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La récompense du Hajj sans le voyage : cinq récits vérifiés un par un

Cinq récits promettent à une action ordinaire la récompense du Hajj ou de la ʿUmrah : un fajr prolongé en dhikr, une marche vers la mosquée pour apprendre, une ʿumrah pendant Ramaḍān, ou encore le service rendu à un parent. Chacun est retracé jusqu'à sa page d'origine, son authenticité précisée uniquement là où la source le fait, avec une mise en garde qu'aucun d'eux ne lève.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 9 min

La plupart des personnes qui liront ces lignes pendant Dhū al-Ḥijjah ne sont pas à Minā. Elles sont à un bureau, dans une cuisine ou dans les transports, regardant défiler sur un écran une période que d’autres vivent en personne. Il est facile de percevoir les récits qui suivent comme un lot de consolation, une petite compensation offerte à ceux qui n’ont pas pu accomplir la grande. Mais ce n’est pas tout à fait cela. À y regarder de plus près, chacun d’eux désigne une action spécifique et ordinaire, en lui associant une récompense que les sources décrivent avec le vocabulaire du Hajj ou de la ʿUmrah. Non pas parce que l’action est un Hajj, mais parce que les deux actes du cœur qu’elle exige s’en rapprochent suffisamment pour que la récompense soit décrite dans les mêmes termes.

Avant d’aborder ces cinq points : rien de ce qui suit ne dispense de l’obligation du Hajj celui qui en a la capacité. Tous les savants qui transmettent ces récits le font à l’intention de ceux qui n’y sont pas encore obligés ou qui en sont excusés : les malades, les pauvres, ou ceux dont l’unique Hajj de leur vie est encore à venir. Allah ﷻ énonce l’obligation elle-même dans le Coran, sans laisser de place à un quelconque substitut :

… وَلِلَّهِ عَلَى ٱلنَّاسِ حِجُّ ٱلْبَيْتِ مَنِ ٱسْتَطَاعَ إِلَيْهِ سَبِيلًا ۚ وَمَن كَفَرَ فَإِنَّ ٱللَّهَ غَنِىٌّ عَنِ ٱلْعَـٰلَمِينَ

[…] Et c’est un devoir envers Allah pour les gens de faire le pèlerinage de la Maison — pour quiconque en a la capacité. Et quiconque mécroit [en le rejetant] — alors certes, Allah Se passe largement des mondes.

Sūrat Āl ʿImrān, 3:97

Un récit qui assimile la récompense d’une autre action à celle du Hajj ne s’oppose pas à ce verset ; il se lit à ses côtés, pour le lecteur que le verset ne concerne pas encore. Ceci étant posé, voici cinq récits qui circulent sous le thème « obtenir la récompense du Hajj sans y aller » — vérifiés à la source même où chacun est consigné.

C’est le plus cité des cinq, et sa source s’identifie sans ambiguïté. Anas ibn Mālik rapporte que le Prophète (paix et salut sur lui) a dit :

مَنْ صَلَّى الْغَدَاةَ فِي جَمَاعَةٍ ثُمَّ قَعَدَ يَذْكُرُ اللهَ حَتَّى تَطْلُعَ الشَّمْسُ ثُمَّ صَلَّى رَكْعَتَيْنِ كَانَتْ لَهُ كَأَجْرِ حَجَّةٍ وَعُمْرَةٍ

Quiconque accomplit la prière de l’aube en congrégation, puis s’assoit pour évoquer Allah jusqu’au lever du soleil, et prie ensuite deux rakʿahs, obtiendra une récompense semblable à celle d’un Hajj et d’une ʿUmrah.

— Sunan al-Tirmidhī, hadith 586, page imprimée 1/582 de l’édition . Immédiatement après l’avoir transmis, al-Tirmidhī lui-même écrit : « hādhā ḥadīth ḥasan gharīb » — c’est un récit ḥasan, gharīb (rapporté par l’unique chaîne de transmission qu’il consigne). Cette évaluation est celle d’al-Tirmidhī en personne, dans le corps même de son ouvrage, et non la note de bas de page d’un éditeur ultérieur.

Le récit se poursuit avec le Prophète répétant un seul mot à trois reprises — tāmmah, tāmmah, tāmmah, « complète, complète, complète » — que plusieurs transmetteurs ont préservé comme faisant partie du même hadith. Rien ici n’exige de voyager : une mosquée, une place où s’asseoir, et une heure déjà passée éveillé pour la prière de l’aube.

Un deuxième récit d’Abū Umāmah associe une récompense comparable à une action encore plus simple : il ne s’agit pas de rester après la prière, mais simplement de s’y rendre dans un état précis :

مَن خرج من بيتِه مُتطهراً إلى صلاةٍ مكتوبةٍ فأجرُه كأجر الحاجِّ المُحرِم

Quiconque sort de chez lui déjà purifié, en se dirigeant vers une prière obligatoire, sa récompense est comme celle d’un pèlerin en état d’iḥrām.

