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La Maison qui a exaucé une prière : ce qu'entrer à La Mecque exige de vous
Franchir les limites de La Mecque et se tenir devant la Kaaba sont deux moments distincts d'un même pèlerinage : l'un où la sacralité décuple le poids de chaque acte, l'autre où une prière spécifique, offerte par un père dans une vallée sans eau, s'accomplit à travers vous.
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- The Quran Gallery team
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Franchir les limites de La Mecque et se tenir devant la Kaaba pour la première fois sont deux moments distincts, et ils exigent deux choses différentes du pèlerin. Le premier concerne ce que vous portez en vous en pénétrant dans un lieu qui amplifie tout ce que vous y apportez, le bon comme le mauvais. Le second concerne Celui devant qui vous vous tenez, et la façon dont vous avez été invité. Ces deux moments sont bien plus anciens que la personne qui les vit : La Mecque a été déclarée sanctuaire et la Kaaba a été élevée par les propres mains d’un père, en réponse à une prière qu’il a formulée nommément, près de quatorze siècles avant que quiconque lisant ces lignes n’arrive pour voir ce qu’il en est advenu.
Allah décrit la Maison au centre de La Mecque comme le tout premier lieu de culte établi pour l’humanité :
إِنَّ أَوَّلَ بَيْتٍ وُضِعَ لِلنَّاسِ لَلَّذِى بِبَكَّةَ مُبَارَكًا وَهُدًى لِّلْعَـٰلَمِينَ En effet, la première Maison établie pour l’humanité fut celle de Bakkah — bénie, et une guidance pour tous les peuples.
Ce mot « bénie » n’est pas un vain mot. Il signifie que La Mecque est un lieu où une action ordinaire ne le reste pas : une bonne action y a plus de valeur que la même action accomplie ailleurs, et une mauvaise action y coûte également plus cher. Le Coran énonce directement la seconde moitié de cette équation dans un verset concernant ceux qui détournent les gens du sentier d’Allah et d’al-Masjid al-Ḥarām lui-même :
إِنَّ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ وَيَصُدُّونَ عَن سَبِيلِ ٱللَّهِ وَٱلْمَسْجِدِ ٱلْحَرَامِ ٱلَّذِى جَعَلْنَـٰهُ لِلنَّاسِ سَوَآءً ٱلْعَـٰكِفُ فِيهِ وَٱلْبَادِ ۚ وَمَن يُرِدْ فِيهِ بِإِلْحَادٍۭ بِظُلْمٍ نُّذِقْهُ مِنْ عَذَابٍ أَلِيمٍ Certes, ceux qui mécroient et détournent les gens du sentier d’Allah et d’al-Masjid al-Ḥarām — que Nous avons établi à égalité pour tous, résidents comme visiteurs — et quiconque cherche à y commettre des déviations par injustice, Nous lui ferons goûter un châtiment douloureux.
Si l’on suit la logique même de ce verset, il ne s’agit pas vraiment d’une mise en garde contre un péché spécifique. C’est une question d’ampleur : la même mauvaise action se trouve amplifiée dès lors qu’elle se produit sur cette terre en particulier. Un pèlerin qui entre à La Mecque ne pénètre pas en territoire neutre où sa conduite serait évaluée de la même manière que chez lui. Il pénètre dans un lieu conçu pour donner plus de poids à chaque choix. C’est précisément la raison pour laquelle la génération du Prophète s’est vu rappeler, au moment même où les limites du sanctuaire étaient tracées, la valeur de leur propre sacralité aux yeux d’Allah.
Cette déclaration n’a pas été faite à voix basse. Elle a été prononcée publiquement, lors du sermon du Pèlerinage d’Adieu, devant une foule rassemblée spécifiquement pour écouter les dernières instructions du Messager :
أَلَا إِنَّ أَحْرَمَ الْأَيَّامِ يَوْمُكُمْ هَذَا، أَلَا وَإِنَّ أَحْرَمَ الْمَشْهُورِ شَهْرُكُمْ هَذَا، أَلَا وَإِنَّ أَحْرَمَ الْبَلَدِ بَلَدُكُمْ هَذَا، أَلَا وَإِنَّ دِمَاءَكُمْ وَأَمْوَالَكُمْ عَلَيْكُمْ حَرَامٌ كَحُرْمَةِ يَوْمِكُمْ هَذَا، فِي شَهْرِكُمْ هَذَا، فِي بَلَدِكُمْ هَذَا، أَلَا هَلْ بَلَّغْتُ؟ Ce jour qui est le vôtre n’est-il pas le plus sacré des jours, ce mois qui est le vôtre le plus sacré des mois, cette terre qui est la vôtre la plus sacrée des terres ? Votre sang et vos biens vous sont aussi sacrés que la sacralité de ce jour qui est le vôtre, dans ce mois qui est le vôtre, sur cette terre qui est la vôtre. Ai-je bien transmis le message ?
