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Comment le Coran demande à être récité : Présence, Tartīl et Tadabbur

Lire le Coran et le réciter ne sont pas une seule et même chose. Voici un guide pratique sur le adab, le tartīl et le tadabbur qui transforment les mots sur la page en un acte d'adoration — fondé sur le verset qui en définit l'objectif et sur le hadith qui illustre la manière dont le Prophète (que la paix et les bénédictions d'Allah soient sur lui) lui-même abordait la récitation.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 7 min

Vous pouvez lire le Coran comme vous liriez n’importe quel autre livre : les yeux parcourant les lettres, les pages qui se tournent, un certain nombre de versets comptabilisés pour la journée. Ou bien, vous pouvez le réciter — plus lentement, à voix haute, en vous adressant autant à votre propre cœur qu’à Allah. Les mots sur le muṣḥaf restent identiques dans les deux cas. Ce qui change, c’est l’effet que cette récitation est censée produire en vous.

Allah définit cet objectif de manière explicite :

إِنَّمَا ٱلْمُؤْمِنُونَ ٱلَّذِينَ إِذَا ذُكِرَ ٱللَّهُ وَجِلَتْ قُلُوبُهُمْ وَإِذَا تُلِيَتْ عَلَيْهِمْ ءَايَـٰتُهُۥ زَادَتْهُمْ إِيمَـٰنًا وَعَلَىٰ رَبِّهِمْ يَتَوَكَّلُونَ

« Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. » (Sūrat al-Anfāl, 8:2).

Une récitation qui laisse votre foi exactement au même stade qu’avant de commencer a manqué son but. Voici donc les habitudes — avant de commencer, pendant la lecture, et après avoir refermé le muṣḥaf — qui, selon le Coran et la Sunna, font toute la différence entre ces deux approches.

Avant même de prononcer le premier mot, Allah ordonne un acte de protection bien précis :

فَإِذَا قَرَأْتَ ٱلْقُرْءَانَ فَٱسْتَعِذْ بِٱللَّهِ مِنَ ٱلشَّيْطَـٰنِ ٱلرَّجِيمِ

« Lorsque tu lis le Coran, demande la protection d’Allah contre le Diable banni. » (Sūrat al-Naḥl, 16:98).

Dire « aʿūdhu billāhi min al-shayṭān al-rajīm » avant de commencer n’est pas une simple formule prononcée à la légère. C’est reconnaître que ce qui s’apprête à se produire — les mots d’Allah pénétrant votre cœur — est précisément ce qu’un adversaire cherche à perturber, et que vous ne pouvez garantir votre propre concentration sans avoir d’abord demandé de l’aide.

Cette même logique s’applique à votre posture physique, même si aucune règle stricte ne l’impose. Les savants spécialistes des règles de bienséance liées au Coran recommandent depuis longtemps de faire ses ablutions (wuḍūʾ) au préalable, de s’asseoir face à la qiblah plutôt que de lui tourner le dos, et de baisser la tête au lieu de réciter en étant affalé ou distrait. Rien de tout cela n’est une condition de validité de la récitation — vous pouvez tout à fait réciter le Coran de mémoire sans avoir vos ablutions — mais ces gestes indiquent à votre propre corps que ce que vous vous apprêtez à faire n’est pas anodin. Mettez votre téléphone sur silencieux, ou mieux encore, laissez-le dans une autre pièce. Une notification en plein milieu d’un verset produit sur votre récitation exactement l’effet que l’isti’ādhah est censée empêcher.

Allah n’a pas demandé que le Coran soit récité à toute vitesse. Il a demandé tout le contraire :

أَوْ زِدْ عَلَيْهِ وَرَتِّلِ ٱلْقُرْءَانَ تَرْتِيلًا

« …ou un peu plus. Et récite le Coran, lentement et clairement. » (Sūrat al-Muzzammil, 73:4).

Le tartīl consiste à accorder à chaque lettre l’articulation qui lui est due plutôt que de lier les mots à la hâte pour avancer plus vite. C’est marquer une pause là où le sens l’exige, et non là où l’on vient à manquer de souffle. C’est considérer la précipitation comme l’ennemi de l’exercice, et non comme son unité de mesure. Une page récitée en quatre-vingt-dix secondes et une page récitée en quatre minutes peuvent contenir exactement les mêmes lettres, mais produire deux récitations radicalement différentes.

Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a lié cela au son de la voix tout autant qu’au rythme :

« Embellissez le Coran par vos voix » ( , Sunan al-Nasā’ī, édition imprimée 2/179).

