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Reflections

Après al-Fātiḥah : que réciter ensuite, et à quoi sert ce choix

La question de la Fātiḥah est déjà réglée. Ce qui la suit dans les deux premières rakʿahs est le seul moment de toute la prière où le choix vous appartient — et les récits de ce que le Prophète choisissait décrivent un éventail de possibilités, et non une liste figée de cinq courtes sourates.

Auteur
The Quran Gallery team
Publié le
Temps de lecture
Lecture de 12 min

Presque rien dans la prière n’est laissé à votre discrétion. Les horaires sont fixes, la direction est fixe, le nombre de rakʿahs est fixe, les mots du takbīr et du tashahhud vous sont donnés tout faits. Puis, la Fātiḥah s’achève dans la première rakʿah, vous êtes toujours debout, et pendant quelques secondes, la prière est suspendue à une décision que personne n’a prise à votre place : ce que vous allez réciter ensuite.

La plupart des gens tranchent cette question une bonne fois pour toutes vers quatorze ou quinze ans, pour ne plus jamais y revenir. Les cinq sourates qu’ils ont mémorisées cette année-là deviennent les cinq sourates qu’ils réciteront pendant les quarante années suivantes. Cela mérite qu’on s’y attarde, car les récits rapportant ce que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) récitait après al-Fātiḥah ne se limitent pas à cinq sourates. Ils décrivent un éventail qui varie selon la prière, l’heure et les personnes qui prient derrière lui.

Commençons par ce qui est réellement exigé, car on se fait souvent beaucoup de soucis pour les mauvaises raisons. Al-Fātiḥah occupe une place à part dans la prière : la majorité des juristes classent sa récitation comme un rukn, un pilier, tandis que les hanafites la placent parmi les wājibāt. Ce qui vient après appartient à une tout autre catégorie.

Dubayyān al-Dubayyān résume cette divergence en une ligne dans son encyclopédie des cinq prières : ajouter une sourate — ou trois versets — à al-Fātiḥah est wājib dans l’école hanafite pour les deux premières rakʿahs d’une prière obligatoire, ainsi que dans chaque rakʿah d’une prière surérogatoire et du witr, alors que pour la majorité, ce n’est pas du tout obligatoire. Il mentionne cela sur la même page que les exigences hanafites voulant qu’al-Fātiḥah soit lue en premier et que la récitation se fasse dans les deux premières rakʿahs, deux éléments que la majorité considère comme sunnah.

Mawsūʿat Aḥkām al-Ṣalawāt al-Khams, page imprimée 11/252 de

Deux rakʿahs de Ẓuhr où un homme réciterait al-Fātiḥah pour passer directement à l’inclinaison (rukūʿ) constituent donc une prière valide selon la majorité. Dans l’école hanafite, la prière reste valide mais un wājib a été omis — le même ouvrage classe l’ajout d’une sourate (ḍamm al-sūrah) parmi les obligations hanafites que la prosternation de l’oubli vient réparer, ce qui correspond précisément à ce qui n’est pas un pilier.

Mawsūʿat Aḥkām al-Ṣalawāt al-Khams, page imprimée 13/454 de

N’y voyez pas une permission de l’abandonner. Voyez-y plutôt la description de la nature même de cet acte. Ce n’est pas la part de la prière que l’on exige de vous comme un minimum syndical. C’est la part que vous y apportez.

Le récit le plus détaillé concernant la récitation quotidienne ordinaire du Prophète nous vient de ʿAbdullāh ibn Abī Qatādah, d’après son père :

كَانَ النَّبِيُّ يَقْرَأُ فِي الرَّكْعَتَيْنِ الْأُولَيَيْنِ مِنْ صَلَاةِ الظُّهْرِ بِفَاتِحَةِ الْكِتَابِ وَسُورَتَيْنِ، يُطَوِّلُ فِي الْأُولَى، وَيُقَصِّرُ فِي الثَّانِيَةِ، وَيُسْمِعُ الْآيَةَ أَحْيَانًا، وَكَانَ يَقْرَأُ فِي الْعَصْرِ بِفَاتِحَةِ الْكِتَابِ وَسُورَتَيْنِ، وَكَانَ يُطَوِّلُ فِي الْأُولَى، وَكَانَ يُطَوِّلُ فِي الرَّكْعَةِ الْأُولَى مِنْ صَلَاةِ الصُّبْحِ وَيُقَصِّرُ فِي الثَّانِيَةِ

Le Prophète récitait dans les deux premières rakʿahs de Ẓuhr al-Fātiḥah et deux sourates, allongeant la première et raccourcissant la seconde, et il lui arrivait parfois de faire entendre un verset. Et il récitait dans ʿAṣr al-Fātiḥah et deux sourates, allongeant la première. Et il allongeait la première rakʿah de Ṣubḥ et raccourcissait la seconde.

