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L'adoration qui précède votre arrivée à La Mecque
Avant même qu'un pèlerin n'atteigne la Kaaba, la sounnah a déjà formulé des mots pour le pas de la porte, la route et le ciel qui l'accompagnent. Un regard attentif sur ce que le Prophète a dit et fait dans les heures où le voyage du Hajj commence véritablement : au moment du départ, et non de l'arrivée.
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- L'équipe Quran Gallery
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La plupart des descriptions du Hajj commencent à l’aéroport ou au miqat, comme si le pèlerinage ne débutait qu’une fois les tissus blancs revêtus. Pourtant, la porte qui se referme derrière vous, le dernier regard posé sur ceux que vous quittez, et les heures passées en route vers un lieu où vous n’avez jamais mis les pieds — tout cela compte déjà. La sounnah prévoit des mots précis pour cette étape exacte, bien avant que La Mecque ne soit en vue.
Quitter ceux que l’on aime, même pour une noble cause, pèse lourd sur le cœur. L’instinct nous pousse à écourter les adieux pour en éviter l’inconfort. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) faisait tout le contraire : il affrontait la séparation directement et y mettait des mots plutôt que de l’éluder. Abou Hourayrah rapporte que lorsque le Prophète lui a fait ses adieux, il a dit :
أَسْتَوْدِعُكَ اللَّهَ الَّذِي لَا تَضِيعُ وَدَائِعُهُ « Je te confie à Allah, Celui qui ne laisse jamais se perdre ce qui Lui est confié. »
— , Sunan Ibn Majah, édition imprimée page 4/97. Les éditeurs de cette impression notent que cette chaîne de transmission précise est isolément faible — l’un de ses rapporteurs, Ibn Lahi’ah, étant connu pour sa mémoire défaillante — mais ils classent le hadith comme ṣaḥīḥ li-ghayrihi (authentique par d’autres voies corroborantes), incluant une version présente dans le Musnad de l’imam Ahmad.
Le sens de cette phrase importe tout autant que le fait même de la prononcer. Elle ne demande pas à celui qui part de rassurer l’autre. Elle remet celui qui reste entre les mains d’un Gardien qui ne peut égarer ce qu’on Lui confie — ce qui, au fond, est la seule réponse honnête à la question de savoir qui veillera sur ceux que l’on laisse derrière soi.
L’invocation prononcée sur le pas de sa propre porte, « Bismillah, je place ma confiance en Allah, il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah », est souvent enchaînée avec une autre, plus longue, demandant protection contre l’égarement, l’erreur, l’injustice et l’ignorance — comme si les deux formaient un tout indissociable. Ce n’est pas le cas. Elles proviennent de deux compagnons distincts, transmises par deux chaînes différentes, et il est utile de le savoir avant de prononcer l’une ou l’autre.
La première nous vient d’Anas ibn Malik, qui rapporte que le Prophète a dit :
مَنْ قَالَ - يَعْنِي إِذَا خَرَجَ مِنْ بَيْتِهِ - بِسْمِ اللَّهِ تَوَكَّلْتُ عَلَى اللَّهِ لَا حَوْلَ وَلَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللَّهِ يُقَالُ لَهُ: كُفِيتَ وَوُقِيتَ، وَتَنَحَّى عَنْهُ الشَّيْطَانُ « Quiconque dit — c’est-à-dire en sortant de chez lui — “Au nom d’Allah, je place ma confiance en Allah, il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah”, il lui est répondu : “Tu es préservé et protégé”, et le diable s’écarte de lui. »
— , Jami’ al-Tirmidhi, édition imprimée page 6/49, classé ḥasan (bon) grâce à des récits corroborants par les éditeurs de cette version. Ces derniers soulignent qu’un rapporteur de cette chaîne spécifique, Ibn Jurayj, est connu pour omettre parfois un maillon dont il a entendu parler plutôt que de l’avoir entendu directement.
