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Aimer le Prophète plus que soi-même : ce que le Ramadan exige du cœur

L'amour d'un croyant pour le Prophète n'est pas un simple sentiment : c'est une affirmation que le Coran et les hadiths nous invitent à mettre à l'épreuve de nos propres priorités, de notre propre comportement et de la personne aux côtés de laquelle nous préférerions nous tenir au Jour Dernier. Le Ramadan est le moment où cette épreuve résonne avec force.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 8 min

Chaque année, le Ramaḍān pose une question à laquelle il est facile de répondre par des mots, mais bien plus difficile de répondre par le jeûne : qui aimez-vous au point de faire des sacrifices ? Presque rien de ce que nous accomplissons ce mois-ci n’est de notre propre invention. Le repas d’avant l’aube, la manière précise de rompre le jeûne, les prières surérogatoires après l’ʿIshāʾ, le dernier tiers de la nuit consacré à l’adoration : nous connaissons tout cela parce que le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui) l’a fait en premier et a montré la voie à ses Compagnons. Suivre le modèle de quelqu’un d’aussi près, trente jours d’affilée, est déjà une forme d’amour. La question qui mérite réflexion est de savoir si nous l’appellerions ainsi si on nous le demandait directement, et si cet amour résiste aux critères que les textes fondateurs ont réellement établis.

Ce critère n’a rien de vague. Il désigne très exactement qui doit s’effacer dans la comparaison :

لَا يُؤْمِنُ أَحَدُكُمْ حَتَّى أَكُونَ أَحَبَّ إِلَيْهِ مِنْ وَالِدِهِ وَوَلَدِهِ وَالنَّاسِ أَجْمَعِينَ

Aucun de vous ne croit [véritablement] tant que je ne suis pas plus aimé de lui que son père, son enfant et l’humanité tout entière.

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 1/12 de l’édition , hadith 15, rapporté par Anas ibn Mālik, dans le Livre de la Foi, chapitre « l’amour du Messager fait partie de la foi ».

Remarquez ce que le hadith ne dit pas. Il ne nous demande pas d’aimer le Prophète (que la paix soit sur lui) à la place de nos parents ou de nos enfants : l’Islam ne demande à personne de cesser d’aimer sa famille. Il exige un ordre de priorité : lorsqu’un conflit réel survient entre l’amour qu’on lui porte et l’amour pour quiconque ou quoi que ce soit d’autre, c’est le sien qui doit l’emporter. Il s’agit d’une affirmation vérifiable, et non d’un simple sentiment intime. Cela se manifeste dans la façon dont ses enseignements orientent nos décisions ou sont discrètement écartés lorsqu’ils dérangent, et si son exemple est la première chose que l’on consulte ou la dernière.

Le Coran lie directement cette priorité à notre prétention d’aimer Allah, non pas comme une dévotion distincte, mais comme sa preuve même :

قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ ٱللَّهَ فَٱتَّبِعُونِى يُحْبِبْكُمُ ٱللَّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ ۗ وَٱللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

Dis, [ô Prophète] : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Sūrat Āli ʿImrān, 3:31

Il n’y a aucun chemin menant à l’amour d’Allah qui contourne le suivi de Son Messager. Ni un excès de dévotion, ni un profond sentiment de révérence, ni de bonnes intentions prises isolément : seul le suivi compte. C’est pourquoi le Ramaḍān est un indicateur d’amour d’une honnêteté redoutable : c’est un mois presque entièrement bâti sur ce suivi. Nous jeûnons comme il a jeûné, nous récitons comme il a encouragé à le faire, et nous veillons la nuit comme il l’a fait. Chacun de ces actes est soit un suivi authentique, accompli parce qu’il l’a fait, soit un rituel personnel que nous nous trouvons accomplir à la même période de l’année. Seule la personne qui prie sait de quoi il s’agit.

Suivre un modèle d’aussi près n’a de sens que si ce modèle en vaut la peine, et le Coran tranche cette question en quatre mots :

وَإِنَّكَ لَعَلَىٰ خُلُقٍ عَظِيمٍ

Et tu es certes, d’une moralité éminente.

Sūrat al-Qalam, 68:4

Cette description n’est pas un éloge abstrait ; elle dépeint un homme dont les compagnons pouvaient rapporter des faits précis après des décennies de proximité. Il pardonnait à ceux qui lui avaient fait du tort alors qu’il avait tout le pouvoir de les punir. Il était patient avec les enfants, doux envers les plus faibles, et honnête même lorsque cette honnêteté lui coûtait. Il a porté le deuil — la perte de ses parents dans son enfance, la mort de six de ses propres enfants, le meurtre et la mutilation de son oncle Ḥamzah à Uḥud — sans que cela ne se transforme en amertume envers Allah ou en cruauté envers les gens. Un tel caractère ne s’admire pas simplement de loin. C’est ce qui fait que lui obéir ressemble moins à de la soumission qu’à de la confiance.

Aimer quelqu’un à ce point change bien plus que notre comportement dans cette vie : le Prophète (que la paix soit sur lui) a expliqué à un Compagnon exactement où cela mène au Jour Dernier :

جَاءَ رَجُلٌ إِلَى رَسُولِ اللهِ، فَقَالَ: يَا رَسُولَ اللهِ، كَيْفَ تَقُولُ فِي رَجُلٍ أَحَبَّ قَوْمًا وَلَمْ يَلْحَقْ بِهِمْ؟ فَقَالَ رَسُولُ اللهِ: الْمَرْءُ مَعَ مَنْ أَحَبَّ

Un homme vint trouver le Messager d’Allah et dit : « Ô Messager d’Allah, que dis-tu d’un homme qui aime des gens mais qui n’a pas [encore] atteint leur niveau [en actes] ? » Le Messager d’Allah répondit : « L’homme sera avec ceux qu’il aime. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 8/39 de l’édition , hadith 6169, rapporté par ʿAbdullāh ibn Masʿūd, dans le Livre des Bonnes mœurs, chapitre « le signe de l’amour pour Allah ».

