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Reflections

Au-delà de l'automatisme : pourquoi varier vos adhkār et sourates renforce le khushūʿ

Réciter les deux mêmes duʿāʾ et la même courte sourate à chaque rakʿah n'est pas de la dévotion, c'est du pilotage automatique. Le Prophète variait ses invocations d'ouverture et ses récitations d'une nuit à l'autre. Apprendre cette diversité permet de transformer des mots familiers en une véritable conversation avec Allah.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 7 min

Posez-vous honnêtement la question : qu’avez-vous dit lors de votre dernière rakʿah ? Si la réponse vous vient sans la moindre réflexion — les deux mêmes phrases apprises dans votre enfance, la même courte sourate récitée un millier de fois —, il convient de s’y arrêter un instant. Non pas que ces mots soient mauvais. Mais à force d’être répétés, les mots finissent par ne plus être entendus par celui qui les prononce, et la ṣalāh n’a jamais été conçue pour fonctionner en pilote automatique.

Il ne s’agit pas d’un reproche à votre égard ; c’est simplement ainsi que fonctionne l’attention. Une phrase prononcée de la même manière, au même moment, dans le même ordre, à chaque fois, finit par être traitée comme un panneau de signalisation familier : on le reconnaît, on ne le lit plus. La langue bouge, mais le cœur est ailleurs. Allah décrit directement l’alternative dans un verset révélé au sujet de Son propre Livre :

كِتَـٰبٌ أَنزَلْنَـٰهُ إِلَيْكَ مُبَـٰرَكٌ لِّيَدَّبَّرُوٓا۟ ءَايَـٰتِهِۦ وَلِيَتَذَكَّرَ أُو۟لُوا۟ ٱلْأَلْبَـٰبِ

[Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent.

(Sūrat Ṣād, 38:29)

Le tadabbur — la méditation — est présenté ici comme le but même de la révélation. Il ne peut se produire sur une phrase que votre esprit a déjà classée comme « expédiée » avant même que votre bouche n’ait fini de la prononcer. Varier ce que vous dites pendant la ṣalāh n’est pas un simple ornement ; c’est ce qui permet aux mots de conserver suffisamment de fraîcheur pour vous toucher véritablement.

On suppose souvent qu’il n’existe qu’une seule formulation fixe pour l’invocation d’ouverture silencieuse (duʿāʾ al-istiftāḥ) prononcée après le takbīr, ainsi que pour tout le reste de la ṣalāh. Les recueils de hadiths racontent pourtant une autre histoire : plusieurs compagnons rapportent des formulations différentes de la part du Prophète (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui), toutes authentiques, toutes prononcées à un moment précis de sa prière.

Abū Hurayrah remarqua un jour le silence du Prophète juste après le takbīr d’ouverture et lui demanda directement ce qu’il disait à ce moment-là :

كَانَ رَسُولُ اللَّهِ يَسْكُتُ بَيْنَ التَّكْبِيرِ وَبَيْنَ الْقِرَاءَةِ إِسْكَاتَةً - قَالَ أَحْسِبُهُ قَالَ هُنَيَّةً - فَقُلْتُ: بِأَبِي وَأُمِّي يَا رَسُولَ اللَّهِ، إِسْكَاتُكَ بَيْنَ التَّكْبِيرِ وَالْقِرَاءَةِ، مَا تَقُولُ؟ قَالَ: أَقُولُ: اللَّهُمَّ بَاعِدْ بَيْنِي وَبَيْنَ خَطَايَايَ، كَمَا بَاعَدْتَ بَيْنَ الْمَشْرِقِ وَالْمَغْرِبِ، اللَّهُمَّ نَقِّنِي مِنَ الْخَطَايَا كَمَا يُنَقَّى الثَّوْبُ الْأَبْيَضُ مِنَ الدَّنَسِ، اللَّهُمَّ اغْسِلْ خَطَايَايَ بِالْمَاءِ وَالثَّلْجِ وَالْبَرَدِ