— rapporté d’après Abū Saʿīd al-Khudrī dans les Sunan Ibn Mājah, page imprimée 5/85 de , où les éditeurs qualifient le récit de ṣaḥīḥ.
La foule a répondu « oui », et le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a simplement dit : « Ô Allah, sois-en témoin. » Le sang et les biens d’un croyant ont été placés, en cette seule phrase, sur un pied d’égalité avec la sacralité de la terre même que le pèlerin foule aujourd’hui. Il s’agit là d’une affirmation plus forte et mieux attestée de la même idée véhiculée par une parole beaucoup plus répandue — celle où le Prophète, vu en train de tourner autour de la Kaaba, déclare que la sacralité de la Kaaba elle-même est inférieure à celle d’un croyant. Ce récit existe, sur cette même page d’Ibn Mājah, juste après le sermon ci-dessus. Mais ses propres éditeurs sont tout aussi directs à son sujet : ils qualifient sa chaîne de transmission de faible, en nommant le narrateur responsable dans . Une phrase partagée partout n’est pas la même chose qu’une phrase reposant sur une chaîne authentique — et le sermon qui la précède exprime exactement la même idée sans avoir besoin d’emprunter la popularité d’un récit plus faible.
Bien avant que quiconque ne se tienne devant la Kaaba pour prier, quelqu’un s’est tenu dans cette même vallée aride et a demandé que cela se produise. Ibrāhīm (paix sur lui) y a laissé sa femme Hājar et leur fils en bas âge, et ce qu’il a dit par la suite est préservé sous la forme de sa propre prière :
رَّبَّنَآ إِنِّىٓ أَسْكَنتُ مِن ذُرِّيَّتِى بِوَادٍ غَيْرِ ذِى زَرْعٍ عِندَ بَيْتِكَ ٱلْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ فَٱجْعَلْ أَفْـِٔدَةً مِّنَ ٱلنَّاسِ تَهْوِىٓ إِلَيْهِمْ وَٱرْزُقْهُم مِّنَ ٱلثَّمَرَٰتِ لَعَلَّهُمْ يَشْكُرُونَ Ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée, notre Seigneur, afin qu’ils accomplissent la prière. Fais donc que les cœurs d’une partie des gens penchent vers eux, et nourris-les de fruits, afin qu’ils soient reconnaissants.
Cette prière nommait précisément ce qui n’existait pas encore : aucun adorateur, pas d’eau, pas de récoltes, rien d’autre qu’un homme, une femme, un enfant et une requête. Ibrāhīm fut également celui qu’Allah choisit plus tard pour élever physiquement la Maison elle-même, avec son fils travaillant à ses côtés :
وَإِذْ يَرْفَعُ إِبْرَٰهِـۧمُ ٱلْقَوَاعِدَ مِنَ ٱلْبَيْتِ وَإِسْمَـٰعِيلُ رَبَّنَا تَقَبَّلْ مِنَّآ ۖ إِنَّكَ أَنتَ ٱلسَّمِيعُ ٱلْعَلِيمُ Et quand Ibrāhīm et Ismāʿīl élevaient les fondations de la Maison, disant : « Ô notre Seigneur, accepte ceci de notre part. Car c’est Toi l’Audient, l’Omniscient. »
Allah a ensuite indiqué à Ibrāhīm la vocation de cette Maison, avant même qu’une seule pierre ne soit posée : une adoration vouée à Lui seul, et à rien d’autre :
وَإِذْ بَوَّأْنَا لِإِبْرَٰهِيمَ مَكَانَ ٱلْبَيْتِ أَن لَّا تُشْرِكْ بِى شَيْـًٔا وَطَهِّرْ بَيْتِىَ لِلطَّآئِفِينَ وَٱلْقَآئِمِينَ وَٱلرُّكَّعِ ٱلسُّجُودِ Et quand Nous avons indiqué à Ibrāhīm l’emplacement de la Maison, en lui disant : « Ne M’associe rien, et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, et pour ceux qui s’y tiennent debout, s’inclinent et se prosternent. »
Un pèlerin qui se tient aujourd’hui devant la Kaaba n’est pas le témoin d’un rassemblement fortuit. Chaque visage tourné vers cette Maison — y compris celui du croyant lui-même — est l’accomplissement d’une prière qui mentionnait spécifiquement « les cœurs des gens », prononcée par un homme qui n’avait aucun moyen de savoir si elle serait exaucée. Elle l’a été.