Embellir sa voix n’est pas une question de performance — la même narration rapporte qu’un compagnon a admis avoir tout simplement oublié cette phrase jusqu’à ce qu’un autre la lui rappelle, ce qui montre bien qu’il s’agit d’une instruction reçue de manière tout à fait ordinaire. Il s’agit plutôt d’accorder à la récitation le soin qu’un tel don mérite, avec la voix qui est naturellement la vôtre.

Le tartīl ralentit suffisamment la récitation pour permettre à autre chose de se produire : prêter attention à ce que dit réellement chaque verset, et y réagir plutôt que de se contenter de le prononcer. Ḥudhayfah ibn al-Yamān a raconté avoir observé le Prophète (que la paix soit sur lui) faire exactement cela lors d’une prière nocturne, en récitant Sūrat al-Baqarah, al-Nisāʾ et Āl ʿImrān en une seule rakʿah :

« Il récitait posément (mutarassilan) — chaque fois qu’il passait par un verset contenant une glorification, il glorifiait [Allah] ; chaque fois qu’il passait par un verset contenant une demande, il demandait ; et chaque fois qu’il passait par un verset impliquant de chercher refuge, il cherchait refuge » ( , Ṣaḥīḥ Muslim, édition imprimée 2/186).

C’est un modèle que vous pouvez appliquer à votre propre récitation sans avoir besoin de mémoriser trois sourates d’une traite. Un verset mentionnant la miséricorde d’Allah est une invitation à la demander. Un verset mettant en garde contre un châtiment est une invitation à chercher refuge contre celui-ci. Un verset proclamant la transcendance d’Allah est une invitation à l’exprimer vous-même, à voix haute ou dans un murmure, avant de poursuivre. La récitation cesse alors d’être un monologue que vous déclamez pour devenir une véritable conversation.

C’est ce que le Coran lui-même définit comme sa raison d’être :

كِتَـٰبٌ أَنزَلْنَـٰهُ إِلَيْكَ مُبَـٰرَكٌ لِّيَدَّبَّرُوٓا۟ ءَايَـٰتِهِۦ وَلِيَتَذَكَّرَ أُو۟لُوا۟ ٱلْأَلْبَـٰبِ

« [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (Sūrat Ṣād, 38:29).

Le tadabbur — la méditation — est désigné ici comme la raison même pour laquelle le Livre a été révélé, et non comme une option facultative réservée à ceux qui auraient plus de temps libre que vous. Cela ne nécessite pas de lire moins. Cela exige de lire à un rythme qui laisse le temps à un verset de s’imprégner en vous avant que le suivant ne commence.

La manière dont vous terminez une récitation compte tout autant que la façon dont vous la commencez. S’arrêter au milieu d’une idée parce qu’on arrive à la fin d’une page, ou parce que quelque chose d’autre finit par réclamer votre attention, revient à traiter le Coran comme une tâche que l’on interrompt plutôt que comme une conversation que l’on clôture convenablement. La forme recommandée pour terminer fait écho à celle du début : glorifiez Allah pour ce à quoi vous venez d’avoir accès, remerciez-Le pour le temps passé en Sa compagnie, et demandez-Lui pardon pour les moments où votre cœur a pu être distrait, plutôt que de prétendre avoir été pleinement présent. Cette dernière partie est plus importante qu’il n’y paraît — même une récitation où l’esprit a vagabondé mérite d’être conclue avec honnêteté, plutôt que de faire comme si elle s’était déroulée à la perfection.

Rien de tout cela n’est une liste de cases à cocher avant d’avoir le droit de poser le muṣḥaf. C’est plutôt l’habitude de considérer une assise avec le Coran comme un moment structuré — avec une entrée, un cœur et une sortie — plutôt que comme une simple activité qui vient combler vos quelques minutes de temps libre.

Rien de ce qui précède ne peut fonctionner si on ne s’y consacre qu’une fois par mois. Le tartīl et le tadabbur dépendent tous deux d’un rythme auquel vous revenez assez souvent pour que ralentir ne soit plus perçu comme une interruption dans votre journée, mais plutôt comme son déroulement naturel. Une courte portion, récitée sans hâte et avec présence presque tous les jours, vous transformera bien plus qu’une longue portion récitée à la hâte de temps à autre — la première forge une habitude sur laquelle votre cœur peut s’appuyer, tandis que la seconde n’en a jamais l’occasion.

Si vous cherchez une structure quotidienne solide pour maintenir cette habitude — les évocations du matin et du soir, les invocations (duʿāʾ) pour ouvrir et clôturer une assemblée, ces courtes phrases destinées à être répétées plutôt que lues une seule fois — la section adhkar de Quran Gallery les rassemble en un seul endroit, prêtes à accompagner la portion du Coran vers laquelle vous revenez chaque jour.

Puisse Allah faire de notre récitation une récitation qui touche le cœur, et non seulement la langue.