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 1/152 de

, hadith 759

Quatre éléments se dégagent de ce récit. L’ajout concerne les deux premières rakʿahs, c’est pourquoi on ne demande à personne de choisir une sourate en se levant pour la troisième. Les deux sourates sont réparties sur les deux rakʿahs, une pour chacune, et non cumulées dans une seule. La première rakʿah est systématiquement la plus longue des deux — la récitation n’est donc pas une quantité uniforme, mais possède une structure, plus dense au début. Enfin, le dernier détail est le plus surprenant pour un fidèle d’aujourd’hui : lors de Ẓuhr et ʿAṣr, des prières que nous considérons comme silencieuses, un verset devenait parfois audible. Il ne se contentait pas de remuer les lèvres. Il récitait, à voix basse, et parfois sa voix portait.

La longueur s’adaptait également à la prière elle-même. Abū Barza al-Aslamī donne la mesure pour le Fajr :

كَانَ رَسُولُ اللَّهِ يَقْرَأُ فِي الْفَجْرِ مَا بَيْنَ السِّتِّينَ إِلَى الْمِائَةِ آيَةً

Le Messager d’Allah récitait entre soixante et cent versets lors du Fajr.

— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 1/338 de

Soixante à cent versets, ce n’est pas soixante à cent lignes d’une même sourate érigées en règle absolue ; c’est une fourchette, et le récit lui-même donne un plancher et un plafond plutôt qu’un chiffre précis. Celui qui l’a rapporté décrivait une habitude qui laissait place à une certaine marge de manœuvre.

L’idée reçue selon laquelle le Maghrib implique de réciter al-Ikhlāṣ et al-Kāfirūn est si répandue que les récits qui la contredisent ont de quoi surprendre. Al-Barāʾ ibn ʿĀzib a entendu l’ʿIshāʾ en priant derrière lui :

سَمِعْتُ النَّبِيَّ قَرَأَ فِي الْعِشَاءِ بِالتِّينِ وَالزَّيْتُونِ، فَمَا سَمِعْتُ أَحَدًا أَحْسَنَ صَوْتًا مِنْهُ

J’ai entendu le Prophète réciter par le figuier et l’olivier lors de l’ʿIshāʾ, et je n’ai jamais entendu personne avec une plus belle voix que la sienne.

— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 1/339 de

Il s’agit d’une sourate courte, et le fait qu’on ait jugé bon de le rapporter montre que la limite basse de cet éventail fait véritablement partie de la pratique, et n’est pas une simple concession. Mais l’autre extrême est également rapporté, et par un témoin inattendu. Umm al-Faḍl bint al-Ḥārith l’a entendu lors du Maghrib, et al-Bukhārī place son récit non pas dans les chapitres sur la prière, mais dans le récit de la dernière maladie du Prophète :

سَمِعْتُ النَّبِيَّ يَقْرَأُ فِي الْمَغْرِبِ بِالْمُرْسَلَاتِ عُرْفًا، ثُمَّ مَا صَلَّى لَنَا بَعْدَهَا حَتَّى قَبَضَهُ اللهُ

J’ai entendu le Prophète réciter al-Mursalāt lors du Maghrib, et il ne nous a plus dirigés dans la prière après cela jusqu’à ce qu’Allah le reprenne.

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 6/9 de

, hadith 4429

La sourate al-Mursalāt compte cinquante versets, et ce fut le dernier Maghrib qu’il dirigea. Un homme dans sa dernière maladie, avec toutes les excuses à sa disposition, est allé bien au-delà des sourates de trois versets. Quoi que ce récit puisse nous apprendre d’autre, il établit clairement que le Maghrib n’a pas de plafond prédéfini.