L’attraction qu’exerce la Kaaba sur une personne n’attend pas le début du ṭawāf. Les premières générations de musulmans décrivaient le simple fait de la regarder comme un acte d’adoration à part entière. Al-Azraqī préserve le récit de ʿAṭāʾ sur ce qu’il a entendu directement d’Ibn ʿAbbās :
سَمِعْتُ ابْنَ عَبَّاسٍ يَقُولُ: النَّظَرُ إِلَى الْكَعْبَةِ مَحْضُ الْإِيمَانِ J’ai entendu Ibn ʿAbbās dire : « Regarder la Kaaba est la foi dans sa forme la plus pure. »
— rapporté par ʿAṭāʾ d’après Ibn ʿAbbās, dans Akhbār Makkah d’al-Azraqī, page imprimée 2/9 de .
Al-Azraqī rapporte la même idée de la part de Mujāhid, l’un des premiers et des plus minutieux étudiants du tafsīr d’Ibn ʿAbbās : regarder la Kaaba est un acte d’adoration, y entrer, c’est entrer dans une bonne action, et la quitter, c’est laisser une mauvaise action derrière soi selon . Aucun de ces récits ne prétend que les yeux seuls méritent une récompense sans un cœur pour les guider — tous deux décrivent ce qui se passe lorsque quelqu’un regarde la Maison en croyant déjà en ce qu’elle représente. Mais il est bon de les connaître avant que ce premier regard n’ait lieu, précisément parce qu’un sentiment aussi spécifique a déjà été décrit par des personnes suffisamment proches de la toute première génération pour l’avoir entendu formuler ainsi de leurs propres oreilles.
La Kaaba fut également le lieu où le Prophète (paix et bénédictions sur lui) fut moqué et agressé physiquement pour l’amour de cette même adoration qu’il était venu y restaurer. ʿAbdullāh ibn Masʿūd a raconté ce qui s’est passé alors que le Prophète priait à côté de la Maison elle-même, devant certains hommes de Quraysh :
بَيْنَمَا رَسُولُ اللهِ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَائِمٌ يُصَلِّي عِنْدَ الْكَعْبَةِ وَجَمْعُ قُرَيْشٍ فِي مَجَالِسِهِمْ، إِذْ قَالَ قَائِلٌ مِنْهُمْ: أَلَا تَنْظُرُونَ إِلَى هَذَا الْمُرَائِي، أَيُّكُمْ يَقُومُ إِلَى جَزُورِ آلِ فُلَانٍ فَيَعْمِدُ إِلَى فَرْثِهَا وَدَمِهَا وَسَلَاهَا، فَيَجِيءُ بِهِ ثُمَّ يُمْهِلُهُ، حَتَّى إِذَا سَجَدَ وَضَعَهُ بَيْنَ كَتِفَيْهِ؟ فَانْبَعَثَ أَشْقَاهُمْ، فَلَمَّا سَجَدَ رَسُولُ اللهِ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، وَضَعَهُ بَيْنَ كَتِفَيْهِ، وَثَبَتَ النَّبِيُّ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ سَاجِدًا، فَضَحِكُوا حَتَّى مَالَ بَعْضُهُمْ إِلَى بَعْضٍ مِنَ الضَّحِكِ، فَانْطَلَقَ مُنْطَلِقٌ إِلَى فَاطِمَةَ وَهِيَ جُوَيْرِيَةٌ، فَأَقْبَلَتْ تَسْعَى، وَثَبَتَ النَّبِيُّ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ سَاجِدًا، حَتَّى أَلْقَتْهُ عَنْهُ Alors que le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) se tenait en prière près de la Kaaba, et que l’assemblée de Quraysh était assise à proximité, l’un d’eux dit : « Ne regardez-vous pas cet ostentateur ? Qui d’entre vous ira vers la chamelle abattue de la famille d’untel, prendra ses excréments, son sang et son placenta, les apportera ici, et attendra qu’il se prosterne pour les placer entre ses épaules ? » Le plus misérable d’entre eux y alla et le fit, et lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) se prosterna, il les plaça entre ses épaules. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) resta prosterné, et ils rirent si fort que certains s’appuyaient les uns sur les autres tant ils riaient. Quelqu’un courut prévenir Fāṭimah, qui n’était encore qu’une jeune fille, et elle accourut, tandis que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) restait prosterné jusqu’à ce qu’elle les lui retire.
