Reflections
Le voyage vers Allah : pourquoi le Ramadan est l'étape la plus rapide du chemin
Chaque vie est déjà un voyage vers Allah, parcouru avec soin ou négligence, mais auquel nul n'échappe. Cette réflexion identifie les trois obstacles sur cette route, les trois provisions que le voyageur doit emporter, et pourquoi le Ramadan est conçu pour franchir cette distance plus rapidement que n'importe quel autre mois.
- Auteur
- The Quran Gallery team
- Publié le
- Temps de lecture
- Lecture de 7 min
Chaque âme qui lit ces mots est déjà en route. Non pas à travers l’espace, mais à travers une vie qui ne cesse d’avancer vers son Seigneur, que le voyageur en ait conscience ou non. Certains marchent avec intention, emboîtant le pas aux prophètes et aux pieux qui les ont précédés. D’autres se laissent porter, entraînés par l’habitude et la distraction, pour finalement arriver à la même destination, mais plus tard, et délestés du bien qu’ils auraient pu emporter avec eux. Pour un croyant, la question n’est jamais de savoir s’il doit entreprendre ce voyage : cela a été décidé avant même notre naissance. La seule véritable question est de savoir avec quelle conscience nous l’accomplissons, et le Ramadan est précisément le mois conçu pour nous aider à avancer le plus rapidement possible.
La plupart des voyages s’achèvent en un lieu. Celui-ci mène à un Être — le seul qui soit absolument unique, qui détient tous les trésors de la création et au-delà, dont la générosité est sans limite et dont l’amour pour ceux qui se tournent vers Lui est sans égal. Toute autre quête humaine — la richesse, le statut, le confort, ou même le savoir recherché pour lui-même — finit par atteindre ses limites. Pas celle-ci. Le Coran en exprime l’urgence à travers un commandement unique :
فَفِرُّوٓا۟ إِلَى ٱللَّهِ ۖ إِنِّى لَكُم مِّنْهُ نَذِيرٌ مُّبِينٌ « Fuyez donc vers Allah. Je suis pour vous de Sa part, un avertisseur explicite. » Sūrat al-Dhāriyāt, 51:50
Le verbe fuir n’a pas été choisi à la légère par Allah. C’est le terme employé pour décrire quelqu’un qui échappe à un incendie, et non quelqu’un qui flâne en direction d’un jardin. Le verset ne dit pas « marchez », « réfléchissez » ou « finissez par arriver ». Il dit de fuir, car l’alternative à ce voyage n’est jamais l’immobilité : c’est d’être entraîné tout à fait ailleurs, par ces mêmes forces qui surgissent inlassablement sur notre route.
Un voyage a besoin d’un but, sans quoi il se transforme en errance. Le nôtre en possède un, clairement énoncé :
وَمَا خَلَقْتُ ٱلْجِنَّ وَٱلْإِنسَ إِلَّا لِيَعْبُدُونِ « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. » Sūrat al-Dhāriyāt, 51:56
L’adoration, ici, ne se résume pas à un simple rituel. C’est l’orientation de toute une vie : chaque acte d’obéissance, chaque instant de gratitude, chaque choix fait parce qu’Allah l’a demandé. Voyager vers Allah, c’est laisser cette orientation gouverner nos journées davantage qu’elle ne le faisait la veille. Les savants qui ont décrit ce chemin expliquent qu’il repose sur trois éléments dont le voyageur ne peut se passer : connaître Allah, L’aimer, et L’adorer, dans cet ordre précis. Car l’amour sans la connaissance n’est que supposition, et l’adoration sans l’amour est une corvée.
Une route d’une telle valeur n’est jamais laissée sans embûches. Trois obstacles se dressent devant quiconque s’y engage, et les nommer avec honnêteté constitue l’essentiel du travail pour les surmonter.
Le premier est le monde lui-même : ses artifices, son urgence, et sa fâcheuse tendance à rendre l’immédiat plus tangible que l’éternel. Le deuxième est Shayṭān, qui n’a nul besoin de convaincre quiconque que ce voyage est une erreur ; il lui suffit de persuader qu’il peut attendre. Sūrat Fāṭir le désigne clairement comme un ennemi déclaré, dont l’unique but est d’inviter ses partisans vers le Feu. Le troisième, souvent le plus difficile à cerner, est le nafs — l’ego, éternellement enclin à ordonner ce qui est facile plutôt que ce qui est juste, à moins qu’Allah ne lui fasse miséricorde. Aucun de ces trois obstacles ne peut stopper net le voyage. Mais tous trois peuvent le ralentir, et un voyage ralenti est simplement un voyage rallongé — une vie passée en deçà de ce pour quoi elle a été créée.
Tout voyage sérieux nécessite de véritables provisions, et non de simples bonnes intentions. Celui-ci exige trois choses bien précises.