Le Fajr, les deux premières rakʿahs du Maghrib et de l’ʿIshāʾ, ainsi que la prière du vendredi sont récités à voix haute ; Ẓuhr, ʿAṣr, et les dernières rakʿahs du Maghrib et de l’ʿIshāʾ sont récités à voix basse. Sur la classification de cette distinction, les écoles sont proches et seule l’étiquette diffère. Les hanafites la qualifient de wājib — la récitation à voix haute dans les prières audibles incombant à l’imam, et la récitation à voix basse dans les prières silencieuses incombant aussi bien à l’imam qu’à celui qui prie seul — tandis que la majorité la qualifie de sunnah. La même page de l’encyclopédie de Dubayyān qui distingue la sourate d’al-Fātiḥah expose également ce point.

Ce que cette distinction ne fait pas, c’est hiérarchiser les deux. Le récit d’Abū Qatādah mentionnant un verset qui s’échappe lors de Ẓuhr en est la preuve : la récitation était bel et bien là, elle était prononcée, et son caractère inaudible tenait à la nature de la prière plutôt qu’à un manque d’attention de sa part. Une rakʿah silencieuse n’est pas une rakʿah où le volume du Coran a été baissé. C’est la même récitation, mais sans l’assemblée pour public — et il se trouve que c’est le seul cadre où vous pouvez vous attarder une seconde de plus sur un verset sans faire patienter personne.

Cependant, lorsque quelqu’un d’autre récite à voix haute devant vous, la consigne est tout autre :

وَإِذَا قُرِئَ ٱلْقُرْءَانُ فَٱسْتَمِعُوا۟ لَهُۥ وَأَنصِتُوا۟ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ

Et quand le Coran est récité, prêtez-lui l’oreille et observez le silence, afin qu’il vous soit fait miséricorde.

Sourate al-Aʿrāf, 7:204

Tout ce qui précède part du principe que c’est à vous de fixer la longueur. Dès lors que vous vous avancez comme imam, ce choix ne vous appartient plus, et le Prophète a apporté cette correction en des termes d’une sévérité inhabituelle. Jābir ibn ʿAbdillāh rapporte qu’un homme, rentrant d’une journée de travail à la tombée de la nuit, a rejoint Muʿādh, l’a trouvé en train de réciter al-Baqarah, et a quitté l’assemblée ; Muʿādh le lui a reproché, et l’homme s’en est plaint au Prophète :

يَا مُعَاذُ، أَفَتَّانٌ أَنْتَ؟ أَوْ أَفَاتِنٌ — ثَلَاثَ مِرَارٍ — فَلَوْلَا صَلَّيْتَ بِسَبِّحِ اسْمَ رَبِّكَ، ﴿وَالشَّمْسِ وَضُحَاهَا﴾ ﴿وَاللَّيْلِ إِذَا يَغْشَى﴾ فَإِنَّهُ يُصَلِّي وَرَاءَكَ الْكَبِيرُ وَالضَّعِيفُ وَذُو الْحَاجَةِ

Muʿādh, es-tu une cause de trouble ? — à trois reprises — que n’as-tu récité glorifie le nom de ton Seigneur, par le soleil et sa clarté matinale, par la nuit quand elle enveloppe ? Derrière toi prient la personne âgée, le faible, et celui qui a une affaire pressante à régler.

— Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 1/142 de

, hadith 705

Remarquez ce qui a été corrigé. Muʿādh ne récitait pas mal, et il ne récitait pas quelque chose qu’il n’aurait pas dû réciter ; il était l’un de leurs meilleurs récitateurs, accomplissant l’acte le plus louable qui soit, mais aux dépens d’autrui. Les sourates de remplacement nommées par le Prophète sont toutes courtes, et la raison qu’il a invoquée est une liste de personnes, et non une règle sur le nombre de versets.

Le corollaire évident est celui que l’on oublie souvent : une personne qui prie seule n’est soumise à aucune de ces contraintes. Si vous priez votre ʿIshāʾ seul chez vous, personne derrière vous n’est fatigué, et toute la longueur du Coran s’offre à vous.

Rien de tout cela n’est vraiment une question de quantité. Ḥudhayfah a prié une nuit derrière lui et a décrit ce que la récitation produisait réellement — il a entamé al-Baqarah, Ḥudhayfah a supposé qu’il s’inclinerait à cent versets, il a continué, l’a terminée, a entamé al-Nisāʾ, l’a terminée, puis a entamé Āl ʿImrān :

ثُمَّ افْتَتَحَ آلَ عِمْرَانَ فَقَرَأَهَا، يَقْرَأُ مُتَرَسِّلًا، إِذَا مَرَّ بِآيَةٍ فِيهَا تَسْبِيحٌ سَبَّحَ، وَإِذَا مَرَّ بِسُؤَالٍ سَأَلَ، وَإِذَا مَرَّ بِتَعَوُّذٍ تَعَوَّذَ

Puis il entama Āl ʿImrān et la récita, en récitant sans se presser : lorsqu’il passait par un verset contenant une glorification, il glorifiait, lorsqu’il passait par une demande, il demandait, et lorsqu’il passait par une demande de protection, il cherchait refuge.