— rapporté d’après ʿAbdullāh ibn Masʿūd, Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, page imprimée 1/110 de .
Le hadith se poursuit : une fois sa prière terminée, le Prophète nomma chacun des hommes responsables dans une seule invocation contre eux — et Ibn Masʿūd ajoute qu’il vit plus tard chacun de ces hommes gisant mort à Badr, traîné vers un puits sur le champ de bataille. C’est une jeune fille, et non un compagnon ou un garde du corps, qui a couru pour retirer les immondices du dos de son père, tandis qu’il restait prosterné plutôt que d’interrompre sa prière.
Pourtant, lorsque les circonstances l’ont finalement contraint à quitter définitivement La Mecque, ce qu’il a dit de la ville ne comportait aucune amertume. Un homme nommé ʿAbdullāh ibn ʿAdiyy ibn al-Ḥamrāʾ a rapporté l’avoir vu s’arrêter sur sa monture à al-Ḥazwarah, alors qu’il quittait la ville dont on le chassait :
وَاللَّهِ إِنَّكِ لَخَيْرُ أَرْضِ اللَّهِ، وَأَحَبُّ أَرْضِ اللَّهِ إلى الله، ولولا أَنِّي أُخْرِجْتُ مِنْكِ مَا خَرَجْتُ Par Allah, tu es véritablement la meilleure des terres d’Allah, et la terre d’Allah la plus aimée d’Allah. Si je n’avais pas été chassé de toi, je ne serais jamais parti.
— rapporté d’après ʿAbdullāh ibn ʿAdiyy ibn al-Ḥamrāʾ, Sunan Ibn Mājah, page imprimée 4/289 de , également rapporté par al-Tirmidhī, qui le qualifie de ḥasan ṣaḥīḥ.
L’homme qui a prononcé ces mots à propos de La Mecque est le même dont le dos avait servi, dans ce sanctuaire même, de cible à la cruauté d’un autre homme. Dix ans plus tard, il y est retourné en conquérant, à la tête de milliers d’hommes, sans jamais reproduire les sévices qu’il avait subis. Quels que soient les sentiments d’un pèlerin se tenant là où il s’est tenu — l’émerveillement, le désir, la gratitude, ou même le chagrin pour ce qu’il y a enduré —, l’homme dont on se souvient n’a jamais laissé ce que les habitants de La Mecque lui ont fait l’emporter sur ce que La Mecque elle-même représentait pour lui.
Entrer dans le sanctuaire et se tenir devant la Maison ne sont pas deux leçons distinctes qui se côtoient par hasard lors du pèlerinage. C’est la même leçon, vue deux fois. Le sanctuaire augmente le prix de chaque choix qu’une personne y fait — pour le meilleur comme pour le pire —, tandis que la Maison en son centre est la réponse vivante à une prière formulée nommément, dans une vallée qui n’avait rien d’autre pour elle, par un homme qui ne pouvait pas savoir que ses mots rassembleraient encore des foules quatorze siècles plus tard. Franchir les limites de La Mecque, c’est se voir confier des enjeux plus élevés. Se tenir devant la Kaaba, c’est voir la réponse à la prière d’un autre prendre vie en soi.
Si quoi que ce soit ci-dessus est erroné — une traduction qui trahit l’arabe, une citation qui ne tient pas la route, une évaluation affirmée avec plus de certitude que la source ne le permet —, dites-le-nous. Cette correction a plus de valeur à nos yeux qu’un article qui resterait incontesté.
Puisse Allah ﷻ accepter chaque pas fait vers cette Maison, et faire de nous des personnes dont elle attire les cœurs plutôt que seulement les pieds.