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L'Aïd al-Adha loin de Minā : la prière, le takbīr et le repas qui patiente
La majeure partie de la oumma ne se tiendra jamais à Minā le dixième jour de Dhū al-Ḥijjah. Pour tous les autres, l'Aïd al-Adha se résume à une marche vers un lieu de prière en plein air, un takbīr prononcé à voix haute tout au long du trajet, et un petit-déjeuner délibérément retardé jusqu'après le sacrifice — trois petits actes qui puisent leur origine dans un événement bien plus grand.
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- The Quran Gallery team
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Pour la poignée de pèlerins présents à Minā, le dixième jour de Dhū al-Ḥijjah est un itinéraire tout tracé : lapidation, sacrifice, crâne rasé. Pour tous les autres — c’est-à-dire presque tous ceux qui observeront ce jour —, la matinée est bien plus modeste. On marche vers le lieu de prière, on prononce une formule à voix haute en chemin, et on attend plus longtemps que d’habitude pour manger. Rien de tout cela n’est un simple remplissage autour de la « véritable » célébration qui se déroulerait ailleurs. Les sources sont précises sur chacun de ces éléments, et sur la raison pour laquelle une journée d’apparence si ordinaire porte un nom signifiant la soumission.
Avant même l’existence de l’Aïd al-Adha, Médine célébrait déjà deux jours chaque année. Anas ibn Mālik décrit ce qu’il en est advenu :
قَدِمَ رسولُ الله المدينةَ ولهم يَوْمَانِ يلعبون فيهما، فقال: «ما هذان اليومَان؟» قالوا: كنا نلعبُ فيهما في الجاهلية، فقال رسولُ الله: «إنَّ الله قَدْ أبدَلَكُم بهما خَيرَاً مِنهما: يَومُ الأضحى، ويَومُ الفِطرِ» Le Messager d’Allah est arrivé à Médine, et ses habitants avaient deux jours durant lesquels ils avaient l’habitude de se divertir. Il demanda : « Que sont ces deux jours ? » Ils répondirent : « Nous avions l’habitude de nous y divertir à l’époque préislamique. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) dit alors : « Allah vous les a remplacés par quelque chose de meilleur : le jour de al-Aḍḥā et le jour de al-Fiṭr. »
— Sunan Abī Dāwūd, édition imprimée page 2/345 de , hadith 1134, rapporté d’après Anas ibn Mālik. Les éditeurs de cette version qualifient la chaîne de transmission de ṣaḥīḥ dans leur note de bas de page.
Lisez ceci attentivement : il ne s’agit pas d’un simple changement de dates sur un calendrier. C’est l’affirmation que les anciennes festivités n’avaient aucune substance au-delà du divertissement, tandis que les nouvelles sont bâties autour de quelque chose de profond. Ce qui suit révèle la nature de ce « quelque chose » : une prière à la forme bien précise, une formule prononcée en s’y rendant, et un repas que l’on est censé repousser plus tard qu’on ne le souhaiterait.
Abū Saʿīd al-Khudrī, en décrivant la pratique habituelle du Prophète, commence par préciser le lieu où se tenait la prière :
أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ كَانَ يَخْرُجُ يَوْمَ الْأَضْحَى وَيَوْمَ الْفِطْرِ، فَيَبْدَأُ بِالصَّلَاةِ، فَإِذَا صَلَّى صَلَاتَهُ وَسَلَّمَ، قَامَ فَأَقْبَلَ عَلَى النَّاسِ، وَهُمْ جُلُوسٌ فِي مُصَلَّاهُمْ Le Messager d’Allah sortait le jour de al-Aḍḥā et le jour de al-Fiṭr, et commençait par la prière. Puis, une fois qu’il avait prié et prononcé le salām final, il se levait et se tournait face aux gens, qui restaient assis dans leur muṣallā.
— Ṣaḥīḥ Muslim, édition imprimée page 2/605 de , hadith 889, rapporté d’après Abū Saʿīd al-Khudrī.
