’axe même autour duquel gravite la foi : la différence entre un cœur véritablement dévoué à Allah et un cœur qui a simplement emprunté Son nom pour masquer ce qu’il aime davantage.

Le Coran introduit le sujet en nommant d’abord sa contrefaçon :

وَمِنَ ٱلنَّاسِ مَن يَتَّخِذُ مِن دُونِ ٱللَّهِ أَندَادًا يُحِبُّونَهُمْ كَحُبِّ ٱللَّهِ ۖ وَٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ أَشَدُّ حُبًّا لِّلَّهِ ۗ وَلَوْ يَرَى ٱلَّذِينَ ظَلَمُوٓا۟ إِذْ يَرَوْنَ ٱلْعَذَابَ أَنَّ ٱلْقُوَّةَ لِلَّهِ جَمِيعًا وَأَنَّ ٱللَّهَ شَدِيدُ ٱلْعَذَابِ

Parmi les hommes, il en est qui prennent, en dehors d’Allah, des égaux à Lui, en les aimant comme on aime Allah. Or les croyants sont les plus ardents en l’amour d’Allah. Quand les injustes verront le châtiment, ils sauront que la force tout entière est à Allah et qu’Allah est dur en châtiment.

Sourate Al-Baqarah, 2:165

Certaines personnes prennent des « égaux » en dehors d’Allah — pas nécessairement des idoles de pierre, mais tout ce qui reçoit la dévotion qui n’appartient qu’à Lui seul : la richesse, le statut social, une personne, une ambition. Ils aiment ces rivaux « comme ils aiment Allah ». Les croyants, eux, sont décrits différemment : leur amour pour Lui n’est pas un amour en compétition avec d’autres, mais l’amour le plus fort — celui qui ordonne tous les autres amours au lieu de siéger à leurs côtés sur un pied d’égalité.

Ce mot a toute son importance, car il signifie qu’aimer Allah n’exige pas de vider son cœur de tout autre attachement. Un croyant aime toujours ses parents, ses enfants, son conjoint — le Prophète (paix et bénédictions sur lui) aimait ouvertement sa famille et le disait sans la moindre gêne. Ce qui change, c’est l’amour qui l’emporte lorsque deux amours entrent en conflit. Le jeûne rend cette hiérarchie visible de la manière la plus évidente qui soit : la nourriture, le sommeil et le confort sont de véritables amours, et celui qui y renonce pendant un mois ne prétend pas qu’il n’en a pas envie. Il démontre, d’une manière que les mots ne sauraient exprimer, quel amour surpasse tous les autres.

Si l’amour n’était qu’un sentiment intérieur, il serait invérifiable : n’importe qui pourrait s’en prévaloir sans que personne ne puisse le contester. Allah ne laisse pas cette affirmation sans suite :

قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ ٱللَّهَ فَٱتَّبِعُونِى يُحْبِبْكُمُ ٱللَّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ ۗ وَٱللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Sourate Āli ‘Imrān, 3:31

Ce verset lie la prétention à l’amour à un critère visible : suivre le Messager (paix sur lui). Il ne s’agit pas de l’admirer de loin, ni de simplement croire aux faits de sa vie, mais d’en suivre le modèle : sa façon d’adorer, sa patience envers ceux qui lui faisaient du tort, sa miséricorde envers les faibles, le déroulement d’une journée ordinaire telle qu’il la vivait. Deux promesses sont attachées à ce suivi, et non une seule : Allah aimera celui qui s’y conforme, et Il lui pardonnera ses péchés. Ailleurs, le Coran décrit ce à quoi cela ressemble une fois enraciné dans une vie : un peuple qu’Il aime et qui L’aime, doux envers les croyants, intraitable face au faux, et indifférent aux blâmes de quiconque.

C’est aussi la raison pour laquelle aimer Allah ne s’oppose pas au fait de Lui obéir : c’est précisément ce qui fait que l’obéissance est ressentie de manière totalement différente selon que l’amour est présent ou non. Deux personnes peuvent accomplir la même prière, dans la même posture, pendant la même durée. L’une s’acquitte d’une obligation comme un ouvrier rembourse une dette ; la lassitude s’y fait sentir. L’autre répond à Celui qu’elle aime, et ces mêmes mouvements portent un tout autre poids. De l’extérieur, les actes semblent identiques. Seul le cœur permet de les distinguer — et Allah lit dans les cœurs, pas dans les postures.

Si l’épreuve consiste à suivre le Messager, la question suivante est de savoir comment ce suivi devient plus qu’une simple conformité mécanique — comment il se transforme en un amour qu’Allah Lui-même remarque et auquel Il répond. Un hadith décrit ce mécanisme avec une précision frappante :

مَنْ عَادَى لِي وَلِيًّا فَقَدْ آذَنْتُهُ بِالْحَرْبِ، وَمَا تَقَرَّبَ إِلَيَّ عَبْدِي بِشَيْءٍ أَحَبَّ إِلَيَّ مِمَّا افْتَرَضْتُ عَلَيْهِ، وَمَا يَزَالُ عَبْدِي يَتَقَرَّبُ إِلَيَّ بِالنَّوَافِلِ حَتَّى أُحِبَّهُ، فَإِذَا أَحْبَبْتُهُ كُنْتُ سَمْعَهُ الَّذِي يَسْمَعُ بِهِ، وَبَصَرَهُ الَّذِي يُبْصِرُ بِهِ، وَيَدَهُ الَّتِي يَبْطِشُ بِهَا، وَرِجْلَهُ الَّتِي يَمْشِي بِهَا، وَإِنْ سَأَلَنِي لَأُعْطِيَنَّهُ، وَلَئِنِ اسْتَعَاذَنِي لَأُعِيذَنَّهُ …

Quiconque montre de l’inimitié envers un de Mes alliés, Je lui déclare la guerre. Mon serviteur ne s’approche pas de Moi par une chose qui M’est plus aimée que ce que Je lui ai imposé. Et Mon serviteur ne cesse de s’approcher de Moi par des œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il frappe et son pied avec lequel il marche. S’il Me demande, Je lui donnerai assurément, et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je le protégerai assurément. …

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page 8/105 de l’édition imprimée , hadith 6502, rapporté par Abū Hurayrah, dans le Livre d’ar-Riqāq, chapitre sur l’humilité.