La première est la connaissance de l’itinéraire : une compréhension pratique de ce qu’Allah a ordonné et de ce qu’Il a interdit, afin que le voyageur n’ait pas à deviner la marche à suivre à chaque croisement. La deuxième est la connaissance de la destination : une conscience réelle de ce que signifie la proximité avec Allah, pour que l’effort vise un but précis plutôt qu’un vague espoir. La troisième est la provision elle-même, et le Coran la nomme avec une franchise remarquable :
… وَتَزَوَّدُوا۟ فَإِنَّ خَيْرَ ٱلزَّادِ ٱلتَّقْوَىٰ ۚ وَٱتَّقُونِ يَـٰٓأُو۟لِى ٱلْأَلْبَـٰبِ « … Et prenez vos provisions ; mais vraiment, la meilleure provision est la piété (taqwā). Et redoutez-Moi, ô doués d’intelligence ! » Sūrat al-Baqarah, 2:197
Ce verset a été révélé au sujet des provisions matérielles que les pèlerins doivent emporter pour le Ḥajj — une mise en garde contre le fait de partir pour La Mecque sans rien à manger, en comptant sur la charité d’autrui en cours de route. Les savants ont depuis longtemps étendu ce principe bien au-delà de ce seul pèlerinage, car la logique reste la même : une route aussi longue ne se traverse pas avec de simples intentions. La taqwā, cette conscience d’Allah qui façonne nos actes lorsque personne ne nous regarde, est la seule provision qui ne s’épuise jamais, quelle que soit la distance qu’il reste à parcourir.
Rien de tout cela ne s’accomplit seul ou sans aide. Allah ne laisse pas le voyageur deviner son chemin sans le moindre soutien :
وَٱلَّذِينَ جَـٰهَدُوا۟ فِينَا لَنَهْدِيَنَّهُمْ سُبُلَنَا ۚ وَإِنَّ ٱللَّهَ لَمَعَ ٱلْمُحْسِنِينَ « Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons assurément sur Nos sentiers. Allah est certes avec les bienfaisants. » Sūrat al-‘Ankabūt, 29:69
La guidée est promise à condition de faire des efforts, et non à condition d’être déjà arrivé. Le voyageur n’a pas besoin d’avoir achevé sa route pour recevoir de l’aide en chemin ; il lui suffit d’avoir fait le pas qui se présentait devant lui.
Si la route ordinaire vers Allah est parsemée de trois obstacles, le Ramadan écarte le plus bruyant d’entre eux pendant trente jours. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a décrit ce qui se produit dès le début de ce mois : « Quand vient le mois de Ramaḍān, les portes du Paradis sont ouvertes, les portes de l’Enfer sont fermées et les diables sont enchaînés », rapporté par Muslim, imprimé à la page 3/121 de l’édition .
Lisez ceci attentivement : il ne s’agit pas d’une promesse rendant le péché impossible pendant le Ramadan. Le nafs reste exactement ce qu’il était au dernier jour de Sha’bān, toujours capable de faire les mauvais choix. Ce qui change, c’est la pression extérieure. Les suggestions chuchotées, cette incitation externe vers la facilité du mal, sont en grande partie désactivées pendant un mois. Ce qui subsiste — l’attrait du monde et les penchants de l’ego — représente un fardeau bien moindre que la route à trois obstacles qui se dresse le reste de l’année. Pendant trente jours, le voyageur qui rampait avant le Ramadan peut véritablement courir, car l’une des trois forces qui le retenaient a été retirée par Celui-là même qui a tracé la route.
C’est toute la logique qui pousse à considérer le Ramadan comme un accélérateur plutôt que comme une pause. Le jeûne, la prière nocturne et une lecture du Coran plus attentive qu’à l’accoutumée ne sont pas des points bonus accumulés sur un mois ordinaire : c’est simplement le voyageur qui avance au rythme que ce mois a été conçu pour rendre possible.
Il existe une façon de parcourir cette portion de route qui transforme l’adoration en une simple liste de tâches : plus de rak’āt enregistrées que la nuit précédente, plus de pages lues que la semaine passée, sans prêter la moindre attention au sens de ces actes. Ce n’est pas l’accélération qu’offre le Ramadan. Le même verset qui promet la guidée à ceux qui font des efforts se termine en nommant ceux qui la reçoivent : les bienfaisants, ceux dont l’adoration porte la qualité de l’iḥsān, accomplie comme s’ils voyaient Celui qu’ils adorent. Un voyageur qui avance aussi vite et avec une telle conscience n’arrive pas épuisé par la cadence. Il arrive plus proche de son but, et heureux de la compagnie qu’il a gardée tout au long du chemin.
C’est une idée qu’il convient de garder à l’esprit avant même que le mois ne commence : le but du Ramadan n’a jamais été de simplement le terminer en ayant fait plus. C’est de s’être rapproché d’Allah de manière tangible, avec la joie de la marche, et non le simple soulagement d’avoir franchi la ligne d’arrivée.
La connaissance de l’itinéraire n’est pas abstraite : elle vit dans les mots qu’Allah a fait descendre, au cours du mois même qu’Il a choisi pour les révéler. L’application Coran de Quran Gallery met les versets de cette réflexion, ainsi que chaque autre āyah sur laquelle vous vous appuierez ce Ramadan, à portée de main, en arabe et en traduction simultanément — la provision que ce voyage a toujours exigée. Commencez par là avant le début du mois, et la route vous paraîtra déjà plus courte.
Ô Allah, fais de nous ceux qui accourent vers Toi avec sincérité, qui ne sont ralentis ni par ce monde, ni par l’insufflateur, ni par leurs propres âmes, et qui Te trouvent les attendant avec miséricorde à chaque pas. Āmīn.