La seconde provient d’Oumm Salamah, qui décrit une parole que le Prophète prononçait systématiquement, et non à une seule occasion :
مَا خَرَجَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مِنْ بَيْتِي قَطُّ إِلَّا رَفَعَ طَرْفَهُ إِلَى السَّمَاءِ فَقَالَ: اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ أَنْ أَضِلَّ أَوْ أُضَلَّ، أَوْ أَزِلَّ أَوْ أُزَلَّ، أَوْ أَظْلِمَ أَوْ أُظْلَمَ، أَوْ أَجْهَلَ أَوْ يُجْهَلَ عَلَيَّ « Le Messager d’Allah n’est jamais sorti de chez moi sans lever les yeux au ciel et dire : “Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le fait d’égarer autrui ou d’être égaré, de commettre une erreur ou d’y être poussé, de causer du tort ou d’en subir, et d’agir avec ignorance ou de subir l’ignorance d’autrui.” »
— , Sunan Abi Dawud, édition imprimée page 7/424, classé directement ṣaḥīḥ par les éditeurs de cette version — aucune corroboration n’est nécessaire ici, contrairement aux deux précédents.
Prononcées l’une après l’autre, comme le font de nombreux pèlerins sur le pas de leur porte avant de se mettre en route, les deux s’accordent parfaitement. Ce qu’il faut éviter, c’est de les amalgamer en une seule « invocation du voyageur » anonyme, comme si un unique hadith couvrait les deux parties. Deux compagnons ont préservé deux invocations distinctes pour le même instant ; les nommer séparément n’est pas du pédantisme, c’est une question d’exactitude quant à l’origine véritable de ces mots.
Le départ n’est pas un acte isolé. Abou Hourayrah rapporte que le Prophète a désigné une petite catégorie d’invocations qui sont exaucées sans la moindre réserve :
ثَلَاثُ دَعَوَاتٍ مُسْتَجَابَاتٌ لَا شَكَّ فِيهِنَّ: دَعْوَةُ الْوَالِدِ، وَدَعْوَةُ الْمُسَافِرِ، وَدَعْوَةُ الْمَظْلُومِ « Trois invocations sont exaucées sans aucun doute : l’invocation d’un parent, l’invocation d’un voyageur, et l’invocation de celui qui a subi une injustice. »
— , Sunan Abi Dawud, édition imprimée page 2/639. Cette chaîne particulière comporte un rapporteur que les éditeurs n’ont pas pu identifier formellement, ils l’ont donc classée ḥasan li-ghayrihi plutôt que purement ṣaḥīḥ — elle est jugée fiable grâce à la solidité de plusieurs autres voies de transmission, dont une version consignée dans le Musnad de l’imam Ahmad.
Le statut de voyageur est par définition temporaire : il commence lorsque la porte se referme et s’achève au retour. Cette fenêtre de temps est suffisamment courte pour constituer sa propre catégorie d’invocations exaucées. Il s’agit d’une promesse précise et tangible, et non d’un vague réconfort : tout ce qu’un pèlerin demande réellement sur la route, dans le terminal ou dans une file d’attente n’est pas vain, contrairement à l’idée reçue selon laquelle les invocations sérieuses devraient attendre l’arrivée.
Chaque kilomètre parcouru vers La Mecque est aussi, dans un sens plus direct, un pas vers Allah — et la sounnah décrit ce mouvement particulier comme recevant une réponse plus rapide que l’action elle-même. Abou Hourayrah rapporte que le Prophète a transmis ces paroles d’Allah :
أَنَا عِنْدَ ظَنِّ عَبْدِي بِي، وَأَنَا مَعَهُ إِذَا ذَكَرَنِي… وَإِنْ تَقَرَّبَ إِلَيَّ ذِرَاعًا تَقَرَّبْتُ إِلَيْهِ بَاعًا، وَإِنْ أَتَانِي يَمْشِي أَتَيْتُهُ هَرْوَلَةً « Je suis tel que Mon serviteur M’estime, et Je suis avec lui lorsqu’il se souvient de Moi… s’il s’approche de Moi de la longueur d’un avant-bras, Je m’approche de lui d’une brasse, et s’il vient vers Moi en marchant, Je vais vers lui en m’empressant. »
— , Sahih Muslim, édition imprimée page 4/2102, dans le livre du repentir — un hadith portant sa propre authenticité sans nécessiter de note d’évaluation distincte, s’agissant de l’un des deux recueils les plus rigoureusement vérifiés de la tradition. La même formulation, se terminant par « au pas de course » plutôt que « en m’empressant », est également rapportée dans le Sahih al-Bukhari.
Cette asymétrie est précisément le cœur du message. Le rythme d’un pèlerin est limité par la circulation, les visas, les files d’attente et un corps qui s’épuise. La réponse décrite ici n’est soumise à aucune de ces contraintes — la seule variable du hadith est l’effort personnel du voyageur, et la récompense y est volontairement disproportionnée.