— Sunan Abī Dāwūd, hadith 558, page imprimée 1/418 de l’édition . L’éditeur de l’ouvrage, Shuʿayb al-Arnaʾūṭ, note sur la même page : « isnāduhū ṣaḥīḥ » — sa chaîne de transmission est authentique.

Le hadith compare ensuite la récompense d’une prière surérogatoire en milieu de matinée à celle d’une ʿumrah, et la récompense d’une prière suivie d’une autre sans futilités entre les deux à une œuvre « inscrite dans le ʿIlliyyīn ». Seule la première proposition nous intéresse ici, celle qui mentionne le Hajj — mais il est intéressant de noter la portée globale du hadith : il ne décrit pas une occasion spéciale. Il décrit les cinq prières qu’un croyant accomplit déjà chaque jour, et valorise l’état d’esprit avec lequel il s’y présente.

Un récit du même narrateur, Abū Umāmah, transmis par al-Ṭabarānī, mentionne une troisième action ordinaire :

مَن غَدا إلى المسجدِ لا يريد إلاّ أنْ يتعلم خيراً أو يُعلِّمه، كان له كأجرِ حاجٍّ، تامّاً حجَّتُهُ

Quiconque se rend tôt à la mosquée sans autre désir que d’apprendre un bien ou de l’enseigner, aura la récompense d’un pèlerin dont le Hajj est complet.

— Ṣaḥīḥ al-Targhīb wa al-Tarhīb, hadith 86, page imprimée 1/145 du livre , où al-Albānī l’évalue comme ḥasan ṣaḥīḥ et précise que la chaîne de transmission passe par l’ouvrage al-Muʿjam al-Kabīr d’al-Ṭabarānī — une chaîne qu’il qualifie de « sans reproche » (lā baʾsa bihī) — et qu’al-Ḥāfiẓ al-ʿIrāqī l’a par ailleurs jugée jayyid, bonne. La même page mentionne une version dans l’ouvrage al-Mustadrak d’al-Ḥākim qui divise la récompense en deux : une bonne intention générale à la mosquée vaut la récompense d’une ʿumrah, tandis que le fait d’apprendre ou d’enseigner spécifiquement vaut celle d’un Hajj complet — une version qu’al-Ḥākim a jugée ṣaḥīḥ selon les critères de Bukhārī, ce qu’al-Dhahabī a approuvé.

C’est également le seul des cinq récits qu’une reformulation négligente a tendance à amplifier au-delà de sa valeur réelle. Plusieurs recueils ultérieurs ne citent que la phrase en omettant l’évaluation ; mais si l’on rétablit cette dernière, le récit se maintient au rang de ḥasan par plus d’une voie de transmission — il est véritablement authentifié, et non pas simplement répété.

Contrairement aux trois premiers, ce récit ne nécessite aucune évaluation de la part d’un éditeur : il figure dans le Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et fait l’unanimité entre Bukhārī et Muslim. Ibn ʿAbbās raconte qu’à son retour de son propre Hajj, le Prophète a demandé à une femme des Anṣār, Umm Sinān, pourquoi elle ne s’était pas jointe à lui :

لَمَّا رَجَعَ النَّبِيُّ مِنْ حَجَّتِهِ، قَالَ لِأُمِّ سِنَانٍ الْأَنْصَارِيَّةِ: مَا مَنَعَكِ مِنَ الْحَجِّ، قَالَتْ: أَبُو فُلَانٍ، تَعْنِي زَوْجَهَا، كَانَ لَهُ نَاضِحَانِ حَجَّ عَلَى أَحَدِهِمَا، وَالْآخَرُ يَسْقِي أَرْضًا لَنَا. قَالَ: فَإِنَّ عُمْرَةً فِي رَمَضَانَ تَقْضِي حَجَّةً مَعِي

Lorsque le Prophète revint de son Hajj, il dit à Umm Sinān al-Anṣāriyyah : « Qu’est-ce qui t’a empêchée de faire le Hajj ? » Elle répondit : « Abū Fulān » — désignant son mari — « avait deux chameaux porteurs d’eau ; il a fait le Hajj sur l’un, et l’autre irrigue nos terres. » Il dit : « Une ʿumrah pendant Ramaḍān équivaut à un Hajj accompli avec moi. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 1863, page imprimée 3/19 de l’édition .

Il convient de lire ce récit dans son contexte réel plutôt que comme un slogan hors-sol. Umm Sinān ne choisissait pas entre le Hajj et une action moindre : le seul chameau de trait de la famille était déjà affecté à l’irrigation, et elle n’avait sincèrement aucun moyen de s’y rendre cette année-là. Le Prophète ne lui a pas dit que l’obligation avait été transférée ; il lui a indiqué ce qui s’offrait à elle compte tenu de ce qui lui était inaccessible. C’est la logique que suit chaque récit de cet article : une réponse apportée à celui dont le chemin vers la Maison est, pour l’instant, fermé.