— Ṣaḥīḥ Muslim, page imprimée 1/536 de

, hadith 772

Voilà tout le modèle résumé en une phrase. La récitation n’était pas un texte débité d’un bout à l’autre à vitesse constante. On y répondait en temps réel — un verset de glorification suscitait la glorification, un verset de demande suscitait la demande, un verset sur le Feu poussait à chercher refuge. Le rythme qui rend cela possible est nommé dans la même ligne, mutarassilan, et c’est le rythme que le Coran exige pour lui-même :

أَوْ زِدْ عَلَيْهِ وَرَتِّلِ ٱلْقُرْءَانَ تَرْتِيلًا

Ou ajoute à cela — et récite le Coran d’une récitation lente et mesurée.

Sourate al-Muzzammil, 73:4

Et la raison de ce rythme n’est pas d’ordre esthétique :

أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ ٱلْقُرْءَانَ أَمْ عَلَىٰ قُلُوبٍ أَقْفَالُهَآ

Ne méditent-ils donc pas sur le Coran, ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs ?

Sourate Muḥammad, 47:24

Vous ne ferez pas ce que Ḥudhayfah a décrit avec un passage que vous n’avez jamais compris. C’est là le lien pratique entre la récitation et la méditation, et il s’opère dans un sens qui demande un effort : la méditation doit être préparée en dehors de la prière. Lisez le sens d’une sourate une fois, en plein jour, dans une langue dans laquelle vous pensez réellement, et il vous attendra la prochaine fois que vous la réciterez debout.

Alors, variez. Pas par simple goût de la nouveauté — mais parce qu’un passage que vous avez récité cinq mille fois est un passage que votre attention a appris à survoler, et l’éventail présent dans les récits ci-dessus est précisément ce qui empêche cela de se produire.

La mécanique est simple. Choisissez ce que vous allez réciter avant le takbīr, et non pendant la pause après al-Fātiḥah, moment où la plupart des gens se rabattent par défaut sur al-Ikhlāṣ. Parcourez les sourates courtes dans l’ordre plutôt que par préférence, afin que celles que vous aimez le moins reviennent quand même. Quand l’une d’elles commence à devenir automatique, relisez son sens — c’est généralement le signal, et non l’ennui. Et gardez un passage plus long en réserve pour les prières où personne ne vous attend. Chaque sourate mentionnée dans cet article peut être lue, avec sa traduction à côté de l’arabe, dans notre lecteur du Coran.

Voici ce que les récits ne cessent de souligner, sous quatre angles différents. Il allongeait la première rakʿah par rapport à la seconde. Il raccourcissait pour une assemblée fatiguée et atteignait cinquante versets lors de sa dernière maladie. Il glorifiait à un verset de glorification et demandait à un verset de demande. À aucun moment la récitation n’est une corvée dont on se débarrasse.

Les quelques secondes qui suivent al-Fātiḥah sont l’unique moment de la prière où le fidèle décide de ce qui sera dit devant Allah ﷻ, à partir d’un livre qui a été révélé pour être compris. Traitée comme un simple remplissage, c’est la partie la moins exigeante de la ṣalāh. Traitée comme un choix, c’est là qu’une prière cesse d’être la même que celle que vous avez accomplie hier.

Nos outils d’horaires de prière et de qiblah vous indiqueront quand commence la prochaine prière et dans quelle direction vous tenir. Ce que vous récitez une fois debout est la part qui reste la vôtre.

Si nous avons fait une erreur dans une traduction, une authentification ou une page imprimée ici, dites-le-nous et nous la corrigerons publiquement — chaque citation ci-dessus ouvre la page dont elle est tirée, afin qu’elle puisse être vérifiée.

Puisse Allah ﷻ faire de notre récitation dans la prière un appel auquel nous répondons plutôt qu’une tâche dont nous nous acquittons, et faire en sorte que la dernière sourate que nous réciterons debout soit une sourate que nous avons comprise.