Deux mouvements sont ici nommés, dans un ordre bien précis. D’abord, le serviteur accomplit ce qu’Allah a rendu obligatoire : les cinq prières, le jeûne, l’aumône obligatoire, et le reste. Allah qualifie cela comme étant la chose la plus aimée qu’un serviteur puisse Lui offrir ; ce n’est pas un échauffement avant que la « véritable » dévotion ne commence, c’est déjà la véritable dévotion. Ensuite, en plus de l’obligatoire, le serviteur continue d’ajouter des actes surérogatoires — une prière supplémentaire, un jeûne de plus, une parole de charité qui ne lui était pas imposée — et c’est ce second mouvement, non contraint, qui, selon le hadith, attire en retour l’amour d’Allah Lui-même. Ce qui suit décrit un serviteur dont l’ouïe, la vue, la main et les pas finissent par s’aligner sur ce qu’Allah aime, non pas parce qu’il y a été forcé, mais parce que l’aimer a discrètement réordonné ses propres désirs.

Si l’amour d’Allah doit se mériter par l’adoration plutôt que d’être simplement déclaré, il doit aussi être demandé. Le Prophète (paix sur lui) a enseigné à ses Compagnons à le demander directement, avec des mots qui remontent à une nuit qu’il a décrite à Mu’ādh ibn Jabal — une vision dans laquelle on lui a demandé par quoi s’acquièrent les plus hauts rangs dans l’au-delà, et à laquelle il a répondu par une courte liste se terminant par une invocation qu’il leur a dit de mémoriser et de transmettre :

اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ فِعْلَ الْخَيْرَاتِ، وَتَرْكَ الْمُنْكَرَاتِ، وَحُبَّ الْمَسَاكِينِ، وَأَنْ تَغْفِرَ لِي وَتَرْحَمَنِي، وَإِذَا أَرَدْتَ فِتْنَةً فِي قَوْمٍ فَتَوَفَّنِي غَيْرَ مَفْتُونٍ، وَأَسْأَلُكَ حُبَّكَ وَحُبَّ مَنْ يُحِبُّكَ، وَحُبَّ عَمَلٍ يُقَرِّبُ إِلَى حُبِّكَ

Ô Allah, je Te demande l’accomplissement des bonnes œuvres, le délaissement des mauvaises, l’amour des pauvres, et que Tu me pardonnes et me fasses miséricorde. Et lorsque Tu veux éprouver un peuple, rappelle-moi à Toi sans que je ne sois éprouvé. Et je Te demande Ton amour, l’amour de ceux qui T’aiment, et l’amour des œuvres qui [me] rapprochent de Ton amour.

— Sunan al-Tirmidhī, page 5/285 de l’édition imprimée , hadith 3235, rapporté par Muʿādh ibn Jabal. Al-Tirmidhī lui-même précise : “Ceci est un hadith ḥasan ṣaḥīḥ.”

Après l’avoir enseignée, le Prophète (paix sur lui) n’a pas laissé le poids de cette invocation à la seule appréciation de celui qui l’écoutait. Il leur a dit clairement : « C’est la stricte vérité — étudiez-la donc, puis apprenez-la. » En d’autres termes, une prière pour obtenir l’amour d’Allah n’est pas un supplément spirituel réservé aux personnes déjà très avancées dans l’adoration. Elle a été confiée à des Compagnons ordinaires avec l’instruction de la mémoriser, précisément parce qu’aimer Allah n’est pas quelque chose qu’une personne peut fabriquer par la seule force de sa volonté. Cela doit être demandé, de la même manière que l’on demande toute autre chose qui compte vraiment.

Mises bout à bout, ces pièces ne forment pas des idées séparées mais un seul et même mouvement : un amour qui surpasse tous les autres, prouvé par le suivi plutôt que simplement ressenti, construit à travers les actes obligatoires puis les actes surérogatoires qui s’y ajoutent, et demandé directement parce qu’un serviteur ne peut pas simplement décider de l’éprouver. Rien de tout cela n’est abstrait. Cela se manifeste dans ce qu’une personne est prête à sacrifier, dans le fait que l’adoration soit vécue comme une corvée ou comme une proximité, et dans le fait d’avoir déjà, avec ces mots ou les siens, réellement demandé à Allah Son amour.

Cette dernière partie mérite d’être prise au pied de la lettre. S’il s’agit d’une invocation qui vaut la peine d’être portée, la bibliothèque Adhkar de Quran Gallery la conserve aux côtés du reste de ce que le Prophète (paix sur lui) a enseigné à ses Compagnons de dire — consultable, traduite, et prête à être gardée à portée de main, pour ne pas être simplement lue une fois puis oubliée. Demandez à Allah Son amour. Ensuite, suivez le Messager qu’Il a envoyé, et voyez ce que ce suivi produit sur le cœur.