Le Messager d’Allah gardait le silence entre le takbīr et la récitation — un court instant, pensait-il. Je lui dis alors : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi, ô Messager d’Allah ! Ce silence que tu observes entre le takbīr et la récitation, qu’y dis-tu ? » Il répondit : « Je dis : Ô Allah, éloigne-moi de mes péchés comme Tu as éloigné l’Orient de l’Occident. Ô Allah, purifie-moi de mes péchés comme on purifie le vêtement blanc de sa saleté. Ô Allah, lave mes péchés avec de l’eau, de la neige et de la grêle. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, édition imprimée page 1/259 de .

ʿAlī ibn Abī Ṭālib rapporte une formulation totalement différente, prononcée exactement au même moment de la prière :

كَانَ إِذَا قَامَ إِلَى الصَّلَاةِ قَالَ: وَجَّهْتُ وَجْهِيَ لِلَّذِي فَطَرَ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضَ حَنِيفًا وَمَا أَنَا مِنَ الْمُشْرِكِينَ. إِنَّ صَلَاتِي وَنُسُكِي وَمَحْيَايَ وَمَمَاتِي لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ لَا شَرِيكَ لَهُ وَبِذَلِكَ أُمِرْتُ وَأَنَا مِنَ الْمُسْلِمِينَ …

Lorsqu’il se levait pour prier, il disait : « J’ai tourné mon visage vers Celui qui a créé les cieux et la terre, en pur monothéiste, et je ne suis point du nombre des associateurs. Certes, ma prière, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont à Allah, Seigneur de l’univers, à qui nul n’est associé. C’est ce qui m’a été ordonné, et je suis du nombre des soumis. » …

— Ṣaḥīḥ Muslim, édition imprimée page 1/534 de .

Deux formulations authentiques, deux atmosphères différentes — l’une est une supplique pour être éloigné du péché, l’autre une déclaration d’intention —, toutes deux émanant du même homme, à la même étape de la même prière. L’une n’annule pas l’autre. En apprendre plusieurs et alterner entre elles n’est pas une innovation ; c’est suivre plus fidèlement ce qu’il faisait réellement, plutôt que de rester figé sur la première formulation que l’on vous a enseignée dans votre enfance.

Ḥudhayfah ibn al-Yamān raconte avoir prié aux côtés du Prophète une nuit, l’observant enchaîner sourate après sourate au lieu de se contenter d’un passage court et familier :

صَلَّيْتُ مَعَ النَّبِيِّ ذَاتَ لَيْلَةٍ. فَافْتَتَحَ الْبَقَرَةَ. فَقُلْتُ: يَرْكَعُ عِنْدَ الْمِائَةِ. ثُمَّ مَضَى. فَقُلْتُ: يُصَلِّي بِهَا فِي رَكْعَةٍ. فَمَضَى. فَقُلْتُ: يَرْكَعُ بِهَا. ثُمَّ افْتَتَحَ النِّسَاءَ فَقَرَأَهَا. ثُمَّ افْتَتَحَ آلَ عِمْرَانَ فَقَرَأَهَا. يَقْرَأُ مُتَرَسِّلًا. إِذَا مَرَّ بِآيَةٍ فِيهَا تَسْبِيحٌ سَبَّحَ. وَإِذَا مَرَّ بِسُؤَالٍ سَأَلَ. وَإِذَا مَرَّ بِتَعَوُّذٍ تَعَوَّذَ …

J’ai prié avec le Prophète une nuit. Il commença par al-Baqarah, et je me suis dit : il s’inclinera au centième verset. Il continua, et je me suis dit : il va la réciter en entier dans une seule rakʿah. Il continua, et je me suis dit : il s’inclinera à la fin de celle-ci. Puis il entama al-Nisāʾ et la récita. Ensuite, il entama Āl ʿImrān et la récita — en lisant posément. Chaque fois qu’il passait par un verset de glorification, il glorifiait ; chaque fois qu’il passait par un verset contenant une demande, il invoquait ; chaque fois qu’il passait par un verset mentionnant la recherche de refuge, il cherchait refuge. …

— Ṣaḥīḥ Muslim, édition imprimée page 1/536 de , tiré du chapitre de l’ouvrage consacré à l’allongement de la récitation lors de la prière nocturne.