Le terme muṣallā désigne simplement un lieu de prière, mais il a ici toute son importance : il ne s’agit pas du masjid, la mosquée du quotidien. La ville sortait — vers un vaste terrain dégagé partagé, suffisamment grand pour accueillir tous ceux qui s’y rendraient, puis y restait assise après la prière pour écouter ce que le Prophète avait à dire. Qu’une ville d’aujourd’hui prie ce matin-là sur un terrain aménagé, dans une salle ou dans sa plus grande mosquée dépend de l’espace dont elle dispose, et les juristes ont statué en conséquence. Ce que ce récit établit, c’est la forme qui sous-tend le choix du lieu : un rassemblement unique, en un seul endroit, pour toute la communauté en même temps — et non la répartition habituelle dans les mosquées de quartier.
Entre le départ de la maison et l’arrivée sur ce terrain, quelque chose doit être prononcé à voix haute tout au long du trajet. Nāfiʿ le rapporte au sujet d’Ibn ʿUmar :
أَنَّهُ كَانَ إِذَا غَدَا يَوْمَ الْأَضْحَى وَيَوْمَ الْفِطْرِ يَجْهَرُ بِالتَّكْبِيرِ حَتَّى يَأْتِيَ الْمُصَلَّى ثُمَّ يُكَبِّرُ حَتَّى يَأْتِيَ الْإِمَامُ Lorsqu’il se mettait en route le jour de al-Aḍḥā et le jour de al-Fiṭr, il élevait la voix avec le takbīr jusqu’à atteindre le lieu de prière, et continuait à le prononcer jusqu’à l’arrivée de l’imam.
— Sunan al-Dāraquṭnī, édition imprimée page 2/381 de , récit 1716, consignant la pratique d’Ibn ʿUmar telle que rapportée par Nāfiʿ.
Il s’agit ici d’un récit sur ce qu’Ibn ʿUmar faisait lui-même, et non d’une parole du Prophète. Les juristes divergent d’ailleurs sur le moment exact où le takbīr individuel doit commencer et se terminer en cette période — un véritable point de désaccord entre les écoles, que cet article n’a pas vocation à trancher. Ce qui est en revanche établi, c’est l’allure de cette marche : le takbīr n’est pas une formule que l’on garde pour soi jusqu’à être assis en attendant le début de la prière. C’est le son qui anime la rue en chemin, suffisamment fort pour qu’un inconnu marchant dans la même direction sache, sans qu’on le lui dise, à quelle matinée il assiste.
Chaque autre détail de la journée prépare celui qui lui donne sa forme la plus évidente. Buraydah rapporte la manière dont le Prophète (paix sur lui) traitait les deux fêtes différemment :
كَانَ رَسُولُ اللهِ لَا يَغْدُو يَوْمَ الْفِطْرِ حَتَّى يَأْكُلَ، وَلَا يَأْكُلُ يَوْمَ الْأَضْحَى حَتَّى يَرْجِعَ، فَيَأْكُلَ مِنْ أُضْحِيَّتِهِ Le Messager d’Allah ne sortait pas le jour de al-Fiṭr avant d’avoir mangé, et ne mangeait pas le jour de al-Aḍḥā avant d’être de retour — afin de pouvoir manger de son propre sacrifice.
— Musnad Aḥmad, édition imprimée page 38/88 de , récit 22984, rapporté d’après Buraydah. Les éditeurs de cette version qualifient le récit de ḥasan dans son ensemble dans leur note de bas de page, tout en signalant que cette chaîne de transmission précise est faible en elle-même — renforcée, notent-ils, par d’autres voies qui aboutissent à la même formulation.
Pour al-Fiṭr, l’ordre est le suivant : manger, puis sortir, car le jeûne qui a donné son nom à la journée est déjà terminé et il n’y a plus rien à attendre. Pour al-Aḍḥā, l’ordre s’inverse, et c’est précisément là l’essentiel : on sort d’abord, on prie, et ce n’est qu’ensuite, une fois le sacrifice effectivement accompli, qu’arrive le premier vrai repas de la journée, tiré de l’animal lui-même. De nombreux foyers marquent ce jour par leur propre sacrifice ; les exigences de ce sacrifice et les personnes qui en sont redevables constituent un sujet à part entière. Ce que ce récit établit est plus simple et s’applique, que le foyer procède ou non à l’abattage lui-même : ce jour-là, le repas n’est pas le premier événement de la matinée. C’est une récompense délibérément placée après que l’on a renoncé à quelque chose d’autre.