Le Hajj est parfois décrit, de manière un peu vague, comme le fait de tout laisser derrière soi. Le hadith qui fonde cette expression avec bien plus de précision que la façon dont la plupart des gens la citent est celui-ci, rapporté par Abdoullah ibn ‘Amr :
الْمُسْلِمُ مَنْ سَلِمَ الْمُسْلِمُونَ مِنْ لِسَانِهِ وَيَدِهِ، وَالْمُهَاجِرُ مَنْ هَجَرَ مَا نَهَى اللَّهُ عَنْهُ « Le musulman est celui dont la langue et la main épargnent les autres musulmans, et l’émigrant (muhājir) est celui qui délaisse ce qu’Allah a interdit. »
— , Sunan Abi Dawud, édition imprimée page 4/138, classé ṣaḥīḥ par les éditeurs, avec la même formulation également rapportée dans le Sahih al-Bukhari.
Au moment où ces mots ont été prononcés, l’émigration de La Mecque vers Médine — l’événement qui a donné au mot hijrah son sens géographique originel — était déjà achevée ; La Mecque avait été reconquise, et il n’y avait plus de destination vers laquelle émigrer au sens littéral. Le hadith redéfinit cette catégorie plutôt que de la clore : un émigrant se mesure à ce dont il s’est délesté, et non à la distance qu’il a parcourue. Un pèlerin qui embarque dans un avion ne devient pas automatiquement ce genre d’émigrant. Le vol ne se transforme en adoration que si quelque chose de précis est laissé derrière soi en même temps que les clés de la maison — une mauvaise habitude, une rancune, un péché discrètement toléré pendant des années — et la définition ci-dessus est très claire sur ce qui compte : non pas la distance franchie, mais la désobéissance abandonnée.
Les longues heures de transit ont tendance à engendrer l’ennui bien avant de susciter la réflexion. Abou Dharr rapporte que le Prophète a décrit ce que ce même ciel abrite réellement :
إِنِّي أَرَى مَا لَا تَرَوْنَ، وَأَسْمَعُ مَا لَا تَسْمَعُونَ، أَطَّتِ السَّمَاءُ، وَحُقَّ لَهَا أَنْ تَئِطَّ، مَا فِيهَا مَوْضِعُ أَرْبَعِ أَصَابِعَ إِلَّا وَمَلَكٌ وَاضِعٌ جَبْهَتَهُ سَاجِدًا لِلَّهِ « Je vois ce que vous ne voyez pas, et j’entends ce que vous n’entendez pas. Le ciel grince, et il est en droit de grincer — il ne s’y trouve pas même l’espace de quatre doigts sans qu’un ange n’y ait le front baissé, prosterné devant Allah. »
— , Jami’ al-Tirmidhi, édition imprimée page 4/351. Les éditeurs de cette version le classent ḥasan li-ghayrihi — la chaîne spécifique ici est jugée faible en elle-même, car l’un des rapporteurs est connu pour son manque de fiabilité et il n’est pas prouvé qu’un autre ait entendu directement Abou Dharr, mais le récit s’appuie sur d’autres sources corroborantes.
Un siège côté hublot au-dessus des nuages est généralement perçu comme une occasion de prendre des photos. Ce hadith décrit ce même espace aérien comme étant déjà occupé, du sol au plafond, par des êtres en état d’adoration permanente — ce qui recadre totalement la perspective plutôt que d’y ajouter une simple nuance. Le voyageur qui contemple les villes rapetisser sous ses yeux ne regarde pas un espace vide ; selon cette description, il n’y reste aucun endroit inoccupé.
Rien de tout cela n’attend l’Ihram ou que La Mecque soit en vue. Cela commence sur le pas de votre propre porte, par des mots prononcés à voix haute plutôt que simplement pensés, et se poursuit pendant toutes les heures que dure le trajet — mesurées en invocations formulées, et non en distance parcourue. Si quoi que ce soit ci-dessus cite mal un hadith ou exagère ce que sa chaîne de transmission permet d’affirmer, faites-le-nous savoir ; une correction a plus de valeur à nos yeux qu’un article qui resterait incontesté.
Qu’Allah ﷻ accepte le voyage de tous ceux qui se dirigent vers Sa maison, et fasse que le départ lui-même compte tout autant que l’arrivée.