Trois des plus longues sourates du Coran, à la suite, en une seule nuit — et à chaque instant, il cessait d’être un simple récitateur pour devenir quelqu’un qui réagissait véritablement à ce qu’il disait. Ce n’est pas un niveau que la plupart d’entre nous peuvent atteindre lors d’une nuit ordinaire, et ce n’est pas non plus le but de ce récit. Mais la direction est claire : il variait. Il ne s’est pas contenté des premiers versets d’al-Baqarah sous prétexte que c’étaient ceux qu’il connaissait le mieux.

Le Coran lui-même laisse place à ce type de flexibilité. S’adressant à la première communauté épuisée par les prières nocturnes, il ne leur impose pas une portion unique à répéter :

… وَٱللَّهُ يُقَدِّرُ ٱلَّيْلَ وَٱلنَّهَارَ ۚ عَلِمَ أَن لَّن تُحْصُوهُ فَتَابَ عَلَيْكُمْ ۖ فَٱقْرَءُوا۟ مَا تَيَسَّرَ مِنَ ٱلْقُرْءَانِ …

… et Allah détermine la nuit et le jour. Il sait que vous ne saurez jamais en calculer le temps, c’est pourquoi Il vous a pardonné. Récitez donc ce qui vous est facile du Coran. …

(Sūrat al-Muzzammil, 73:20)

« Ce qui vous est facile » n’est pas synonyme de « ce que vous connaissez déjà par cœur ». C’est une invitation à élargir continuellement ce répertoire.

Remarquez ce que les deux hadiths ci-dessus ont en commun. Le récit d’Abū Hurayrah n’existe que parce qu’il s’est arrêté pour demander ce qu’il disait ; celui de Ḥudhayfah n’existe que parce qu’il observait avec suffisamment d’attention pour le rapporter verset par verset. L’attention était déjà éveillée avant même que ces récits ne voient le jour. C’est là toute la valeur de la diversité : non pas la nouveauté pour la nouveauté, mais le fait qu’une phrase en cours d’apprentissage ne peut être récitée par habitude. Vous devez faire l’effort de vous en souvenir, ce qui exige d’être pleinement présent. Une fois qu’elle est définitivement mémorisée, cette même présence est libérée pour méditer sur son sens, au lieu d’être accaparée par le travail mécanique de la mémoire.

Deux petites habitudes font ici l’essentiel du travail. Premièrement, décidez avant de vous lever pour la ṣalāh — et non pendant — quel duʿāʾ ou quelle sourate vous avez l’intention de réciter cette fois-ci. Une décision prise à l’avance résiste mieux à l’instant présent qu’une décision prise en pleine rakʿah, où la solution de facilité consiste toujours à se tourner vers ce qui est le plus familier. Deuxièmement, commencez par vos prières surérogatoires, où il n’y a aucune pression de perfection devant qui que ce soit : apprenez une nouvelle invocation d’ouverture ou une nouvelle courte sourate à la fois, utilisez-la délibérément pendant une semaine, puis ajoutez-en une autre. Vous ne remplacez pas ce que vous connaissez déjà ; vous construisez une rotation suffisamment large pour qu’aucune phrase ne s’use à force d’être répétée.

Rien de tout cela ne requiert de nouvelles connaissances, mais plutôt un point de départ. La bibliothèque d’adhkār de Quran Gallery rassemble des invocations authentifiées par occasion, chacune accompagnée de son texte en arabe, de sa translittération et de sa traduction. Ainsi, choisir la prochaine à apprendre relève davantage de l’exploration que de la recherche. Commencez par une dès ce soir. Qu’Allah fasse que les mots que nous prononçons dans la ṣalāh soient des mots que nous pensons sincèrement.