Aucune des trois pratiques susmentionnées n’explique pourquoi ce jour porte ce nom — al-Aḍḥā, tiré du sacrifice —, ni pourquoi un sacrifice constitue le pivot autour duquel tout le reste s’articule. Pour le comprendre, les sources remontent bien avant Médine, jusqu’à une conversation entre un père et son fils :
فَلَمَّا بَلَغَ مَعَهُ ٱلسَّعْىَ قَالَ يَـٰبُنَىَّ إِنِّىٓ أَرَىٰ فِى ٱلْمَنَامِ أَنِّىٓ أَذْبَحُكَ فَٱنظُرْ مَاذَا تَرَىٰ ۚ قَالَ يَـٰٓأَبَتِ ٱفْعَلْ مَا تُؤْمَرُ ۖ سَتَجِدُنِىٓ إِن شَآءَ ٱللَّهُ مِنَ ٱلصَّـٰبِرِينَ Puis, quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Ibrāhīm] dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de te sacrifier — dis-moi donc ce que tu en penses. » Il répondit : « Ô mon père, fais ce qui t’est commandé. Tu me trouveras, si Allah le veut, du nombre des endurants. »
Remarquez ce qui ne se produit pas dans cet échange. Ibrāhīm n’annonce pas ce rêve comme un ordre avant d’emmener son fils pour l’exécuter. Il lui demande ce qu’il en pense — il soumet à un autre un commandement qu’il sait déjà contraignant, et attend une réponse donnée librement plutôt qu’extorquée. De son côté, le fils ne tergiverse pas, ne négocie pas et ne demande pas pourquoi. Il corrige même la formulation de son père : il ne s’agit pas de ce que tu vois, mais de ce qui t’a été commandé — alors fais-le. Quatre versets relatent la suite des événements : tous deux se soumirent, le garçon fut allongé face contre terre, et une voix retentit avant que la lame n’achève son œuvre. Vient ensuite le verset qui donne son nom à ce jour :
وَفَدَيْنَـٰهُ بِذِبْحٍ عَظِيمٍ Et Nous le rançonnâmes par un sacrifice immense.
Une rançon n’est pas un substitut offert à la place d’un prix à payer — c’est ce qui est versé après qu’un prix a déjà été accepté, dans son intégralité, par les deux parties. Rien dans cet échange entre le père et le fils n’était symbolique pour l’un ou l’autre à ce moment-là. Un vieil homme qui avait attendu cet enfant toute sa vie a accepté de s’en séparer de ses propres mains, et l’enfant a accepté d’être sacrifié, avant même que l’un d’eux ne sache qu’une rançon allait intervenir. C’est cette transaction que le mot soumission décrit ici — non pas un sentiment, mais un abandon réel et total de ce que chacun d’eux aimait le plus, offert avant la moindre indication que cela leur serait rendu.
Chaque autre détail de cette journée est un écho modeste et sans danger de cet unique échange. On ne demande à personne marchant vers le lieu de prière ce matin-là de sacrifier un enfant. Mais c’est le même ordre d’opérations qui leur est demandé en miniature : avancez avant de comprendre exactement pourquoi, prononcez les mots à voix haute en chemin plutôt que d’attendre d’en avoir envie, laissez le repas venir après plutôt qu’en premier. Allah a dit aux habitants de Médine qu’Il avait remplacé deux jours vides par deux jours meilleurs. Ce qui fait du jour de al-Aḍḥā le meilleur des deux, ce n’est ni la prière, ni le takbīr, ni le repas en eux-mêmes — c’est que chacun d’eux est bâti, délibérément, sur le même modèle que cet instant précis avec lequel aucun d’entre nous ne sera jamais directement éprouvé.
Si quoi que ce soit ci-dessus est inexact — une traduction qui s’éloigne de l’arabe, une page qui ne dit pas ce que nous affirmons qu’elle dit, une affirmation poussée plus loin que sa source ne le permet —, dites-le-nous. Nous préférons être corrigés plutôt que de persister dans l’erreur.
Puisse Allah ﷻ accepter le takbīr prononcé à chaque pas vers un lieu de prière ce matin, et accorder à tous ceux qui patientent pour leur propre repas la patience qui fut d’abord donnée à Ibrāhīm et à son fils.