L’homme qui posait la question s’inquiétait d’un décalage qu’il ressentait en lui-même : un amour sincère pour le Prophète (que la paix soit sur lui) et ses pieux prédécesseurs, mais un registre d’actions qui n’était pas à la hauteur des leurs. La réponse ne lui a pas demandé de combler ce fossé par la seule force de sa volonté pour que cela compte. Elle lui a révélé jusqu’où l’amour lui-même peut porter une personne. Ce n’est pas pour autant un laissez-passer pour cesser de faire des efforts : le hadith s’adresse à quelqu’un qui luttait déjà et n’y parvenait pas pleinement, et non à quelqu’un qui ne faisait rien du tout. C’est une raison de continuer à faire des efforts avec espoir plutôt qu’avec désespoir : le Jour où la sincérité sera enfin pesée à sa juste valeur, l’amour que vous lui portez ne sera pas une simple note de bas de page dans votre registre. C’est l’une des choses qui vous rassemblera auprès de lui.

Il est facile de vanter les qualités morales de n’importe qui ; ce qui rend les siennes si différentes, c’est que la personne qui a été la plus proche de lui pendant la plus longue période l’a décrit dans les termes les plus simples et les moins romancés qui soient :

خَدَمْتُ النَّبِيَّ عَشْرَ سِنِينَ، فَمَا قَالَ لِي: أُفٍّ، وَلَا: لِمَ صَنَعْتَ؟ وَلَا: أَلَّا صَنَعْتَ

J’ai servi le Messager d’Allah pendant dix ans, et il ne m’a jamais dit « ouf », ni ne m’a jamais demandé [à propos d’une chose que j’avais faite] : « Pourquoi as-tu fait cela ? » ni [à propos d’une chose que je n’avais pas faite] : « Pourquoi n’as-tu pas fait cela ? »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 5/2245 de l’édition , hadith 5691, rapporté par Anas ibn Mālik, dans le Livre des Bonnes mœurs, chapitre sur le bon caractère et la générosité.

Anas ibn Mālik était un jeune garçon confié à la maison du Prophète pour le servir, et il y est resté une décennie. Une décennie, c’est bien assez long pour que la patience de quiconque s’épuise sur des broutilles : une tâche mal exécutée, un retard, un plat brisé. Pas une seule fois en dix ans, selon la personne qui était la mieux placée pour le savoir, le Prophète (que la paix soit sur lui) n’a ne serait-ce que soupiré d’agacement à son égard. Cette retenue n’est pas un détail mineur de son caractère ; c’est ce même caractère que l’on nous demande de placer au-dessus de tout autre amour, rendu suffisamment concret pour qu’un enfant s’en souvienne tout au long de sa vie. Cela place la barre très haut quant à la façon dont nous parlons aux personnes qui nous servent et dépendent de nous. Et le Ramaḍān, qui nous prive de l’excuse d’un estomac plein et d’un corps reposé, est précisément le mois qui vérifie si nous en avons tiré la moindre leçon.

Le signe d’amour le plus évident que le Coran nous donne n’est pas un sentiment à invoquer, mais un acte à répéter :

إِنَّ ٱللَّهَ وَمَلَـٰٓئِكَتَهُۥ يُصَلُّونَ عَلَى ٱلنَّبِىِّ ۚ يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ صَلُّوا۟ عَلَيْهِ وَسَلِّمُوا۟ تَسْلِيمًا

En effet, Allah répand Ses bénédictions sur le Prophète, et Ses anges [Lui demandent de le faire]. Ô vous qui avez cru, demandez [à Allah de répandre] Ses bénédictions sur lui et demandez [à Allah de lui accorder] la paix.

Sūrat al-Aḥzāb, 33:56

Allah Lui-même envoie des bénédictions sur Son Messager, et Il nous ordonne d’en faire autant : une forme d’amour qui ne coûte qu’une phrase et qui peut être prononcée dans une file d’attente, entre deux tâches, ou dans les derniers instants avant la rupture du jeûne. Associez cela à ce que cet article a déjà mentionné : tenir notre langue avec les personnes qui dépendent de nous, laisser son exemple primer sur notre confort lorsque les deux entrent en conflit, et considérer le fait de le suivre — et non pas seulement de l’admirer — comme l’essence même de ce mois. Rien de tout cela ne nécessite de nouvelles connaissances. Cela exige simplement que l’ordre de priorité établi dans le premier hadith tienne véritablement la route lorsqu’il est mis à l’épreuve.

Si les ṣalawāt sur le Prophète (que la paix soit sur lui) sont une habitude qui mérite d’être conservée au-delà du Ramaḍān, la bibliothèque d’Adhkar de Quran Gallery contient les formules qu’il a enseignées, aux côtés du reste de ce que les Compagnons ont mémorisé de lui. Elles sont consultables et toujours à portée de main, pour ne pas être simplement récitées une fois lors d’une khuṭbah puis oubliées. Demandons à Allah de nous aimer comme Il l’a aimé. Ensuite, laissons cet amour se manifester là où son caractère s’est toujours illustré : dans notre façon de traiter les personnes qui se trouvent face à nous.