C’est le récit qui ressemble le moins aux quatre autres, et il est important d’en préciser la raison. Aucun hadith dans les recueils à notre disposition ne met directement en balance la « bonté envers les parents » avec le Hajj ou la ʿumrah en utilisant ces termes. Ce que les sources disent en revanche, dans un récit authentique et souvent cité, est ceci — rapporté d’après ʿAbdullāh ibn ʿAmr :

جَاءَ رَجُلٌ إِلَى النَّبِيِّ فَاسْتَأْذَنَهُ فِي الْجِهَادِ، فَقَالَ: أَحَيٌّ وَالِدَاكَ. قَالَ: نَعَمْ، قَالَ: فَفِيهِمَا فَجَاهِدْ

Un homme vint trouver le Prophète et lui demanda la permission de partir pour le jihād. Il lui demanda : « Tes parents sont-ils en vie ? » Il répondit : « Oui. » Il dit : « Alors, consacre ton effort à leur service. »

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, hadith 2842, page imprimée 3/1094 de l’édition , également transmis par Muslim. La note éditoriale de l’ouvrage explicite clairement la réponse du Prophète : consacre tes efforts à leur plaire et à les servir, et la récompense du jihād dans le sentier d’Allah te sera inscrite.

Ce hadith traite du jihād, formulé avec les propres mots de Bukhārī, sans qu’aucun Hajj n’y soit mentionné. Mais les juristes s’y sont appuyés pour l’étendre directement au Hajj et à la ʿumrah, en suivant la même logique que celle du hadith : le droit d’un parent prime sur un acte d’adoration surérogatoire, quel qu’il soit. Un manuel de fiqh hanbalite énonce cette extension comme une règle juridique, et non comme un hadith, en citant ce même récit comme preuve :

وَلِكُلِّ مِنْ أَبَوَيْ حُرٍّ بَالِغٍ مَنْعُهُ مِنْ إِحْرَامٍ بِنَفْلٍ مِنْ حَجٍّ أَوْ عُمْرَةٍ، كَنَفْلِ جِهَادٍ

Chacun des deux parents libres d’un enfant adulte a le droit de l’empêcher d’entrer en état d’iḥrām pour un Hajj ou une ʿumrah surérogatoire, tout comme pour un jihād surérogatoire.

Sharḥ Muntahā al-Irādāt d’Ibn al-Najjār al-Futūḥī, page imprimée 4/18 du livre , qui cite ensuite ce hadith comme l’une de ses preuves et rapporte le même avis juridique de la part de Mālik, d’al-Shāfiʿī et de la majorité des savants.

En clair : les sources ne disent pas « sers tes parents et reçois la récompense du Hajj ». Elles affirment quelque chose de plus précis et, à bien des égards, de plus solide : un parent peut légitimement retenir son enfant d’accomplir un Hajj ou une ʿumrah surérogatoire, exactement comme il peut le retenir d’un jihād surérogatoire, car s’occuper d’eux occupe déjà la place que cette adoration aurait remplie. Si ce sont vos parents qui font que vous n’êtes pas à Minā cette année, les deux règles ci-dessus sont ce que les sources vous offrent réellement : non pas une simple étiquette de substitution, mais un droit sur vous qu’un Hajj surérogatoire ne saurait supplanter.

Lus ensemble, ces cinq récits convergent vers une seule chose : un cœur tourné vers la Maison, qui s’investit dans la porte qui lui est réellement ouverte — la mosquée accessible, les deux rakʿahs après le fajr, le mois de Ramaḍān qui revient chaque année, ou le parent dans la pièce d’à côté. Aucun d’eux n’est une solution de contournement, et cumuler les cinq la même année n’équivaut pas non plus à un Hajj ; chacun est ce qu’il est, selon ses propres termes, rien de plus.

Et voici la mise en garde autour de laquelle tourne tout cet article : si Allah ﷻ vous a donné les moyens et la santé d’entreprendre le voyage et que vous n’y êtes pas encore allé, ces cinq récits ne s’adressent pas encore à vous. Ils sont écrits pour la personne que le verset cité plus haut excuse déjà — et non pour celle qui se cherche encore des raisons de patienter.

Si nous avons mal cité une page, mal évalué une chaîne de transmission, ou poussé une traduction au-delà de ce que l’arabe permet, faites-le-nous savoir — chaque citation de cette page renvoie à la page imprimée dont elle est tirée afin de pouvoir être vérifiée, et non simplement crue sur parole.

Puisse Allah ﷻ accepter chaque cœur qui s’est tourné vers Sa Maison en ce mois de Dhū al-Ḥijjah, qu’il s’y soit rendu sur ses deux pieds ou depuis une chaise qui n’a jamais quitté le sol.